Seattle, Prague, Nice

CASSONS, CASSONS TOUT !

Je ne connais pas le terme qui a été utilisé à Seattle ou à Prague, mais à Nice ce fut l’habituel « casseurs ». Des médias aux associations ou militants sur place, l’emploi de ce mot à la façon d’un repoussoir les renvoie en fait à leur propre impuissance. Aujourd’hui, ils n’ont plus de cadavre dans la bouche, ils sont eux-même devenus des cadavres. Car ce qui nous paraît clair au quotidien, l’est encore plus lors d’une messe qui réunit différentes chapelles opposées à des bureaucrates FMistes ou bouffons en chef de divers Etats : il s’agit de tout liquider ! A cet égard, casser, brûler, piller ou tout simplement tagger relève du seul programme réaliste concernant ce que nous pensons de ces sommets et du devenir possible de ce monde-là.

On peut bien sûr discuter à propos ce qui se passe réellement lors de ces destructions, et notamment du rapport qui se noue entre et à l’intérieur des groupes d’individus engagés sur le chemin de cette praxis, mais tant que la seule existence de ces destructions — sans même parler de participation — sera posée en tant que problème, il n’y aura pas de demi-mesure possible. Les joyeux membres de la Fédération anarchiste qui ont, lors de la manif du mercredi après-midi à Nice, exigé physiquement des copains de se démasquer et ont entrepris de les fouiller tout en appelant le service d’ordre à la rescousse font par exemple partie de ces crapules qui érigent l’ordre dominant en horizon indépassable de ce monde. Avec leurs moyens maigrelets, ils défendent comme d’autres le principe de la manifestation (encadrée) pacifique, avec l’unique sens que peut recouvrir ce terme, la perpétuation de la société marchande et autoritaire.

Tout casser, bien entendu, même si les magasins, voitures et autre matériel urbain ne porteront que la marque de l’insatisfaction de nos désirs. Même si le pillage — présent à d’autres occasions — reste aussi bien un signe d’intégration par la consommation que de la rage face à des marchandises rendues inaccessibles au nom de l’argent et du travail salarié qui est censé aller avec.
  Même si il faudra bien finir par lier ces atteintes à la propriété privée non pas avec une idéologie quelconque mais avec la vie, celle que nous entendons mener entièrement et qui ne saurait se contenter d’attaques contre des seuls intermédiaires, les banques restant des symboles du capitalisme comme Gora ETA 1 reste l’expression d’une autorité.
Même si il nous faudra brûler toutes les prisons comme tuer le flic qui guette en chacun de nous en même temps que raser les murs un peu partout et attaquer des uniformes.
Même si le lien nécessaire entre théorie et pratique, destruction systématique et sabotage organisé, chaleur d’un banque enflammée et passions humaines, ne saurait se réaliser séparément et suppose une dialectique spontanée et parfois douloureuse.

Tout casser, dans la mesure où les complicités s’affirment aussi lors de ces occasions, où l’atomisation se brise, ne serait-ce que le temps d’un consensus tacite : l’affrontement nécessaire. Un temps qui ne peut être exclusif de tous les autres mais se trouve là concentré et où le fait de rester, plutôt que de bouger voir ailleurs si les keufs ne s’y trouvent pas, permet l’émergence d’un rapport de force qui fait tant défaut au quotidien. Cela n’empêche pas bien sûr une continuité avec ce que nous étions avant, l’existence de groupes affinitaires constituant à ces moments-là un précieux sésame qui multiplie les possibilités.

Ne demandons pas l’impossible, créons-le !

Anne Archie

1 Vive ETA, taggé en plusieurs endroits de Nice à côté d’autres slogans nettement plus passionnants.

[Texte publié dans Cette Semaine n°82, jan/fév 2001, p. 14]

Un membre de la Fédération Anarchiste de Lyon a répondu à cet article



NICE (France), 7 déc (AFP) - Des milliers de militants anti-mondialisation ont réclamé une Europe plus "sociale" jeudi en marge du sommet de l'Union européenne de Nice (sud-est de la France), où des heurts avec des policiers ont fait 24 blessés — dont 23 légers — parmi ces derniers. Quelque 4.000 manifestants ont défilé à Nice, selon la préfecture, les organisateurs les estimant à " plusieurs milliers ", tandis que quelque 1.200 personnes empêchées par les fonctionnaires français de se rendre en France se sont heurtés aux carabiniers italiens à Vintimille (nord-ouest de l'Italie).

A Nice, 24 membres des forces de l'ordre ont été blessés, dont 23 légèrement, jeudi matin,
a indiqué la préfecture. Quarante-deux manifestants ont été interpellés et étaient toujours placés en garde-à-vue, jeudi en fin d'après-midi, a-t-on appris de source judiciaire.

Selon la préfecture, certains manifestants étaient " très déterminés, armés de battes de base-ball, de barres de fer et équipés de bidons d'essence ". Des " éléments incontrôlés " s'étaient glissés parmi les manifestants, a-t-elle précisé.

Nombreux à manifester, des militants du comité ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens) et d'autres association anti-mondialisation
de la banque BNP (Banque nationale de Paris). Les pompiers avaient dû intervenir pour éteindre l'incendie.
(...)

Vintimille a aussi été le théâtre de heurts entre les carabiniers et plus d'un millier de manifestants anti-mondialisation italiens bloqués à la frontière avec la France. Après vingt-quatre heures passées à la gare de Vintimille, les manifestants sont repartis, sans avoir pu se rendre à Nice, a constaté l'AFP.

Enfin, d'autres heurts ont opposé, jeudi après-midi, à Nice, des membres du service d'ordre

ont fustigé la violence des accrochages, de part et d'autre des barricades.

A l'heure où s'ouvrait, à Acropolis, siège du Sommet européen, la conférence sur l'élargissement de l'Union européenne, les forces de l'ordre ont brusquement donné l'assaut aux manifestants qui se sont dispersés en plusieurs groupes dans les rues adjacentes au palais.

Les manifestants ont alors brisé plusieurs vitrines de magasins — une agence immobilière, une compagnie d'assurances, trois concessionnaires automobiles (Volvo, Jaguar et Toyota) — et ont mis le feu à une succursale
du Front national (FN, extrême droite) à des manifestants anti-mondialisation, faisant deux blessés : un membre du FN et un militant du Socialist Workers, groupe d'extrême gauche britannique.

Suite aux incidents du 7 décembre, deux basques de Bilbao ont aussitôt été condamnés à 1 mois de prison ferme et 2 ans d’interdiction du territoire. Il s’agit d’Anna Isabella Romero Conde (écrou 50874) et José Ramirez Argote (écrou 50875). Pour leur écrire : Maison d’arrêt de Nice / rue de la Gendarmerie / 06000 Nice