Lettre d'Amadeu Casellas

Je vous écrit depuis le centre d'extermination de Ponent, à Lleida, plus connu en Catalogne en temps que camp de concentration et d'extermination. Je m'appelle Amadeu Casellas Ramon (...) et en ce moment je suis en grève de la faim et de la soif pour protester contre les brimades que je subis, contre la séparation et la privation de communication avec la famille et mon environnement social, j'ai des interdictions de communiquer, de passer des appels téléphoniques, et ils contrôlent mon courrier, tous cela est illégale si l'on se réfère aux lois de ce pays, mais aussi bien le gouvernement catalan que le gouvernement central à Madrid, ces deux fascistes, n'appliquent pas les lois d'un accord mutuel. Ces lois servent à faire bonne figure devant la communauté européenne, donner l'image d'un pays démocratique et d'un état de droit, avec des lois modernes et progressistes.

La réalité, c'est qu'en Catalogne, un prisonnier meurt tous les 3 jours, c'est qu'aujourd'hui en Catalogne, comme dans le reste de l'État espagnol, il y a des mauvais traitements, des tabassages, des humiliations de la part des surveillants, de l'Administration Pénitentiaire et des juges corrompus par leur propre administration de la Justice. Même sous l'époque franquiste les prisonniers n'étaient pas aussi mal traités, le collectif des prisonniers en lutte est soutenu à l'extérieur par les anarchistes de l'ABC internationale et par des collectifs d'associations comme ACOPS. Ce sont quelques-uns des collectifs qui nous soutiennent dans cette lutte.

Nos revendications sont : fin des quartiers FIES en Espagne et des départements DERT en Catalogne (NDLR : en Catalogne, le régime d'isolement est nommé DERT), où le traitement est humiliant ; liberté pour ceux qui comme moi ont accompli plus de 20 ans, article Y-6 du Code Pénal et 10, 15 et 25 de la Constitution espagnole ; liberté pour les prisonniers malades en phase terminale, article 142 du règlement pénitentiaire ; fin de la dispersion, utilisée comme représailles lorsque nous demandons l'application de nos droits, article 25-2 et 14 de la Constitution ; et fin de la torture, des tabassages etc. de la part des surveillants (...). Jusqu'à cela nous poursuivrons notre lutte car actuellement en Espagne, la condamnation à perpétuité tue des individus ou les pousse au suicide, et nous sommes dans un pays (...) où le Pouvoir est celui d'une dictature franquiste et fasciste.

(...) Nous avons besoin du plus de soutien possible, et de diffuser les informations sur ce qui se passe dans ce pays, j'espère avoir de vos nouvelles, salutations libertaires d'un ami anarchiste.
On peut perdre des luttes, mais si nous ne luttons pas c'est déjà perdu.

Amadeu Casellas Ramon,
C.P. Ponent, Ap. 426, Lleida 25080, Espagne.


[Extrait du bulletin #27 de l'ABC-Dijon, mai 2001]