Une lettre de Claudio Lavazza


Albolote, 2 avril 2005

Chers compagnons,

Je suis enfin incarcéré en deuxième degré. Ils m’ont communiqué la nouvelle le 28 février et j’ai été transféré le lendemain. Ce fut une surprise parce que je n’ai pas obtenu le changement du Tribunal provincial, mais c’est la direction générale des Institutions Pénitentiaires elle-même qui s’est en ce cas montrée plus sensible et humaine que la juge de surveillance.

Ceci démontre, si nécessaire, la dépendance politique (droitière) du système judiciaire que nous subissons. Ce qui importe est que je me trouve en isolement FIES depuis huit années.

Ici, en deuxième degré, tout est différent. Tout d’abord, il n’y a pas la paranoïa qui règne dans les modules fermés, nous mangeons tous ensemble dans une grande salle, les cellules sont individuelles pour la majeure partie des prisonniers, ou à la limite pour deux. Nous passons plus de huit heures en promenade. Vu mon profil judiciaire, le directeur-adjoint à la sécurité m’a dit qu’on ne m’accordera pour le moment pas le droit aux activités sportives ou à l’étude. Et ce, parce que je devrai sortir de cette section pour suivre des cours et que la chose deviendrait trop compliquée. Mais je ne me plains pas, on verra ce qui se passera par la suite.

Ce qui me fait chier, oui, c’est la continuité dans le contrôle de la correspondance, des parloirs et la limite de ne pouvoir envoyer que deux lettres par semaine. J’ai fait un recours, mais il est peu probable qu’ils lèvent ces restrictions.

Aujourd’hui, j’ai de bonnes nouvelles, après tant d’années à chanter le même refrain. D’ici je peux voir de petites montagnes qui entourent la prison. Lorsque je suis arrivé, il neigeait et les cimes en étaient couvertes. Cela faisait beaucoup de temps que je n’avais pas vu une telle scène. J’ai pu constater les dégâts provoqués par le fait d’être à l’isolement tant d’années, dans des lieux où la vue n’atteint pas plus de vingt mètres, la distance qui va d’un mur à l’autre. Avec le temps, la vue s’adapte à ces petites distances et lorsqu’on réussit enfin à percevoir l’horizon, ça fait mal et les yeux en sont atteints. Cela m’arrive encore maintenant lorsque je regarde par la fenêtre, bien que je sois là depuis un mois.

Ici, nous sommes environ 60 prisonniers à partager le quotidien et il y a un peu de tout… j’essaie d’avoir de bons rapports avec tous, mais ici on doit se limiter à avoir des rapports avec ceux qui le méritent. Cela fait partie du savoir-vivre en ce sous-monde, une chose qui ne s’acquiert qu’avec l’expérience et le temps. La nouveauté est pour moi de devoir parler à voix haute pour communiquer avec ou deux personnes. Communiquer est une nouveauté et c’est intéressant à tous points de vue.

Salut, et une accolade à tous

Claudio Lavazza

Claudio Lavazza
C.P. Albolote - módulo 2
Carretera de Colomera km 65
Albolote C.P.
16 220 Granada
Espagne