La vie s'en va

Peu de personnes ont appris par les médias la mort d'une compagnonne il y a peu de temps dans l'un des multiples centres d'extermination de l'Etat. Poussée par les événements qui l'ont privée de sa liberté et avec l'appui du système pénitentiaire et de ceux qui ont la charge de sa continuité, elle a décidé de mettre fin à ses jours. Ceci ne doit pas nous étonner, si on tient compte du fait que le système judiciaire et pénitentiaire existe pour cela. En particulier pour “réhabiliter” la personne par la punition et la répression — fondement de la haine contre les institutions, la société et l'Etat — ce qui accentue encore plus la carcéralisation et la marginalisation de la personne. Ceci amène à trouver dans la violence l'unique sortie possible. Ce qui éveille l'attention, c'est qu'à chaque fois qu'on constate un fait de ce genre, les dirigeants des mafias syndicales des gardiens de prison en profitent pour demander plus de personnel. Est-ce qu'ils prétendent résoudre tous leurs problèmes en mettant un gardien dans chaque coin des centres d'extermination ? Devons-nous dormir pendant toute la durée de la condamnation avec un gardien, en partageant notre lit avec lui ? Tout au plus peuvent-ils en mettre un dans chaque service, pour qu'ils se chargent de la chasse d'eau à chaque fois que nous faisons nos besoins ; bien sûr, nous avons besoin de plus de monde, mais pour prendre acte de la répression, des humiliations et vexations que nous subissons des matons.

La société devrait savoir en quoi se sont convertis les syndicats de gardiens : en mafias. Un fait récent le confirme, à savoir l'implication d'un maton du centre d'extermination de Ponent, dirigeant syndical du CATAC, dans une bande de trafic de drogues synthétiques de Lleida, démantelée le 10 février dernier.

De toute façon, nous regrettons la perte humaine d'une compagnonne qui a perdu sa vie au cours de la lutte quotidienne que nous menons tous contre le système d'extermination pénitentiaire pour notre dignité et liberté, et nous sommes sûrs que cela aurait pu être évité.

Patricio Pallarés Bayona, D.N.I. 36 927 842
Centre Penitenciario Ponent
Apdo 426 - 25080 Lleida

reçu le 16 mai 2002

[Extrait de la feuille d'infos #5, 15 juin 2002, p.5 de Tout le monde dehors — 21ter rue Voltaire — 75011 Paris]