- déclaration de Silvano Pelissero -

Silvano est un compagnon anarchiste dont nous avons parlé à maintes reprises. Vous pouvez recevoir des informations complémentaires sur le contexte de son arrestation et de sa condamnation (7 ans) en nous écrivant. Un tract est disponible. Voici sa dernière déclaration, que nous avons mis du temps à écrire mais qui est enfin arrivée.

''Artiste par hasard, rebelle par nécessité, et forcément anarchiste révolutionnaire.

La dernière chose qui me serait passée par la tête est celle de consommer de l'énergie électrique pour réaliser des sculptures à base de métal. En temps que serrurier, je suis bien entraîné à manipuler le fer et les métaux pour renforcer et blinder les maisons occupées, pour réaliser des instruments agricoles ou servant à couper du bois. Des choses utiles, nécessaires à la vie quotidienne. Une sculpture est de l'art et l'art nous éloigne de la réalité, de la grisaille répugnante dans laquelle nous sommes obligés de vivre. Dans cette merde de monde globalisé qu'est la démocratie capitaliste, peuplé de zombis avec un téléphone portable collé à chaque oreille.

Bien sûr, mes sculptures sont là pour vous secouer, pour perturber le sommeil des morts vivants qui se résignent à chaque offense au nom de leur misérable paix sociale. Les bombardements à l'uranium sur les nations non asservies au capital, les manipulations génétiques pour créer le parfait homme idiot et ses aliments de synthèse, des montages policiers pour terroriser les masses et éliminer à l'avance les dissidents, la destruction d'une grande partie de la nature, des mers, des forets au nom de cette insulte qu'est le progrès ! Le progrès scientifique dont seule profite une petite élite d'aristocrates convaincus d'être les patrons du monde parce qu'ils sont entourés de quelques millions de chiens galeux prêts à tout pour s'accaparer des miettes et des caresses. La démocratie est tout cela, c'est à dire un régime politique illusoire, où, " au nom du peuple ", on élimine les tensions entre les classes sociales alors que quelques classes (militaires, industriels, église) gèrent le pouvoir que subissent toutes les autres passivement et silencieusement parce que " démocratique ". La démocratie est la négation absolue de la souveraineté de l'individu, de chaque individu, au nom du " bien être de la collectivité ". La société démocratique se base sur la loi, un ensemble de normes voulues et décidées par un petit nombre afin de conserver " leur " privilège et imposées aux citoyens au moyen d'une structure armée et militaire. Le dernier créneau de tout ce sympathique système social où personne n'est plus en mesure de défendre son espace et sa propre dignité est la prison. Le véritable fondement de la démocratie, de l'état et du capital est la prison. La prison est le reflet réel du bien être démesuré et luxueux des quelques privilégiés et du destin d'entières couches sociales classées comme exclues et à qui est interdit une vie digne et libre. Pour le prolétaire, aujourd'hui plus qu'hier, il y a le devoir de la servitude journalière à l'autorité infini de l'état et du capital et d'un travail aliénant, abrutissant et dégradant que nous impose en outre un silence respectueux d'un ordre social favorable et utile seulement à ces quelques privilégiés déjà mentionnés. Nous nous trouvons face à un système social visiblement pourri jusqu'à l'os, putride, exempt de toute valeur humaine, capable de fomenter des guerres destructrices comme l'histoire n'en a encore jamais connu, massacrant des larges communautés coupables de ne pas se soumettre au nouvel ordre mondial, marginalisant et condamnant à une vie misérable et errante des couches sociales entières jugées inutiles ou " incapables d'assimiler " les nouvelles normes de comportement. Un système monstrueux et aberrant aussi mauvais voir pire que le nazisme allemand, un système qui a besoin de consentement forcé ou volontaire, peu importe. L'idée de la pénitentiaire est née de ce besoin et se concrétise sous de nombreuses formes de répression, de coercition, de conditionnement social, depuis les techniques comportementales "correctes" jusqu'aux hôpitaux psychiatriques véritables ou virtuels où l'on "suit" les "déviants", où l'on torture, où l'on isole et sépare les "réfractaires", les "agités", ceux qui "ont des problèmes"… les "incontrôlables". Mes sculptures sont et se veulent une insulte, un crachat infect au visage de votre "consensus", de votre refus de voir ce qui se passe derrière les murs des prisons, de votre immobilisme, que vous justifiez en affirmant que la démocratie est le système le moins pire de l'humanité. Également parce que l'histoire vous a montré que les dictatures, de Staline à Hitler à Mao Tsé Toung, se sont toutes effondrées, alors que les démocraties libérales capitalistes continuent de survivre telle des mourants dans des comas profonds dont personne n'a la hardiesse de couper l'oxygène !

La prison est le reflet parfait, précis et sans équivoque du système social pourri, contradictoire, déchiré et soutenu par un pouvoir économico-politico-idéologique garant de toute forme d'injustice et substantiellement fondé sur l'exploitation de la majorité au profit d'un élite ultra restreinte et de quelques régions circonscrites du monde (USA et pays occidentaux).

Il nous faut comprendre que la lutte contre la prison, contre toute forme de répression et de contrôle est une lutte contre le système social actuel se nourrissant de l'aliénation et de l'exploitation. Vous ne devrez pas vous étonner, chers lecteurs, si bientôt vos propres enfants vous tuent à coup de couteau ou de bâton ! C'est tout ce que le système génère ! Il faut donc comprendre puis agir. Il faut agir de façon à ce que tout cela s'écroule et soit détruit comme a été détruit le nazisme, dans une marée de décombres, de fumée et de feu. Vous vivez dans un environnement social dégénéré qui ne peut rien créer d'autre que des mécontents, des dissidents, des exclus de la jouissance d'une vie digne, et des individus réfractaires à la soumission au travail au noir ou légal et donc sujet à la délinquance.

Je dédie mes sculptures à tous ceux qui souffrent à cause de ce système assassin, à ceux qui, à cause de cette justice infâme et honteuse, ont perdu la vie, comme Edoardo Massari et Maria Soledad Rosas. Je les dédie aux centaines de prisonniers politiques enfermés dans les prisons du monde entier, et en particulier à ceux qui souffrent en Italie, en Espagne, en France, en Grande Bretagne, aux USA, en Grèce, en Turquie, qui souffrent pour rester fidèles à leur idée d'une société libérée et juste, sans esclave ni patron. Je dédie mes œuvres à ces peuples et ces individus qui ont le courage de se battre sur le terrain de l'action directe, pour la défense de leurs revendications, sans passer par les médiateurs et les récupérateurs.

Personne ne choisie son propre destin, personne ne décide de sa façon ou de son lieu de naissance. Personne ne voudrait naître ouvrier ou paysan. Personne n'a choisi. Je n'ai pas choisi de faire des sculptures ni de finir inculpé dans le procès-mascarade qu'a été l'affaire des Loups Gris - TAV - Val de Susa - Squatter. Chacun a son destin à suivre et son parcours à accomplir. Il est important de chercher au moins une chose en quoi croire le long de ce parcours. D'évoluer et d'avoir le courage de regarder un peu plus loin que le bout de son nez. Le courage de voir cette poubelle nauséabonde dans laquelle nous vivons et le courage de sortir de cette merde… même si nous ne savons pas ce que nous trouverons au dehors !

Le courage d'une action résolue, immédiate, pas reporté à des lendemains incertains lorsque "la situation sera mûre", parce que la situation ne sera jamais "mûre". Une action qui peut-être ne changera pas l'histoire mais contribuera à perturber, au moins un peu, le sommeil de la tyrannie. Un signal de vie comme signe minimum de résistance à la résignation. Une petite flamme qui, restant allumée dans la nuit, pourra peut-être, tôt ou tard, allumer l'incendie.

A ceux qui maintiennent cette flamme allumée va mon respect et mon soutien. C'est un devoir pour qui ne renonce pas à la liberté et à la dignité.
A ceux qui ont le courage de la rébellion va mon respect et ma solidarité sincère. Et à ceux qui nous veulent morts, prisonniers, soumis et résignés va tout mon mépris et ma haine viscérale. Qu'ils se noient dans leur propre sang !

28 mars 2001

Silvano de Bussoleno et du Val de Susa
Mort au TAV, à ses serviteurs et à ses défenseurs !''

[Extrait du bulletin #30 de l'ABC Dijon, août 2001]