Communiqué de Soto del Real (Madrid) - Espagne - octobre 99

Estimé(e)s conpagn(e/on)s,
Il y a des moments où chacun de nous croit intimement à la possibilité d'un changement.

Quand le bourreau s'éloigne, dans la solitude de la cellule, nous sommes capables de produire ce changement. Intimement en nous, il y a la certitude et la force suffisante pour s'affronter avec la prison. Cela n'est pas une illusion, si ce l'était, ils ne nous tiendraient pas enfermés dans des modules d'isolement et n'auraient pas besoin de se mettre à 10 ou 15 pour nous torturer.

Nous pensons que ce qui nous empêche de lutter avec efficacité, c'est en partie les murs que nous même avons édifiés, et non quelques geôliers ni une politique d'extermination, qui, il est plus que certain, a emporté au loin beaucoup de compagnes/ons, toutefois, on ne peut pas dire que le discours de la rébellion s'est tût, comme le démontrent les protestations qui s'élèvent de tous ceux & celles en isolement. Il n'y a pas un mois où ne se passent des refus de sortir de cellule ou de grève de la faim, tant au niveau individuel que collectif. On se lance, et ni la force ni la volonté ne nous manquent, seul manque, peut-être, de focaliser notre lutte d'une manière différente, pas d'une manière collective proprement dite (parce qu'avant tout nous sommes des rebelles orgueilleux/ses de notre individualité), néanmoins si, d'une manière plus coordonnée pour obtenir de meilleurs résultats.

Pour atteindre une plus grande efficacité et obtenir des résultats, il serait indispensable de créer un espace qui permettrait de promouvoir les actions et de les synchroniser. Par-dessus tout, cela devrait permettre de pénétrer le mouvement pro-prisonnier(e)s formé de divers collectifs, parfois avec des affinités avec nos idées, d'autres fois moins, mais de toute manière composés de personnes désireuses d'éradiquer les tabassages, les tortures et les mauvais traitements auxquels nous sommes soumis.

Nous devrions interagir avec ce mouvement car personne, mieux que nous ne peut expliquer la réalité carcérale et apporter les réponses à la répression en transférant notre force et créativité dehors, dans les rues. Cela permettrait de coordonner certaines propositions entre le Dedans et le Dehors.

Pour cela nous devons prendre conscience d'une chose: que nous soyons drogué(e)s, voleur/ses, anarchistes ou quoi que se soit, nous sommes prisonnier(e)s parce que nous n'acceptons pas la réalité qu'ils voudraient nous imposer. Chacun de nous, à sa façon, s'est rebellé contre la misérable existence que lui offre une société qui s'enfonce dans la merde. Pour cela parfois avons nous été charmés par le piège de la drogue, pour ceci nous avons empoigné une arme, et surtout, pour cela nous souffrons de la répression. Ce sont des faits incontestables. Ne nous perdons pas en théories politiques ou en discours, luttons pour la négation de n'importe quel style d'imposition, parfois en partant de pas mal de contradictions, mais toujours d'une vérité et d'une certitude que personne n'ôtera. C'est tout cela que nous pouvons apporter aux compagne/ons du dehors, s'enrichir avec nos différences et mettant en jeu les désillusions causées par les longues années de réclusion et de résistance.

Il est possible et assez simple de coordonner nos forces pour créer une nouvelle réalité dans laquelle, tout au moins, nous ne soyons pas en train de mourir à petit feu. Nous pensons qu'après, il est nécessaire de créer un espace pour gérer notre lutte. Nous croyons que la chose la plus importante est de tisser un réseau de communication entre nous les prisonnier(e)s et les compagn(e/on)s dehors.

Nous proposons d'envoyer cet écrit, communiqué ou comme il vous plaira de l'appeler, à quelques compagn(e/on)s qui se chargeront de le diffuser entre nous, dans la légalité (nous précisons pour les forces répressives), pour faire front activement à la répression.

Ce serait superbe que celui ou celle qui se sent capable de pouvoir transmettre par écrit les impressions de qui ne le peut pas, le fasse.

Nous espérons avoir été capables d'exprimer clairement l'idée, afin que tous et toutes puissions la refléter, afin que chacun(e) y apporte ses réflexions et son énergie.

Nous croyons possible un changement, plus nous aurons cette conviction, plus de possibilités nous aurons, essayer ne coûte rien. Commençons à construire cet espace et dans peu de temps, les choses commenceront à changer.

Ici nous sommes en grève de promenade (refus de sortir de cellule), celle de toujours, nous n'accomplissons pas les ordres du juge et de la légalité en général. Sur l'argumentation nous enverrons un autre écrit. Vous êtes dans beaucoup de lieux et dans la même situation, pour cela nous attendons de vos nouvelles.

FORCE ET DETERMINATION !

Collectif des prisonniers en isolement de Soto del Real -Madrid-

[Extrait de la brochure "Résistance(s) au carcéral / pour en finir avec toutes les prisons...", mai 2002, p.47]