Extrait de Diario e ideario de un delinquente

 

La révolte

La révolte anarchiste est déjà un fait, une réalité, une projectualité et un projet qui est en mouvement... nous sommes certaines personnes dans certains lieux ; unis par affinité projectuelle, organisés informellement et de façon diffuse sur le territoire...

Nous sommes les anarchistes et les rebelles sociaux en mouvement ; ceux qui se sont fatigués et se sont rebellés contre toutes les choses de l’existant sous tous ses aspects... Nous ne sommes l’avant-garde de rien ; nous ne représentons que nous-mêmes et vivons avec toute intensité nos désirs et passions...

Nous assumons nos responsabilités avec dignité et valeur ; ni les juges ni les condamnations ne pourront en finir avec la révolte... tant qu’existeront la révolte et les rebelles réfractaires à toute autorité et autoritarisme, existera la tension et le conflit avec/contre l’Existant...

La révolte ne se termine pas lorsque le rebelle «passe en justice» et est incarcéré par un tribunal bourgeois... Au contraire, le rebelle croît face à l’adversité, et ainsi se renforce son caractère, c’est là où les supposés doutes qu’il pourrait avoir se convertissent en certitudes irréfutables ; c’est là qu’il comprend la nature assassine et dégoûtante de l’Etat et de ses sbires ; c’est en prison que le rebelle se détermine définitivement.

Affûtons nos vies... l’Anarchie est inévitable.

L’expropriation est nécessaire

Quel que soit le projet que l’on veuille mettre en oeuvre et en pratique, il y a besoin du «vil argent»... Nous vivons dans une Société-Système capitaliste et nous savons tous que le travail salarié, les collectes et les concerts ne procurent pas suffisament d’argent pour nos projets.

C’est la même chose que tu sois un anarchiste qui développe tes activités dans une organisation formelle, informelle ou individuellement... Combien de fois as-tu abandonné un projet par manque de fonds ?...

Les Banques et les Bijouteries sont là, attendant que tu t’armes de courage pour les exproprier de ce qu’elles ont de plus que ceux qui sont comme toi... afin que tu puisses éditer tes livres, et pour que ta propagande ait une meileure qualité et quantité... afin que tu puisses louer ou acheter une vieille maison et la restaurer avec d’autres compagnonNEs et la reconvertir en un centre, athénée ou tout ce qu’on veut... afin qu’on puisse monter une imprimerie... afin qu’on puisse financer l’évasion de certainEs compagnonNEs incarcéréEs ou ce qu’on voudra...

Ce n’est pas si difficile, elles sont en vue de tous, ont des horaires, des habitudes... et tu ne dois pas seulement penser à la structure... je veux dire que nous regardons parfois la Banque ou la Bijouterie et que nous pensons que ce n’est pas pour nous, que nous ne sommes pas des professionnels, que l’entreprise est énorme...

Parfois, il suffit de suivre le directeur de la Banque ou le propriétaire de la bijouterie et de localiser sa tannière...

C’est le meilleur endroit pour le chasser...

Il faut être «contondant», si tu réussis à le terroriser psychologiquement, tu éviteras de devoir le faire physiquement, mais il est clair que dans un premier moment un coup sur la tête ouvrira les portes de sa compréhension... Evites le «nous sommes anarchistes» et tous discours, il s’en fout... au contraire, ça l’effraie plus si tu leur parles de manière «délinquante»... par exemple : «Regarde mon grand, ou tu me donnes tout ou tu peux faire tes adieux»... «Demain matin, je m’en vais avec toi et mon ami reste avec ta famille, si tu me donnes tout il ne leur arrivera rien»...

Il n’est pas besoin d’avoir des égards avec les capitalistes, comme eux n’en ont aucun avec nous ; on fait ce qu’on doit faire... On réserve la tendresse pour les moments où nous sommes entre complices de la révolte ou de l’amour... La violence pour ceux où nous sommes dans le feu de l’action, qu’elle soit expropriatrice ou dynamiteuse...

Ne nous trompons pas ; dans la guerre, c’est toi qui poses les règles... il n’existe pas de manuel pour les braquages, tout est affaire d’imagination, information, planification et exécution...

Si tu veux que tout soit «fluide» et «dynamique» et ne stagne pas... bouges-toi, penses, cherches, agis...

Agis compagnon !... L’expropriation est possible et nécessaire...
Gabriel

[Extrait de Diario e ideario de un delinquente - Consideraciones innecesarias para la revuelta anàrquica, écrit par Gabriel Pombo da Silva dans la prison de Aachen, et qui a commencé à circuler en espagnol et italien en février 2005]