En souvenir de Xosé...

 

Xosé Tarrio est mort le 2 janvier 2005...

Bien qu’il soit mort, les autorités n’ont pas voulu consigner le corps de Xosé à la famille, au point que celle-ci a du porter plainte pour le récupérer...

En plus de sa santé, sa liberté et sa vie, l’Etat voulait la mort et le corps de Xosé...

Ils ne lui ont jamais pardonné d’avoir écrit le livre «Huye, hombre, huye» parce qu’il y cite les noms, les dates et les lieux des tortures et des tortionnaires. Il donne un visage et un nom aux rebelles et à la révolte...

Il donne une voix à ceux qui n’en ont pas...

Il décrit avec une précision millimétrique les viscères de la Bête Carcérale...

Un témoignage rempli de sentiments, d’émotions, de pensées et d’événements qu’il a eu la patience et le courage de recueillir et de publier...

Un livre qui a servi à ouvrir les yeux de beaucoup et à lever le voile à d’autres...

Un livre qui met à nu ce symbole d’une «Justice» sous forme de femme avec une balance et un bandeau sur les yeux..., en réalité une prostituée qui le fait contre de l’argent, sans scrupules, avec ceux qui en ont envie...

Un livre qui est un «J’accuse» contemporain, un nous accusons, un nous disons tout ce qui est caché, enfermé, tu, manipulé, nié...

Oui, Xosé... les (proxénètes) de cette Dame avec une balance, un bandeau et une épée ne t’ont pas pardonné d’avoir révélé qu’elle est en fait une prostituée exploitée qui le fait pour de l’argent et pour le pouvoir !...

Nous savons tous que cette «dame» sert les intérêts des puissants, qu’importe qu’ils soient sales et criminels, ou peut-être est-ce même pour cela...

La Justice ! Qu’est-ce que c’est Xosé ?...

Lorsqu’après tant d’années tu as été remis en «liberté», tu as peut-être cru que les gens qui voyaient les choses comme toi auraient du agir comme tu le pensais...

Mais le je, le tu, le nous et le vous sont bien plus compliqués à conjuguer et à coordonner dans la praxis que dans la théorie, dans l’individu que dans le collectif. C’est une équation Temps-Circonstances...

On dit que qui espère désespère... et tu es sorti rempli d’espoirs et de découragements, de rêves et de cauchemars, d’illusions et de désillusions, de projets...

A la fin, la boule de neige s’est brisée entre tes mains et, avec elle, l’espoir, les rêves, les projets et les illusions... et tu t’es enfermé en toi : seul avec ta solitude, avec les souvenirs et les découragements...

Désespéré et seul... nous t’avons tous laissé seul, Xosé...

Il est impossible de partager ce qui n’a pas été vécu et senti... on ne peut pas socialiser ce qui est individuel, comme on ne peut enseigner ce qu’on ne peut voir ou vivre soi-même. Les mauvaises langues m’ont dit que tu avais trouvé refuge dans l’alcool et les drogues...

D’autres se réfugient dans la lâcheté et la peur, le conformisme et les paroles, qui peut alors critiquer ton refuge ? Je sais ce qui t’es arrivé, mais je sais surtout pourquoi, par la faute de qui... on l’appelle solitude, peur, incommunicabilité, doute...

Une fuite à l’intérieur, dans les profondeurs, en avant...

Un effet «collatéral» de la prison, des tortures et de l’impuissance...

Mais nous sommes tous des fugitifs, Xosé, il y a seulement que la majorité des gens ne le sait pas ou ne sait pas pourquoi elle fuit ou ce qu’elle fuit...

Fugitifs de la liberté, de la vie, des engagements...

Paradoxalement, nous qui avons été en prison réussissons avec nos pas, notre coeur, à fuir notre ego pour parvenir au niveau des Idées, des Passions et des Désirs... justement pour ne pas sentir et vivre les murs, les détenus et les matons, nous nous construisons un monde nouveau...

Personne ne nous a jamais dit que derrière les murs, il y a d’autres murs, d’autres prisonniers et d’autres gardiens...

Personne ne nous a précisé qu’avant tout la liberté ne se trouve pas d’un côté ou de l’autre du mur, mais en notre for intérieur, en nous-mêmes...

Comme personne ne pouvait nous convaincre que la fuite est multiple et permanente, qu’il ne suffit pas de sauter un mur, parce qu’il y en a un autre et un autre encore...
Oui, Xosé, il ne s’agissait pas de sauter les murs mais de les abattre... il ne s’agissait pas de s’enfuir (d’une manière ou d’une autre) mais de combattre et de partager les peines et les joies...

Mais tout processus a besoin de temps et d’efforts, de larmes et de sourires, de pauses et de progressions...

Merci Xosé, pour nous avoir enseigné ce qu’est la «Justice» et ce que sont les Prisons... pour avoir ôté le bandeau à l’un et avoir ouvert les yeux aux autres...

Merci d’avoir été mon ami et pour tout ce que je ne pourrai jamais te dire avec des mots... mais que je continuerai à montrer dans les faits.

Mort à l’Etat et vive l’Anarchie !!!

Gabriel Pombo da Silva,
prison de Aachen, Allemagne,
20 février 2005