Lettre de José Fernandez Delgado (21 octobre 2005)

Ici, avec ce transfert quelque chose a changé. Aujourd’hui, le vendredi 21 octobre, à 10/11 heures du matin, le même type est venu me voir. Ce doit être quelque petit chef de cette prison, c’est le même dont je vous avais déjà dit qu’il voulait que je mette l’uniforme le premier jour. Cette fois ci, il me dit que si je continue la grève, je dois changer de cellule. « Où faut-il que j’aille ? » je lui demande. Il me dit que je dois d’abord changer de vêtements, c’est à dire mettre l’uniforme. Et je lui répond la même chose que le premier jour : c’est soit avec mes vêtements, soit nu. Du coup, j’ai atterri dans une autre cellule du même couloir, mais à poil. Ensuite, le médecin est venu me demander pourquoi je ne mange pas. Je lui réponds que c’est une manière de protester contre l’isolement qui m’est appliqué. Il veut faire un bilan de santé, me prendre le pouls, la tension. Je lui ai dit que je n’avais pas besoin de médecin, ce dont j’ai besoin, ce sont mes affaires, des conditions de vie dignes, au minimum comme celles de la prison précédente. Il m’a dit qu’il allait demander, qu’il ne savait rien. Je lui dis que ça me parait pas mal, mais que tant que rien ne changera, non seulement je poursuivrai ma grève de la faim, mais qu’en plus j’arrêterai de boire. Et j’ajoute : « vous serez tous responsables de ma mort, même si vous vous obstinez à vouloir rejeter la faute sur le juge. » Parce que vous savez, ils me disent tous : ordres du juge. Mais bon, ces tristes figures se sont taillées, avant de me rapporter tout ce qu’il y a avait dans la cellule où je me trouvais avant : l’uniforme, trois couvertures, ce stylo, du papier, une brosse à dents, le tabac et deux courriers que j’avais reçus hier, une carte postale et une lettre de mon avocate P. Ca m’a fait plaisir hier de savoir que je n’étais pas si seul au monde. Bon, à peine me suis-je enroulé dans mes couvertures, qu’un autre vient me demander si je sors en promenade. Bien sûr ! Mais il faut que je m’habille, me dit-il. Et je continue à répéter la même chose : que je mettrai que mes vêtements ou rien, jamais, pas plus maintenant qu’hier ou que demain. Je suis désolé, mais je n’irai donc pas en promenade. Je lui demande si ça ne le dérange pas de faire ça. Il me dit que si, mais que ce n’est pas sa faute, et il mentionne à nouveau le juge. Et en vérité, je ne sais que penser. Il ne fait aucun doute pour moi que ceux-là, ici dans la prison, sont des criminels. Mais jusqu’à présent, je n’avais considéré ce juge que comme une marionnette de plus du système. Ce type a t-il une quelconque autorité sur le respect de mes droits ?

Car je ne réclame rien d’extraordinaire. Seulement d’être traité comme n’importe quel prisonnier de ce « BÂTIMENT 5 » de la prison de Cologne (Köln en allemand) et d’avoir accès aux mêmes choses : porter mes propres vêtements, avoir les mêmes heures de promenade que tous les autres, pouvoir me réunir dans la salle commune, avoir accès à l’école et aux parloirs dans les mêmes conditions. Je n’accepte pas de « vivre » en marge de tout cela, enfermé dans une cellule, juste parce qu’ils le décident sans dire pourquoi.. Vous tous qui me lisez, demandez aussi à ce juge Nohl, du procès de Aachen, s’il digère bien les vins espagnols qu’il boit après avoir ordonné de m’envoyer aux oubliettes, hors de toute condition humaine. Et ce qu’il a fait du personnage dont il faisait étalage face aux journalistes, là bas dans la salle du tribunal. Je vois que quand nous l’avons traité de fasciste, c’est entendre la vérité qui l’a offensé et non seulement « le respect dû au Tribunal ».

En tous cas, je vous serai reconnaissant de à vous toutes et tous de remplir la boite postale et le courrier électronique de ce Monsieur Nohl avec des messages concernant ce qu’il est en train de me faire subir et qui va au delà d’une condamnation à 14 ans. Il est en train de me tuer ou d’y contribuer très activement, ce qui revient au même. Qu’au moins je purge cette peine sans suppléments spéciaux et qu’il m’enlève cette étiquette de terroriste qu’il m’a apposée et qui ne me correspond en rien.

Une accolade libertaire à touTes les compagnonNEs. Je vous aime.

Une psychiatre vient de quitter la cellule. Je lui ai parlé à poil. Je lui ai dit que je n’étais pas exhibitionniste, mais que tant qu’ils ne me donneraient pas mes caleçons avec le reste de mes affaires, je supporterai ça ici jusqu’à la mort. Je lui ai posé mes exigences, après lui avoir assuré que je n’avais pas non plus besoin de psychiatres. Seulement de pouvoir me retrouver dans des conditions plus dignes. Je me sens très vulnérable face à tout ce qu’ils me font vivre depuis ces 16 mois que dure ma détention. Toujours enfermé en cellule ave très peu de contacts ave les autres prisonniers, bâillonné au tribunal tout le temps qu’a duré le procès, les transferts, et finalement obligé de protester contre l’isolement en faisant une grève de la faim et de la soif. CompagnoNEs, s’il vous plaît, je ne sais pas comment fonctionne la machine justicière ici, mais j’exige que soient respectés mes droits d’homme et de personne pour accomplir cette peine que l’on m’impose dans des conditions d’une dignité minimum. Qui applique ce critère d’isolement absolu à mon encontre ?

Une autre grande accolade à toutes et tous.

Aujourd’hui c’est moi, mais demain ou bientôt qui d’autre ? Solidarité !!!

José