Australie

De l'absurdité des frontières
(émeute en centre de rétention)


Les changements dans les méthodes d’exploitation ont forcé un nombre croissant de personnes, en particulier des pays les plus pauvres, à prendre le chemin de l’émigration. Malgré leur utilité pour le capital comme source de travail à bas prix, le nombre de ces réfugiés est devenu si important qu’il pose un problème de contrôle considérable pour les Etats des pays où ils pénètrent. Dans une volonté pour préserver un niveau de contrôle élevé sur cette masse de gens, les différents Etats ont créé des réseaux de centres de détention, soit des prisons pour les étrangers sans papiers dont le seul crime est de chercher refuge à cause de la misère et parfois d’une répression politique, sans avoir les papiers adéquats. Même si ces centres étaient bâtis pour le confort des détenus, en prenant en compte leurs besoins affectifs et intellectuels aussi bien que ceux qui sont basiquement physiques, ils continueraient néanmoins de s’emparer de la vie des individus enfermés dans ces camps, plaçant leur destin entre les mains de bureaucrates dont les priorités sont le maintien du pouvoir, du profit et du contrôle social. Mais, pour des raisons évidentes, ces centres ne sont pas bâtis pour le confort des détenus. Ce sont des prisons avec toutes les horreurs que cela implique. Il n’y a donc pas de surprise lorsqu’elles sont l’objet de révoltes, soit la réponse logique de ceux dont la dignité a été écrasée au-delà de ce qui est possible d’endurer, ceux que l’Etat, dans son besoin de contrôler chaque lien, a poussé au point de rupture.

L’Australie est la destination de nombreux réfugiés d’Asie et d’Afrique de l’Est. Ils arrivent sur les rivages australiens puis sont internés dans ces prisons sans motif précis. En juin, 700 détenus de trois centres de détention — à Woomera, Port Hedland et Curtin — se sont échappés puis se sont rendus dans les centres ville pour y protester contre leur condition. Plus récemment, au début du week-end du 25 août et jusqu’au 28, plusieurs actions ont eu lieu contre ces centres en Australie.

Les protestations contre le centre de Woomera ont commencé le 25 août avec des slogans et quelques dégâts contre le centre. Le 26, il y a eu plusieurs manifestations devant différents centres et une à Sydney en solidarité avec celles-ci. A Marbinong, 200 anarchistes, socialistes [traduire dans le contexte par communistes ou trotskistes] et d’autres soutiens ont rencontré des immigrés qui n’étaient plus en camp, pour protester avec eux devant le centre. Des dispositions avaient été prises pour envoyer des messages aux personnes du camp au-delà des barbelés, à l’aide de ballons. Pendant que la foule parvenait aux clôtures avec ces messages, d’autres commencèrent à secouer ces dernières. Une longue rangée de policiers a ordonné aux gens de s’en éloigner. En réponse, les manifestants les ont secouées bien plus fort et sont presque parvenus à les renverser. Des flics à cheval sont alors arrivés pour les protéger. Les gens ont commencé à chanter des slogans tels que « plus jamais de cages », mais l’important n’était pas tant le choix des mots que le bruit qu’ils faisaient, empêchant les flics de coordonner leurs manœuvres.

Dans le sillage des manifestations de sympathie à Marbinong et à Sydney, le 27, les protestations à Woomera sont tellement montées en puissance que certains détenus ont tenté de démanteler le centre de détention. Ils ont jeté des pierres sur le personnel la nuit du vendredi. Les forces de répression ont répandu du gaz lacrymogène dans l’espoir de réprimer l’insurrection. Les émeutiers, en fait, ont mis le feu aux bâtiments destinés à la détente, au réfectoire, à l’école et aux équipements de nettoyage. Un bâtiment administratif fut aussi attaqué avec des pierres. Les forces de l’ordre ont utilisé des canons à eau contre les détenus émeutiers et tenté de construire une seconde clôture pour les retenir dans le camps. Malgré cela, les émeutiers ont détruit celle-ci aussi rapidement qu’elle fut posée. Le 28 août, ils utilisaient les piquets de construction comme des lances contre les matons tout en essayant de s’échapper à travers les trous dans la clôture.

Les centres de détention — la réponse « rationnelle » de l’Etat au problème du contrôle des populations — sont une preuve supplémentaire de l’absurdité des frontières et des Etats qui les inventent. Mais les mêmes faits qui poussent les réfugiés à prendre la route de l’émigration poussent un nombre croissant de personnes partout dans le monde à l’exil, au nomadisme, au manque d’endroit où se poser. Ainsi, nous tous, qui sommes parmi les exclus de cette société, nous nous trouvons dans une précarité qui fait de nous des réfugiés potentiels. Notre lutte contre cette situation doit échapper à la logique du capital et de l’Etat. Cela implique que cette lutte ne soit pas seulement une lutte de survie, mais une lutte pour l’entièreté de la vie même. Le capital nous impose une égalité de condition par l’appauvrissement et la précarité. Il est nécessaire de rejeter cette égalité faussement mathématique qui nous transforme en numéros. Il y a de la beauté dans la différence, et les frontières — comme toutes les institutions de contrôle — tentent de supprimer l’expérience de ces différences afin de créer cette fausse unité basée sur des identités imposées.

Ce n’est que là où les différences peuvent se mélanger entre elles librement que ce qui est unique et véritablement individuel en elles devient apparent, ce qui constitue en fait la vraie richesse humaine et se trouve au-delà de toutes les considérations économiques. C’est cette belle idée qui peut permettre à notre lutte de renverser toute clôture, prison, frontière et Etat ainsi que la totalité de l’ordre social, du capital et du pouvoir ; nous donner aussi la férocité pour continuer à s’opposer.

Traduit de l’anglais par C.C.
de Willful Disobedience, vol. 2, n°5, oct/nov 2000
(Venomous Butterfly Publications
41 Sutter St., PMB 1661
San Francisco CA 94104)