Brèves du désordre
(2002)


Mars
18 mars : une quinzaine de personnes attaque avec des barres et un cocktail molotov le PC de sécurité du centre commercial Auchan de St Herblain. Un vigile est grièvement blessé, dix jeunes interpellés.
22 mars : alors qu’une voiture de police stationne à Grigny avec un keuf à bord, elle reçoit un pavé qui lui explose la lunette arrière.
23-24 mars : nouvelles émeutes en Algérie : à Saïda les émeutiers saccagent tous les édifices publics (10 blessés). Et en Kabylie : à Seddouk, ils affrontent les forces de l’ordre (un mort), à Tizi Ouzou ils saccagent le quartier des Genêts, à Chemini affrontent les gendarmes (un mort).
26 mars : une trentaine de personnes attaque le commissariat de Wittenheim pour libérer trois copains interpellés pour vol et agression dans un supermarché. Un ordinateur est cassé, de nombreux coups échangés.

Avril
1 avril : incendie criminel du gymnase d’une école à Venissieux. Une première tentative avait déjà eu lieu le 25 mars.
2 avril/mai : vague de mutineries et de révoltes dans les prisons algériennes. Au moins cinq d’entre elles sont touchées. Le 2 avril, vingt détenus périssent asphyxiés dans un incendie à la prison de Chelghoum Laïd (Constantinois). Le 30 avril, vingt-trois détenus meurent dans un incendie à la prison de Serkadji (Alger). La mutinerie qui s’en suit est réprimée par la police anti-émeutes. Le 5 mai éclatent des révoltes dans les prisons de Aïn M’Lila et Mila (Constantine), Annaba, Béchar (sud algérien), Ras-el-Oued (près de Sétif).
4 avril : avec l’aide de trois complices, Abdelhamid Ferchichi (23 ans) s’évade de l’aile de l’hôpital de Besançon qui dépend de l’administration pénitentiaire. Il est arrêté le 8 avril à Stuttgart tandis que deux de ses complices, Abdelkader Mesref et Abdelali Khaldi étaient déjà pris.
5 avril : Bruno C. (44 ans) s’évade de la gendarmerie de Nantes alors qu’il se trouvait en cellule de garde-à-vue. Il s’est notamment détaché des menottes puis a creusé la paroi en plâtre avant de traverser le couloir de la gendarmerie endormie. Il est malheureusement repris à Nantes le 11 mai.
7 avril : 123 détenus s’évadent de la prison centrale d’Antananarivo (Madagascar) après avoir déclenché un incendie.
9 avril : nouvelles émeutes en Algérie : à Guelma et dans plusieurs localités du coin, bureaux ou édifices de l’administration brûlés, vitres de voitures de l’Etat brisées, recette des impôts saccagée, barricades de fortune. Et en Kabylie : affrontements avec les forces de répression à Sid Aïch, El-Asnam (après la condamnation à du ferme de 27 personnes suite aux derniers affrontements).
9 avril : Jean-Charles Denis abat Régis Ryckebusch, sous-brigadier de son état, dans le commissariat de Vannes. Il est ensuite blessé et arrêté [il sera suicidé en prison en juillet].
20 avril : incendie volontaire de huit véhicules administratifs du Centre de recherche technique maritime et fluvial du port autonome de Bonneuil-sur-Marne.
21 avril : un automobiliste refuse un contrôle routier à Villejuif. Son arrestation à l’issue de la course-poursuite se solde par un motard de la police blessé (traîné sur cinquante mètres) et trois véhicules de police endommagés.
23 avril : dix-huit voitures du parking des Résidences à Fleury-Mérogis (habité aux 2/3 par des matons) sont saccagées et des tags hostiles au FN sont graffités. Le 25 avril, un maton prend une gifle et des pierres sont jetées contre sa voiture garée devant chez lui. Ce même soir, une centaine de matons fait une descente au centre commercial pour affronter les jeunes de la cité des Aunettes. L’intervention des gendarmes empêche la bagarre.
28 avril : mutinerie dans une prison près de Glasgow, 24 détenus se barricadent dans les dortoirs.
29 avril : trois détenus (22 à 24 ans) s’évadent de la maison d’arrêt de Cahors en sciant les barreaux de la cellule puis en franchissant le mur d’enceinte à l’aide d’une corde confectionnée de draps noués.

Mai
1er mai : le poste de police du quartier de la Reynerie à Toulouse a son rideau de fer enfoncé par une voiture bélier puis est incendié par de l’essence répandue sur le mobilier. C’est la quatrième fois en trois ans qu’il est ainsi attaqué.
2 mai : quatre personnes tentent de libérer Saber Moussaoui (21 ans), placé en garde-à-vue au centre hospitalier de Font-Pré (Toulon). Ils échouent après avoir essuyé les tirs des policiers en faction, malgré leurs otages (le gardien et un maître-chien). Deux d’entre eux sont capturés, Jérôme Mariani et Karim Absala (20 ans).
6 mai : incendie criminel du McDonald’s de Saint-Lizier qui devait être inauguré le lendemain.
6 mai : l’hôtel de police de Créteil se prend un tir de 22 long rifle dans la nuit.
14 mai : les policiers tentaient d’enlever un véhicule “abandonné” dans la cité des Tarterêts (Corbeil-Essonnes). Ils sont alors attaqués par des personnes cagoulées et reçoivent pavés et bouteilles. Alors qu’ils se barrent avec deux blessés, leur voiture est défoncée (vitres, carrosserie) et pillée : radio, casques, gilets pare-balle, papiers et vêtements “police”.
15 mai : l’intervention policière “de routine” dans le quartier du Bois de Bléville (Le Havre) se solde par un policier blessé par les jets d’objets qu’ils ont dû essuyer, dont une dalle en fibrociment.
16 mai : le centre social et culturel de la cité des Aubiers (Bordeaux) est incendié avec des cocktails molotovs tandis que le bureau de police reçoit de l’essence qui coule sous la porte blindée, avant d’être allumée. Au même moment, une voiture bélier défonce la devanture d’un marchand de journaux et d’une boulangerie. La première voiture de flics qui se pointe est reçue avec des jets de pierre, de barrières métalliques et de cocktails par des personnes cagoulées situées en surplomb. L’arrivée des renforts les verra disparaître mystérieusement.
16 mai : un détenu (condamné à 30 ans pour vol avec arme et rébellion), parvient à s’échapper du quartier disciplinaire de la maison d’arrêt de Perpignan. Après avoir scié les barreaux de la cellule, il se fait malheureusement arrêter dans le sas d’entrée des véhicules.
16 mai : nouvelles émeutes en Kabylie. Plusieurs blessés graves à Bedjaïa lors d’une marche pour la libération des personnes arrêtées.
17 mai : évasion d’un homme lors de sa comparution immédiate au tribunal de Millau. Il a bousculé les gendarmes avant de parvenir à sortir par les grands escaliers.
19 mai : contrôle policier dans la cité de la Grande Borne à Grigny. Ils reçoivent divers projectiles qui défoncent leurs deux voitures sans parvenir à libérer la personne qui a subi le contrôle et été mise en garde-à-vue.
24 mai : Yasser M. (20 ans) s’évade en pleine audience du tribunal correctionnel d’Evry en sautant hors du box.
26 mai : alors qu’un jeune est en garde-à-vue à la gendarmerie de Brumath, plusieurs proches s’y rendent. L’intervention de Jacques Vacheret, adjudant-chef, se solde par un véhicule qui le heurte (côtes fêlées et contusions). Le père du garçon est arrêté et mis en examen pour “tentative de meurtre sur agent de la force publique”.
27 mai : Laurent (29 ans) se rend au service du logement de Villeparisis “juste pour être relogé ou que des travaux soient faits dans [son] appartement”, un logement social rongé par l’humidité. Furieux devant l’absence de la responsable, il sort un flingue non chargé puis menace, avant de repartir, “de brûler son appartement et de revenir flinguer la responsable du service”. Interpellé un peu plus tard, il est condamné à 5 mois avec sursis et mise à l’épreuve pour “violence sous la menace d’une arme”.
29 mai : élections législatives en Algérie, boycottées en Kabylie : grève générale, nouvelles émeutes, magasins pillés, affrontements avec les forces de l’ordre aux cris de “Pouvoir assassin”. La mairie de Tizi-Ouzou est en feu, les bureaux de vote pris d’assaut et les urnes détruites. Près de 40 willayas sur 48 sont touchées par les émeutes. Depuis celles du 18 avril 2001 (une centaine de morts, des milliers de blessés), la répression a fait officiellement 115 morts et des centaines de blessés.
31 mai : Guiliana Mitkovic, 27 ans, accouche à l’hôpital de Metz. Cette prisonnière force ensuite la fenêtre verrouillée, descend le nourrisson de 4 jours avec une corde rallongée par des draps jusqu’à ses complices situés cinq étages plus bas. En tentant à son tour la belle, elle se blesse à l’atterrissage et perd connaissance avant d’être réincarcérée.

Juin
2 juin : l’administration pénitentiaire découvre 200 grammes de TNT dans une gaine de la prison de Villefranche-sur-Saône. La fouille générale effectuée les jours suivants n’a rien donné et l’accès depuis le seul couloir rend l’AP perplexe.
2 juin : un hommede 31 ans s’introduit par effraction dans la préfecture de Chalons-en-champagne. A partir du bureau du préfet, il y met le feu avant de s’enfuir. La partie centrale du bâtiment est détruite, dont au rez-de-chaussée le bureau du préfet, celui du secrétariat général, du chef de cabinet et des autres secrétariats. Au premier étage, les salons de réception et l’appartement privé du préfet qui dormait sont endommagés. L’incendiaire est arrêté quelques heures plus tard, il a voulu se venger d’avoir été interné d’office par le préfet en 1998.
3 juin : au cours du premier match de l’équipe de football brésilienne dans le Mondial, 17 détenus s’évadent par un tunnel de la prison d’Osasco (banlieue de Sao Paulo). Ils prennent ensuite un bus dans lequel tire un flic, tuant l’un des évadés. Trois fuyards sont repris mais 13 courent toujours. Bonne chance à eux.
3 juin : un flic en garde statique devant le commissariat du 14e arrondissement de Paris est attaqué : fractures du nez et traumatisme crânien. Ses collègues parviennent à attrapper l’assaillant.
7 juin : une patrouille de police se fait enfoncer par la voiture qu’ils souhaitaient interpeller à Montpellier. Les cinq policiers du commissariat central de cette ville reçoivent une ITT de 10 jours après un court séjour à l’hôpital.
7 juin : la substitut du parquet de St Etienne se fait voler sa voiture... qu’on retrouve deux jours plus tard abandonnée après avoir servie à éclater la vitrine du rayon informatique d’un hypermarché.
7 juin : les keufs du commissariat des Mureaux interviennent dans la cité de la Vigne Blanche, et sont reçus à coups de pierres qui éclatent leur voiture. Un mineur interpellé.
8 juin : un voleur de voitures de 23 ans se fait surprendre en plein travail par des policiers à Koenigshoffen. Il s’enfuit tout en laissant son pied-de-biche planté dans la tête d’un des assaillants. Arrêté par une autre patrouille, il est mis en examen pour “tentative de meurtre sur un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions”.
10 juin : tentative d’évasion du commissariat d’Argenteuil. L’homme a sauté de 4 étages en se blessant, il a été rattrapé.
13 juin : un médiateur de la ville du Plessis-Trévise est frappé dans la cité de la Joie. Bras et côtes cassés, contusions multiples. Le 15, une personne est mise en détention préventive, une autre en examen.
16 juin : deux déserteurs russes de 19 et 20 ans sont poursuivis par près de 600 hommes avec hélicoptères dans le Caucase russe. Ils seront abattus non sans avoir tué deux flics au passage. Au moins 1800 soldats russes meurent chaque année hors combat dans les casernes suite à des mauvais traitements.
17 juin : mort du vigile de la galerie commerciale de Wissous à coups de matraque. Le père d’une jeune fille de 17 ans était venu s’expliquer avec ce vigile trop zélé.
18 juin : après un braquage au village Disney, une première voiture de flics se prend des balles qui blessent deux d’entre eux par éclats de verre puis un fourgon de police (à Mitry-Mory) se fait à son tour tirer dessus. Une keuf est touchée. Après avoir échappé à leurs poursuivants, les braqueurs disparaissent ensuite dans la nature.

Juillet
1 juillet : une patrouille de flics se prend un extincteur jeté du toit d’un immeuble à Nanterre.
4-5 juillet : émeutes à Lille-Sud après leur verdict qui condamné à 3 ans avec sursis le keuf Stéphane Andolina pour la mort de Riad Hamlaoui le 15 avril 2000, un jeune du quartier âgé de 23 ans. De nombreuses voitures sont incendiées ainsi qu’un commissariat de quartier.
6 juillet : après avoir téléphoné au commissariat de Taverny pour signaler une fausse bagarre, trois frères (30 à 41 ans) entrent dans celui-ci pour libérer de force le quatrième frère en garde-à-vue. Ils finissent eux-même en Garde-à-Vue.
10 juillet : deux engins incendiaires sont lancés contre le domicile personnel d’un gendarme à Ustaritz (Bayonne) : voiture détruite, porte d’entrée de la maison soufflée, façade noirçie.
12 juillet : une patrouille de police s’approche d’un véhicule qu’ils jugent suspect, à Yerres, pour effectuer un contrôle d’identité. Le conducteur fait alors marche arrière en écrasant et traînant sur 15m l’un des keufs accroché à la portière, avant de s’enfuir. Ce dernier est dans le coma, fractures aux hanches et aux jambes. Repéré le même soir, le conducteur parvient encore à forcer un barrage de police à Paris-7e avant de disparaître.
14 juillet : Evasion à la maison d’arrêt de Saintes. L’homme est repris le soir même dans la ville.
14 juillet : 42 voitures sont incendiées en Seine-StDenis (une cinquantaine la veille), affrontements avec la police à Epinay-sur-Seine où plusieurs voitures de flics sont endommagées, pas d’interpellations. Un engin explosif artisanal détruit partiellement le centre de formation des apprentis du bâtiment de la ville de StDenis. 17 voitures flambent dans les Yvelines et une vingtaine dans la Val-de-Marne.
14 juillet : Yohan Larcher, 22 ans, est en garde-à-vue à l’hôpital de Nice suite à un cambriolage. Il se bagarre et parvient à s’emparer de l’arme d’un flic. Il en blesse un grièvement à l’abdomen (ainsi que deux membres du personnel) avant d’être touché à l’épaule. Il est repris dans la cour extérieure par une autre patrouille de flics.
17 juillet : une gardien de la paix rattrape en vélomoteur un automobiliste qui vient de griller un feu rouge à Paris-13e pour l’interpeller. Il l’écrase en faisant marche arrière avant de s’enfuir. Elle est blessée aux genoux.
17 juillet : un homme d’une vingtaine d’années se rend à Fourquereaux (Toulouse) et tire sur les bâtiments de son employeur actuel avant d’aller tirer en l’air sur le parking de son précédent à Montgiscard. Il est interpellé à 300 km de là un peu plus tard.
23 juillet : trois ilotiers à VTT de Pantin se font tabasser alors qu’ils souhaitent contrôler un jeune. L’un des keufs restera inconscient 30mn, une flic aura de multiples fractures au visage (mâchoire et nez) causées par sa propre arme, un tonfa. Trois personnes (15, 19 et 22 ans) sont mises en examen pour «violences ayant entraîné la mutilation ou l’infirmité d’un fonctionnaire de police», "violence en réunion et avec arme", "vol en réunion" et incarcérées. Un garçon de 16 ans est sous contrôle judiciaire pour "recel de malfaiteur" et "non assistance à personne à danger".
24 juillet : les gendarmes de Blain mettent en garde-à-vue un tzigane. Ses amiEs se rendent à la gendarmerie, défoncent la grille en pleine nuit avec une camionnette, détruisent la borne électrique mais ne parviennent pas à libérer leur pote, les gendarmes se barricadant à l’intérieur de leur turne.
25 juillet : un prisonnier de la maison d’arrêt de Nanterre parvient à s’évader lors de son transfert au tribunal de la ville.
30 juillet : l’école Curiat (Paris-19e) est visitée et saccagée pour la quatrième fois en une semaine (dont la cuisine incendiée). La dernière fois, l’un des murs portait l’inscription : «On reviendra !».

Août
2 août : après avoir arrêté Kamel, 22 ans, pour vol en réunion, les flics de Garges-les-Gonnesse perquisitionnent chez lui. Ses deux frères (20 et 32 ans) et son père (69 ans) finissent par se battre avec eux : poignet fracturé, coups de canne sur la tête du commissaire, lèvre ouverte. Seul le vieux est laissé en liberté, les deux autres frères sont incarcérés.
5 août : la police a arrêté par hasard un quinquagénaire qui était en cavale depuis 1985, condamné à perpétuité
et originaire de Mantes-la-Jolie.


[Ces brèves sont tirées de journaux, c’est-à-dire de la police, ce qui doit parfois relativiser le déroulement des faits. D’autre part, certains contextes peuvent conduire à publier systématiquement ces faits ou au contraire à les passer sous silence. Les révoltés n’attendent cependant pas la lumière des projecteurs pour agir dans la nuit]