" />
Slogan du site

Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

[Terrorisme d’Etat] : L’écoute des câbles sous-marins & les stations d’écoutes par satellite de la DGSE
Article mis en ligne le 2 juillet 2015
Imprimer

Les câbles sous-marins, ces autoroutes du Web prisées par les espions

Le Figaro, 02/07/2015 à 09:43

Une enquête de l’hebdomadaire L’Obs sur les pratiques de la DGSE montre l’appétence de l’agence pour les câbles sous-marins. La quasi-totalité du trafic Internet transite par ce réseau.

Le fond des océans, ce « Monde du silence » décrit par le commandant Cousteau, attire pourtant les oreilles des services de renseignement. Une enquête de L’Obs révèle les pratiques de la France en la matière, et montre que les oreilles françaises s’intéressent particulièrement aux câbles sous-marins de transmission de données.

Le réseau sous-marin est aussi appelé « colonne vertébrale d’Internet ». Plus de 99% du trafic Internet transite par ces câbles de quelques centimètres de diamètre. Ils sont une solution plus rapide et moins coûteuse que les satellites. Certains d’entre eux sont de taille modeste - comme ceux qui relient la Corse et le continent. D’autres font près de 20000 kilomètres de long. Ce sont ces longs câbles internationaux qui intéressent le renseignement français.

Pour dérouter les données qui transitent par ces autoroutes numériques, les agents de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) ne plongent pas à vingt mille lieues sous les mers. Sur les littoraux français, plusieurs stations servent de points d’atterrissage aux câbles sous-marins. Pour surveiller les communications qui transitent par ces câbles, la DGSE ont placé des « mouchards » sur les relais présents sur le territoire, selon l’enquête de L’Obs. À Marseille, le câble SeaMeWe-4 qui court du Maghreb à l’Asie du Sud-Est est concerné. Le câble transatlantique TAT-14 est, lui, surveillé du côté de Saint-Valéry dans la Somme. Le câble ACE, qui couvre toute la façade Ouest de l’Afrique, est écouté à Penmarc’h en Bretagne, toujours d’après L’Obs.

L’hebdomadaire affirme que cet espionnage s’est fait avec la participation d’Orange et d’Alcatel-Lucent. L’opérateur téléphonique est propriétaire et gestionnaire des infrastructures françaises et fait partie du consortium en charge de la gestion des câbles qui transitent par la France. Alcatel-Lucent est le numéro un de la construction de câbles sous-marins.

Méthodes similaires à celles de la NSA et du GCHQ

Les révélations de L’Obs rappellent celles du Guardian sur les pratiques de la NSA et du GCHQ, les agences de renseignement américaine et britannique. Avec son programme Tempora, l’agence du Royaume-Uni espionnait à grande échelle les données qui transitaient par son territoire. L’île britannique accueille un grand nombre de câbles, plus important que ceux qui transitent par la France. L’agence profitait donc de cette situation pour surveiller secrètement le contenu d’une part importante du trafic Internet, afin d’obtenir des informations ensuite transmises à ses partenaires des « Five Eyes ».

La NSA, homologue américaine du GCHQ, n’est pas en reste. L’agence de renseignement a tenté de surveiller les câbles sous-marins à distance. L’agence a pénétré, en 2013, dans le réseau interne du consortium d’entreprises responsables du câble SeaMeWe-4, celui-là même qui va de Marseille à l’Asie du Sud-Est. L’agence s’est introduite grâce à une opération de phishing (hameçonnage) sophistiquée. À l’époque des révélations, Orange avait annoncé se constituer partie civile.


Comment la France écoute (aussi) le monde

NouvelObs, 01-07-2015 à 07h01 (extrait)

Révélations sur un vaste plan de la DGSE pour intercepter les communications internationales passant par les câbles sous-marins : lancé en secret par Nicolas Sarkozy, il vient d’être légalisé par François Hollande en toute discrétion.

Il n’y a pas que la NSA. La France aussi écoute le monde. Après une enquête de plusieurs semaines, "l’Obs" révèle que :

- Début 2008, Nicolas Sarkozy a autorisé la DGSE à espionner les communications internationales transitant par les câbles sous-marins qui relient l’Europe au reste du monde. Un plan de 700 millions d’euros sur cinq ans (2008-2013) a été lancé par le service secret pour installer des stations d’interceptions à l’arrivée des câbles en France (notamment à Marseille, Penmarch et Saint-Valéry-en-Caux).

- Au moins cinq câbles majeurs ont été mis sur écoute pendant cette période avec l’aide de l’opérateur Orange et du groupe Alcatel-Lucent dont le TAT14 vers les Etats-Unis ; le I-Me We vers l’Inde ; le Sea-Me-We 4 vers l’Asie du Sud-est ; et le ACE vers l’Afrique de l’Ouest.

- La DGSE a passé un grand accord de coopération avec le GCHQ britannique. C’est une annexe secrète au traité de défense dit de Lancaster House, signé le 2 novembre 2010 par Nicolas Sarkozy et David Cameron.

- François Hollande a autorisé la DGSE à étendre ces opérations à d’autres câbles dans un nouveau plan quinquennal (2014-2019). L’article L-854-1 de la toute nouvelle loi sur le renseignement vise à les légaliser en catimini.

C’est un plan classé "très secret", exposé ici pour la première fois. Un projet de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) autorisé par Nicolas Sarkozy il y a sept ans et poursuivi sous François Hollande, qui explique leur surprenante modération après la révélation de leur mise sur écoute par la NSA. Une vaste entreprise française d’espionnage que la loi sur le renseignement, adoptée le 24 juin, vient de légaliser en catimini.


Comment les services de renseignement français surveillent ce qui se dit sur le net et au téléphone

Challenges, 22-09-2013 à 10h15

Moins bien doté en personnel et en moyens que la NSA américaine, la DGSE n’en est pas moins très performante pour assurer une surveillance très fine des communications.

"Les habitués l’appellent "le salon de lecture". Une pièce sans âme au cœur de la Piscine, le siège de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), boulevard Mortier, à Paris. C’est dans ce lieu secret que les représentants de grands groupes français peuvent accéder aux documents rassemblés par les services de renseignements sur leur secteur. "Ce sont des centaines de milliers de pages de documents internes de concurrents internationaux, offres commerciales, technologies, explique un familier de la DGSE. Les types envoyés par les boîtes, dont on ne sait pas trop quel est leur poste exact, passent des heures à potasser des piles de dossiers. La règle, c’est qu’aucun document ne sort de la pièce."

Bigre. La France se serait-elle convertie à l’espionnage à l’américaine, Big Brother dévoilé par l’ancien sous-traitant de la National Security Agency (NSA) Edward Snowden depuis juin ? Quelques semaines après ses révélations, Le Monde assurait, le 5 juillet, que la France disposait d’un outil de surveillance d’Internet similaire. Un "supercalculateur", situé dans le sous-sol du siège de la DGSE , assurait le quotidien, "stocke les interceptions d’une grande part des communications, mails, SMS, fax, ainsi que toute activité Internet des Français, et les flux entre la France et l’étranger".

La ROEM moins bien doté que la NSA

Où en est vraiment la France dans le renseignement technique, affublé du nom barbare de ROEM (renseignement d’origine électromagnétique) ? "On a longtemps été à la traîne, car le renseignement humain était considéré comme plus noble dans la culture française", explique un ancien cadre de la DGSE. La France a désormais rattrapé une partie de son retard. "Elle est en première division sur ces technologies, dans le sens où nous maîtrisons tous les modes d’interception (mobiles, Internet, communications satellites…), assure Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Mais nous restons à des années-lumière des moyens de la NSA, ou même du Government Communications Headquarters britannique, le GCHQ."

De fait, le GCHQ emploie 6.000 spécialistes des écoutes, quand la direction technique de la DGSE ne s’appuie que sur 1.100 employés, auxquels il faut ajouter les spécialistes de la Direction du renseignement militaire (DRM), soit environ 700 personnes. Quant à la NSA, c’est un monstre : elle disposerait de 55.000 employés, avec un budget annuel de 10,8 milliards de dollars, selon Edward Snowden, soit quatorze fois plus que le budget de la DGSE (600 millions d’euros), aux attributions pourtant beaucoup plus larges.

Des antennes satellites en Dordogne et dans les Pyrénées-Orientales

"Le renseignement français fait du bon boulot avec ses moyens", veut se rassurer Louis Caprioli, ancien patron de l’antiterrorisme à la Direction de la surveillance du territoire (DST), désormais conseiller au cabinet de gestion des risques GEOS. "Le renseignement français a le meilleur rapport coût-efficacité du monde occidental", appuie Eric Denécé.

La France dispose notamment d’un large réseau de stations d’écoute dotées d’antennes satellites, parfois surnommé Frenchelon, en référence au réseau Echelon américain (voir carte ci-dessus). Les sites les plus connus sont ceux de Domme (Dordogne) et Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales). Mais la DGSE profite aussi de stations à Kourou (idéalement placée pour écouter les Etats-Unis), en Nouvelle-Calédonie, à Mayotte et dans plusieurs bases à l’étranger (Abou Dhabi, Djibouti).

"Nous stockons bien évidemment tous les mots de passe"

Le renseignement français peut aussi compter sur les capacités d’écoute électronique des équipements militaires français, notamment les six sous-marins nucléaires d’attaque, le navire espion Dupuy-de-Lôme, ou les deux avions Transall Gabriel bardés d’électronique. La Direction générale de l’armement (DGA) dispose également de quatre microsatellites d’écoute lancés en 2011, la constellation Elisa, qui préfigurent le système d’écoute électromagnétique Ceres prévu vers 2020.

La France n’est pas dépourvue non plus dans la surveillance du Web. "A la suite des préconisations du Livre blanc de 2008, nous avons pu développer un important dispositif d’interception des flux Internet", reconnaissait l’ancien patron de la DGSE Erard Corbin de Mangoux devant les députés de la commission de la Défense, le 20 février. Le directeur technique de la DGSE, Bernard Barbier, est allé plus loin en septembre 2010, lors d’un colloque évoqué par le journaliste Jean-Marc Manach dans son blog : il affirmait que la DGSE avait "la meilleure équipe de cryptomathématiciens" de France, qu’elle pouvait pénétrer sans problème les ordinateurs pas assez sécurisés. "Nous stockons bien évidemment tous les mots de passe, nous avons des dictionnaires de millions de mots de passe", assurait même Bernard Barbier.

Un "data-center" implanté dans les Yvelines

De quoi accréditer la surveillance généralisée d’Internet évoquée par Le Monde ? La DGSE, selon la lettre Intelligence Online, dispose d’un nouveau data center "de 100 mètres de long sur 10 de large" dans les Yvelines, près des Alluets-le-Roi, sur le site d’un ancien bunker allemand. Mais les spécialistes sont sceptiques sur la possibilité d’interceptions systématiques.

"Le réseau téléphonique français est bien plus décentralisé qu’aux Etats-Unis, ce qui suppose des moyens énormes pour en surveiller l’intégralité, indique Kavé Salamatian, professeur d’informatique à l’université de Savoie. Contrairement aux Etats-Unis, la France n’a pas les moyens d’une telle surveillance généralisée, en aveugle. En gros, on peut faire de la pêche à la ligne sur des sujets précis, mais pas au chalut."

Le rôle stratégique d’Alcatel Submarine Networks

Pas si grave puisque la France dispose d’un moyen efficace de scanner le trafic Internet international à moindre coût : la surveillance des câbles sous-marins en fibre optique, par lesquels transite une bonne partie des données. Edward Snowden a ainsi dévoilé que les Américains et les Britanniques ne se privaient pas de se brancher sur ces câbles. Selon deux familiers de la DGSE, la France les "scanne" aussi allègrement. "On aurait tort de se priver, Alcatel est le leader mondial de la pose de câbles", s’amuse l’un d’eux.

Voilà qui explique peut-être pourquoi les rumeurs de cession de cette activité, Alcatel Submarine Networks, ont immédiatement mobilisé le gouvernement qui, par la voix de la ministre Fleur Pellerin, a insisté en janvier sur un nécessaire "ancrage national", avec une possible entrée au capital du Fonds stratégique d’investissement. Techniquement, la manœuvre est facile : "Il suffit de mettre un petit équipement, un splitter optique : c’est très peu cher, ça dure trente ans, et c’est totalement indiscernable", souligne Kavé Salamatian. Une telle opération est possible aux points d’"atterrissage" des câbles, en Bretagne (Lannion, Penmarc’h) ou en Provence (Marseille). Face au monstre américain, la France a encore quelques arguments.

[La carte des câbles sous-marins ici