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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Buenos Aires : Après l’expulsion de La Grieta et de Los Libros de la Esquina
Article mis en ligne le 19 avril 2014
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[Après 11 années d’occupation, et suite à un ordre judiciaire datant d’avril 2012, l’espace qui abritait deux projets anarchistes à Buenos Aires, La Grieta et Los Libros de la Esquina, a été expulsé le 9 avril 2014 au matin. Comme geste de solidarité, le consulat argentin a reçu des molotovs deux jours plus tard de l’autre côté du fleuve Rio de Plata, à Montevideo (voir ici). A présent, voilà un texte des compagnons, qui reviennent à la fois sur leur projet et sur la résistance à cette expulsion et les calomnies qu’ils ont entendu à l’occasion.]

Buenos Aires : Après l’expulsion de La Grieta et de Los Libros de la Esquina

Le mercredi 9 avril, entre 8 et 9h du matin, a eu lieu l’expulsion de la maison que nous occupions : La Grieta et la bibliothèque “Los Libros de la Esquina” ont cessé d’exister.

Cet espace était habité depuis plus de 11 ans. Son histoire et ses caractéristiques en ont fait un endroit de confluence de différentes dynamiques et d’initiatives diverses. La partie du haut a toujours été un lieu d’habitation pour de nombreux compagnons et compagnonnes, squatteurs et punks du monde entier. En bas, se sont poursuivis des projets initiés dans d’autres squats, comme ce fut le cas de la bibliothèque “Los Libros de la Esquina”.

Aussi bien La Grieta comme lieu d’habitation que la bibliothèque en tant qu’espace social ont expérimenté à leur manière un autre mode de vie. D’autres formes de relations en dehors des conventions sociales, de la logique capitaliste et de la consommation. Créant un moment de rupture avec le système, par la propagande et l’action, avec des idées et des pratiques concrètes. Pour étendre l’autonomie et propager une critique (et une attitude) anti-étatique et anticapitaliste. Nous voulons ici éclaircir quelques points quant aux mensonges des médias et aux commentaires des voisins (de ceux qui ont parlé, de manière plus ou moins bien intentionnée) :

La bibliothèque n’a jamais été le siège d’aucun parti de gauche, ni sponsorisée par personne. Nous n’avons jamais voulu légaliser l’espace, ni demander aucune sorte de subvention. Nous sommes contre la domination sous toutes ses formes. Jusqu’au dernier jour, elle a été maintenue grâce aux personnes se reconnaissant dans le projet ou sympathisant avec le lieu qui a toujours fonctionné de manière autonome et autogérée. Et oui nous pouvons dire que c’était un prétexte. Mais pas un prétexte pour rester dans une maison occupée « sans payer d’impôts » et justifier notre existence, comme l’ont affirmé quelques réactionnaires du quartier (enthousiasmé-es par l’idée de la sécurité, par le projet Cinturón Sur et une nouvelle Av. Patricios, libérée des déchets et des immigré-es e, cette même sorte de gens en faveur de la peine de mort et des lynchages). Nous disions donc que c’était un prétexte. Un prétexte pour nous rencontrer. Nos portes ont toujours été ouvertes à qui souhaitait participer. Les activités et ateliers invitant à se rapprocher n’ont pas manqué. Nous n’avons jamais été des bibliothécaires officiels et n’avons jamais voulu l’être. Avec nos réussites et nos erreurs, nous avons toujours projeté clairement nos idées, ce qui en a rapproché et éloigné plus d’un-e. Nous ne voulons rien de l’Etat et ce que nous voudrions, nous pensons le lui arracher. Il nous faut aussi ajouter que notre lutte dépasse les murs d’une bibliothèque et que nous essayons de la mener dans tous les aspects de notre vie. Par ailleurs, nous souhaitons préciser que des semaines avant l’expulsion tout le matériel de lecture et d’archive de la bibliothèque a été enlevé et mis en lieu sûr. D’autres choses ont été données à des espaces et des personnes. Ce que nous n’avons pas pu ou pas voulu garder a servi à alimenter le feu qui a coupé la rue. Nous avons préféré que cela termine ainsi plutôt que cela pourrisse dans les dépôts où la justice place ce qu’elle prend au cours des expulsions.

Ce qui s’est passé au matin du 9 avril, et que la presse a déformé, a servi a rompre la paix sociale qui règne dans la ville, en compliquant la tâche de l’officier de justice chargé d’exécuter l’expulsion. Nous avons décidé d’opposer une résistance, tout en assumant le fait d’abandonner le lieu, en coupant la rue avec des barricades en feu et en attaquant la police. Nous voulons démontrer que l’on peut et que l’on doit résister. Que la violence que l’Etat exerce au quotidien contre nous doit lui revenir dans la gueule. Et affirmer précisément que la violence ce n’est pas une barricade, mais les expulsions qui jettent à la rue des milliers de familles, l’assassinat chaque année de centaines de jeunes aux mains de la police et l’enfermement de tant d’autres dans les prisons et les commissariats ; la routine du travail salarié, de la consommation et du contrôle social. Voilà la violence, celle de l’Etat et du Capital : la nôtre est un acte de dignité. Nous avons tenté de résister à l’expulsion de cet espace en soutenant les idées qui nous ont amené à poursuivre ce projet durant tout ce temps et qui ne nous permettaient pas de partir sans au moins entraver l’exécution du sale boulot, avec les moyens à notre portée, manifestant ainsi l’existence d’autres postures que celles du discours légal et démocratique qui présente la réalité sous le seul angle de la Raison d’Etat (et par conséquent celle du système).

Nous sommes heureu-ses de continuer à nous retrouver avec les compagnon-nes et avec toutes celles et ceux qui croient en la liberté. La satisfaction de lutter côte à côte dans un même combat dépasse toute nostalgie relative à la perte d’une maison qui tombait en ruine. Nous avons abandonné le lieu de la manière que nous avons choisie et nous nous sommes senti-es accompagné-es dans cette décision. Cela nous donne un élan de motivation redoublée. Cette expérience de tant d’années nous a appris et nous a fait grandir. Pour paraphraser les misérables vermisseaux péronistes au pouvoir et toute leur lignée de démagogues, nous nous plaisons à dire en forme de blague que c’est notre décennie victorieuse. Nous restons debout.

Traduit de l’espagnol de squat.net, abril 19th, 2014