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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Pandora 2 : neuf compagnon-nes arrêté-es et série de perquisitions à Barcelone/Manresa [mis à jour]
Article mis en ligne le 29 octobre 2015
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Mercredi 28 octobre 2015 vers 6h, les mossos d’esquadra (police autonome catalane) sur ordre de l’Audiencia Nacional de Madrid [parquet anti-terroriste] ont procédé à dix perquisitions contre des locaux (Ateneo Libertario de Sants et le Centre Social La Revoltosa) et des domiciles anarchistes de Barcelone et Manresa. Neuf compagnon-nes ont été arrêtés, sept hommes et deux femmes (deux à Sants, deux à Sant Andreu et trois à el Clot -Barcelone- et deux à Manresa). Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’opération Pandora contre les GAC (Grupos Anarquistas Coordinados), accusés d’être la branche locale de la FAI/FRI.

En décembre 2014 à Barcelone et Manresa, en plus de perquisitions des Athénées libertaires de Sant Andreu et de Poble Sec et du squat Kasa de la Muntanya, sept compagnon-nes avaient déjà été arrêté-es puis libérés sous caution un mois plus tard avec les mêmes charges, et quelques détails sur les attaques attribuées aux GAC.
En mars 2015 à Madrid et Palencia, lors de l’Opération Piñata, 17 lieux avaient ensuite été perquisitionnés dans une seconde enquête concernant les GAC (3 centres sociaux – dont La Quimera et La 13-14 dans les quartiers de Lavapiés et Vallecas à Madrid, plus La Redonda de Grenade, et 11 domiciles particuliers), se soldant par l’arrestation de 14 personnes. Cinq avaient été incarcérées puis libérées trois mois plus tard. Au total, avec la dernière opération, près de 40 personnes ont été arrêtées pour appartenance aux GAC (et plus d’une vingtaine inculpées).

Les compagnons sont une fois de plus pris en étau entre le terrorisme d’Etat catalan et terrorisme d’Etat national espagnol qui se tirent la bourre (il y a deux enquêtes à ces deux niveaux-là contre les GAC), provoquant même des dissensions politiciennes au sein des nationalistes catalans : la CUP a immédiatement déclaré que les Mossos catalans n’auraient pas dû obéir à une demande venue de l’Audiencia Nacional espagnole, et le ministre de l’Intérieur espagnol Jorge Fernández Díaz a répliqué aujourd’hui sur Telemadrid qu’il n’hésiterait pas à employer l’article 155 de la Constitution qui permet au gouvernement de "donner des instructions" afin d’obliger les autorités autonomes à "accomplir l’intérêt général". De même, le porte-parole du syndicat de flics catalans (Sindicato de Policías de Cataluña, SPC)) est intervenu pour déclarer qu’il n’y avait "rien de nouveau" dans cette opération contre les compagnons, que cela se faisait depuis longtemps déjà.

Hier 28 octobre au soir s’est déroulée une manifestation à 20h plaza del Diamant, où 1300 personnes ont parcouru les quartiers de Sants et de Gràcia derrière une banderole signée d’un collectif en Twitter style déjà critiqué ailleurs (#JoTambeSocanarquista). Si des poubelles ont été cramées et plusieurs vitres de banques brisées (plus des journaflics bousculés), on peut peut aussi s’interroger sur la présence trankillou en son sein de 6 députés du Parlement de Catalogne et 2 conseillers municipaux de Barcelone (tous du parti CUP, indépendantistes de gôche alliés au nouveau gouvernement régional depuis les élections du 27 septembre dernier). D’autres manifs ont eu lieu le soir même de ces perquiz à Manresa, Igualada, Berga, Saragosse et Madrid. La presse, qui parle d’ "actions de terrorisme de type anarchiste insurrectionaliste" attribuées aux GAC, a aussi pu entamer un dialogue fructueux avec les porte-parole de l’Athénée de Sants qui ont effectué une conférence de presse avec des collectifs de quartier, des avocats et Embat (organisation libertaro-gauchiste qui promeut le "pouvoir populaire"), soulignant bien que les flics n’avaient “trouvé ni explosifs ni armes dans les perquisitions, mais des livres, des brochures et des banderoles" dans leur athénée*. Misère de la dissociation préventive (qu’en savent-ils, de ce qui a pu être retrouvé ailleurs ?) !

Enfin,le 27 octobre, veille de ce nouveau coup répressif, l’Audiencia Nacional a décidé de prolonger l’incarcération de Mónica et Francisco, arrêtés en novembre 2013, jusqu’à deux nouvelles années supplémentaires de préventive. Accusés eux-aussi de terrorisme et d’appartenance aux GAC, l’Etat les soupçonne en sus d’avoir mené l’attaque contre la cathédrale de Saragosse d’octobre 2013.

Demain vendredi 30 octobre, les neuf nouveaux arrêtés de Barcelone et Manresa passeront à Madrid (Audiencia Nacional) devant le juge d’instruction Juan Pablo González pour être possiblement inculpés d’ "appartenance à organisation criminelle à finalité terroriste".

Liberté pour toutes et tous !

* Pour le plaisir, citons aussi cette autre perle du représentant de l’athénée libertaire de Sants surnommé Llibert : "Cela fait des années que la police s’efforce de lier anarchisme et violence, mais ce n’est pas la réalité : nous sommes des espaces de construction et de défense du droit au logement, des droits du travail ou contre la violence sexiste" (El movimiento libertario denuncia una "operación política" tras las detenciones del caso Pandora, El Diario, 29/10/2015 - 12:43h)

[Synthèse d’après Indymedia Barcelona et la presse espagnole]