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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Peut-on dire cela ?
Article mis en ligne le 6 décembre 2015
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Peut-on dire cela ?

La destruction des rapports sociaux actuels qui reposent sur l’exploitation et la domination est non seulement indispensable, mais c’est aussi un préalable pour créer la possibilité d’une société libre d’individus libres, bien sûr en constante évolution. La critique classique contre le fait d’exprimer clairement cette idée est d’une part que ce côté direct est impossible à partager parce qu’il pourrait peut-être effrayer certaines personnes ; et d’autre part que l’attitude conséquente et sans artifice qui s’en suit augmenterait le risque d’avoir affaire à la répression, avant même qu’une croissance quantitative d’un mouvement ne soit en vue … Ces arguments témoignent d’une vision particulière, mais qui semble pourtant assez répandue ; il est donc important de s’y attarder.

Large soutien vs clarté ?

Selon cette critique, il est toujours question d’une image [de nos idées] qu’il faudrait préserver et soigner. Une image donc, qu’on devrait s’efforcer de rendre « positive » pour la plus grande partie possible de la société…

Pour combattre, arrêter, saboter ou mettre un terme à la violence organisée de l’Etat et de l’économie, qui ne peuvent être considérés comme séparés, afin que la liberté puisse être le fondement d’une vie en commun, il nous faut développer nos propres idées et propositions, afin qu’elles soient diffusées et discutées. Et c’est justement pour cela qu’il me semble nécessaire et indispensable d’emprunter des tons qui sortent de l’habitude, qui cherchent tout autre chose qu’une harmonie toute sociale et démocratique. Pour le formuler clairement : pour nous, il ne s’agit pas de créer une contre-culture, une idéologie ou quoi que ce soit du genre. Il s’agit de formuler des propositions concrètes pour la subversion, des propositions à réfléchir et à mettre en pratique ici et maintenant !
Si on ne peut compter que sur nous-mêmes, comme c’est le cas, si nous en avons marre des mensonges et des vagues promesses de la politique, alors il est plus que temps de nous auto-organiser –quel que soit le nombre d’individus– et de passer à l’attaque. Des points de rencontre, le soutien mutuel et la rupture permanente avec les structures de pouvoir sont des éléments importants d’une auto-organisation qui peut être impulsée dans l’ensemble du champ social par différents individus. Pourtant, il arrive souvent que l’auto-organisation se réduise à un simple but en soi, et ne soit plus capable d’analyser, de trouver, de rendre publiques et de saboter les structures et institutions de l’Etat et de l’économie. Dans ce cas, les propositions concrètes pour agir contre la réalité macabre qui nous est imposée disparaissent de la perception sociale.Pour ramener cet élément qui manque et provoquer des prises de position, il nous reste alors la possibilité de lancer des discussions à travers les instruments que nous créons nous-mêmes, comme par exemple avec un journal. Car si la conception de nos projets et l’espoir restent liés à une large masse qui quelque part dans le futur, lorsque les conditions objectives seront mûres et que la conscience requise sera là, etc etc... alors les perspectives sont plutôt sombres !

Quand on parle de liberté, il ne peut s’agir ni de rassembler des partisans, ni de se sentir légitimé par une certaine adhésion quantitative pour faire ce que l’on pense juste. La question d’un large soutien à nos activités (voire du suivisme) n’est donc selon moi pas bien posée. Car attendre les autres ne signifie rien de plus que la mise à l’arrêt du désir d’agir ou qu’une excuse commode pour laisser les choses en l’état. Un large appui est bien-sûr quelque chose d’important, mais seulement tant qu’il n’y a pas de séparation nette entre des rôles d’ « acteurs » et de « spectateurs ». Seule l’initiative qui part de soi peut vraiment être solidaire, et il n’y en a que trop peu !

La question de la répression

La répression, expression concrète de la violence d’Etat pour sa propre préservation, est depuis toujours un moyen qu’il utilise pour mettre hors du jeu social les cœurs insurgés qui sont une épine dans son pied et agissent contre l’oppression et l’exploitation, en les diffamant publiquement et en instaurant une peur plus ou moins consciente dans le reste de la société par la punition. Car la peur, aussi perfide soit-elle, reste aujourd’hui comme hier une des pierres angulaires du fait de gouverner. Mais tirer de cela une conclusion opposée au fait de dire ouvertement ce que l’on pense par peur de la violence étatique, parce qu’on se trouve « encore » dans une position minoritaire, ne peut pas certainement pas être un point de départ pour résoudre ce problème. Il s’agit au contraire d’être aussi clair que possible et de défendre des actes de révolte, même quand on a tout le monde contre soi. Que nous reste-t-il en effet, si nous commençons par cacher nos idées ?

[Traduit de l’allemand de Dissonanz n°13 (Zurich), 28 octobre 2015]