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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Aix-la Chapelle (Allemagne) : la compagnonne accusée de braquage libérée début janvier
Article mis en ligne le 29 janvier 2016
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Prisons allemandes : notre compagnonne incarcérée est sortie

Des nouvelles par rapport à l’article « With midnight always in one’s heart », paru dans le n°6 d’Avalanche (voir ci-dessous).

De longs mois se sont écoulés depuis le jour chaud d’été début juin [2015], où notre amie et compagnonne a été arrêtée au cours d’un contrôle de passeport à frontière gréco-bulgare. Le mandat d’arrêt européen avait été émis par le Parquet de Aix-la Chapelle, Allemagne. Après avoir passé 3 semaines dans les cellules bulgares, elle a été livrée aux flics allemands à l’aéroport de Sofia. En Allemagne, elle a été enfermée en détention provisoire pour sa supposée participation à un braquage de banque ayant eu lieu deux ans auparavant (en 2013).

Les prisonnier-e-s sont placé-e-s dans ce régime dans l’attente de leur procès, officiellement pour une durée de 6 mois maximum, dans les faits très souvent prolongée jusqu’à plus d’un an. Dans son cas, les restrictions mises en place signifiaient qu’à chaque visite (2 heures par mois) deux flics, un maton et un interprète étaient présents, qu’elle ne pouvait passer aucun appel téléphonique et que tout le courrier devait d’abord être envoyé au bureau du procureur où il était lu avant de lui être remis avec un retard d’un mois. Son incarcération reposait sur un seul indice : une trace ADN sur deux pistolets à air comprimé trouvés par un/e employé-e dans les toilettes de la banque 11 jours plus tard. Il y a quelques semaines, le 2 décembre [2015], après des mois d’instruction elle a été formellement accusée de braquage de banque, prise d’otage et possession d’armes. Ces accusations ont été remises à trois juges devant décider si cela devait donner lieu à des poursuites devant un tribunal ou pas. Le 16 décembre, le tribunal a appelé la taule pour demander à ce que notre compagnonne soit relâchée, les accusations ayant été abandonnées, les « preuves » fournies par les 5 mois d’instructions étant insuffisantes pour amener l’affaire devant un tribunal.

A présent, notre compagnonne est de nouveau parmi nous. La joie que cela nous suscite ne remplace pourtant pas et ne nous ne fait pas oublier la rage contre les restrictions de l’isolement, contre le cirque ridicule des uniformes et contre tout système autoritaire qui joue ainsi avec la vie des gens. La plus grande force est venue de l’attitude sans compromis et hors de toute coopération qu’a adoptée notre compagnonne : elle a toujours gardé la tête haute et maintenu en vie son esprit non conforme.
Comme le savent la plupart des rebelles et anarchistes, la répression peut nous frapper à tout moment, car l’Etat peut aller très loin pour maintenir en place ses lois et son ordre, ainsi qu’empêcher la diffusion de nos idées. Dans ces moments là, il est facile de se sentir attiré-e et enfermé-e dans ce jeu de stratégie et de peur qui constitue précisément la substance de nos ennemis.

Dans ces moments là, il faut nous rappeler que nous avons d’autres instruments et pratiques pour combattre cet étouffement. Ce n’est qu’en combattant leur stratégie par notre propre intelligence rebelle et notre profonde éthique et en combattant la peur par la confiance dans nos complicités, nos affinités et nos luttes que nous pouvons faire quelque chose de plus de ces moments, plutôt qu’en nous limitant à l’aspect technique et juridique de l’Etat qui enferme l’une d’entre nous.
C’est précisément dans ces moments de stress, de rancœur et de tristesse qu’il est important de ne pas nous laisser intimider ou tenter par le doute quant à nos idées, nos relations et nos luttes. Même si garder les pieds sur terre, l’esprit éveillé et les cœurs ardents peut être difficile dans ces moments, il dépend souvent de nous –et pas de la liberté d’une compagnonne– de ne pas nous en laisser priver. ; nous sommes les seul-e-s à pouvoir combattre leur logique qui s’installe aussi en nous.
Nos idées et nos luttes se forgent dans la haine des prisons et du monde qui en a besoin. La lutte contre ces structures et ceux qui les rendent possibles comprend le fait d’exprimer et d’étendre notre désir d’ouvrir toutes leurs portes et de détruire ces piliers de cette société capitaliste et autoritaire. Lorsque nous sommes confronté-e-s à quelque attaque répressive que ce soit, il est déterminant de ne pas oublier ces idées et ne pas les mettre de coté ; nous ne pouvons élaborer une perspective que sur la solidarité active, par la continuation de nos projets de lutte contre toutes les manifestations de cette société carcérale.

Nous partageons les mots de notre compagnonne et refusons d’utiliser les concepts d’ « innocence » et de « culpabilité ». Ces termes font partie du langage des procureurs et des juges au service des politiciens et des boss. Des mots qui soutiennent leur système d’exploitation et de contrôle. C’est un langage qu’en tant qu’anarchistes nous refusons de parler –nous crachons dessus.
La raison pour laquelle nous n’avons pas rendu son nom public, et pour laquelle nous ne le ferons pas ici, est de ne pas apporter de l’eau au moulin du rôle souvent éludant et distordant de l’héroïne ou de la victime dans lequel sont souvent relégué-e-s les prisonnier-e-s anarchistes
. Elle a été une compagnonne anarchiste emprisonnée parmi tant d’autres qui ne sont ni oublié-e-s ni ovationné-e-s, mais présent-e-s dans la poursuite de nos luttes et projets, ainsi que dans nos actes subversifs contre l’ordre établi.

Solidarité avec toutes celles et ceux qui luttent contre les prisons, à l’intérieur et à l’extérieur.
Solidarité avec celles et ceux qui, face à des coups répressifs, continuent à éprouver la nécessité et le courage de continuer à vivre et à combattre pour leurs idées et leurs projets.

5 janvier 2016

[Traduit de l’allemand de Contrainfo, January 11th, 2016 ]


With midnight always in one’s heart

Notre amie et compagnonne se trouve en prison depuis maintenant quatre mois. Elle se trouve pour l’instant sous « détention d’enquête » [Untersuchungshaft], en Allemagne. Notre compagonne est accusée de braquage de banque. L’enquête a été clôturée et l’affaire comparaître devant un tribunal qui décidera si oui ou non il y aura procès. Voici quelques mots qu’elle nous a fait parvenir depuis les geôles.

With midnight always in one’s heart,
And twilight in one’s cell,
We turn the crank, or tear the rope,
Each in his separate Hell,
And the silence is more awful far
Than the sound of a brazen bell

Après avoir été arrêtée et incarcérée dans un petit village frontalier quelque part dans le sud-est de l’Europe, et ayant eu le « plaisir » de séjourner trois semaines dans les hôtels de l’État là-bas, je me retrouve aujourd’hui dans les griffes de l’État allemand. Au moment d’écrire ces mots, je ne sais toujours pas quand je serai à nouveau libre ; aucune accusation « officielle » n’ayant été fait, aucune audience de tribunal n’ayant été fixée. En théorie, la « U-haft » peut durer jusqu’à six mois en fonction des volontés et des caprices des procureurs et des juges, mais elle peut aussi être prolongée. Jusque maintenant, je ne me suis pas trop cassée la tête avec ça. L’incertitude de ne pas savoir ce qui va arriver, ou quand, est une des choses des plus difficiles dans cette situation, mais je refuse de me torturer avec des questions auxquelles il est pour l’instant impossible de répondre. Quoi qu’il arrive, je l’affronterai la tête haute.

Je suppose qu’on pourrait qualifier les conditions dans laquelle je suis retenue comme « dures » (pas de téléphone, toute communication avec le monde extérieur soumis à l’interférence voyeuriste – le procureur lit toutes les lettres entrantes et sortantes, les visites toujours en présence d’un maton et de la police criminelle particulièrement zélée). Mais je n’attendais rien d’autre de la part de ceux qui je considère comme mes ennemis. Car c’est ça qu’ils sont, parmi les visages plus doux de la répression : le prêtre, le thérapeute, l’assistant social,... (Quelqu’un avait noté avec raison comment seulement deux sortes de personnes entrent en prison : ceux qui peuvent sortir volontairement et ceux qui ne le peuvent pas.) Et quand le contrôle, la discipline et la « resocialisation » imposé sans cesse échouent, l’autoflagellation n’est jamais très loin. Pas besoin de pacification ou de contrôle quand toute critique possible est transformée en mea culpa, quand l’idée dominante parmi celles qui sont enfermées c’est qu’on se retrouve en prison parce qu’on a fait quelque chose de « mal », qu’on est « coupable » de quelque chose et que maintenant il faut payer le prix pour ça.

Je ne veux pas rentrer dans un discours qui parle en termes d’innocence et de culpabilité, car la juxtaposition en question ne se trouve pas entre ces deux « catégories » formulées dans le langage de la domination, le langage de la loi ; un langage absolument antagoniste au mien. Elle se trouve, pour le dire simplement,
entre ceux qui désirent la liberté et ceux qui la leur volent. Et cela n’a peu à voir avec la double rangée de barreaux qui bloquent ma fenêtre, avec la triple couche de murs et de portes qui entourent cet endroit. Comme un des cadavres philosophiques de l’université a écrit dans un passé pas si lointain : « la prison continue, sur ceux qu’on lui confie, un travail commencé ailleurs et que toute la société poursuit sur chacun par d’innombrables mécanismes de discipline. » Cependant, ce travail continue simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de la prison ; la prison n’est pas « extérieure » à la société, elle est tout simplement une des nombreuses expressions de la domination.

Et dans ce monde panoptique, toute acte de révolte, qu’il s’agisse de braquer une banque ou de voler un pain, est la négation du contrôle omniprésent qui nous est imposé, un Non assourdissant ou à peine audible dans la gueule de la domination. L’expropriation n’est qu’un des moyens d’une vaste panorama disponible pour se réapproprier dont ils nous dérobent quotidiennement – notre autodétermination, la liberté et la possibilité de construire nos vies selon nos propres vœux et désirs. Avec chaque acte de révolte, nous nous réapproprions nos vies et notre dignité, avec chaque acte de révolte nous réfutons les rapports de pouvoir et d’oppression existants et affirmons la capacité de décider de son propre existence. Et malgré le fait que mon existence est temporairement en pause – car ceci n’est pas la vie – mon cœur bat bien au-delà de ces murs.

Amour et solidarité pour celles et ceux qui sont en lutte partout, que la lutte soit assourdissante ou à peine audible.

[Avalanche, journal de correspondance anarchiste, n°6, décembre 2015, pp ; 7-8]