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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Calais : pierres et incendies contre le début d’expulsion de la "jungle"
Article mis en ligne le 29 février 2016
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[Lundi 29 février, l’Etat français a commencé à raser de force une cinquantaine de cabanes de la partie Sud de la jungle de Calais, dont plusieurs qui étaient encore occupées par leurs habitants, qui ont été dégagés à grands coups de maraudeurs associatifs. C’est l’entreprise SOGEA (Vinci) qui a procédé aux démolitions, tandis que c’est l’entreprise Baudelet environnement (située à Baringhem dans le 59) qui lui a fourgué ses bennes. La compagnie de bus qui sert de supplétif à la préfecture et s’enrichit sur la dispersion forcée des migrants (samedi 26 février vers Dreux, Blois, La Roche/Yon) est Inglard Voyages. Le cache-sexe policier pour tenter de convaincre quelques rares migrants de monter dans les bus est le Groupe SOS Solidarités (102C rue Amelot 75011 Paris).]


Heurts dans la "jungle" de Calais : le début du démantèlement se passe mal

AFP 29-02-2016 - 21:22

Quatre jours à peine après une décision de justice validant l’évacuation d’une partie de la "jungle" de Calais, l’État en a entamé lundi le démantèlement, dans un climat tendu qui a dégénéré en heurts avec la police dans l’après-midi, sur fond de colère d’associations.

Une vingtaine de salariés d’une entreprise de travaux publics ont commencé à s’activer dès le début de la matinée dans la partie sud du bidonville, où vivent de 800 à 1.000 migrants selon la préfecture mais 3.450 selon les associations. Leur intervention s’est terminée en fin d’après-midi, pour la première journée.

Sous un soleil radieux mais par un vent glacial, ils ont démonté à la main les abris de fortune, vides pour la plupart, se débarrassant d’objets divers dans de grandes bennes : planches, cartons, éléments de charpente...

A une centaine de mètres, se trouvaient aussi deux engins de chantier, mais à l’arrêt.

De nombreux migrants ont d’abord observé à distance cette opération qui se déroulait sur une zone de 100 m sur 100 m, dûment quadrillée par les forces de l’ordre. Plus de trente véhicules de CRS et deux camions antiémeutes étaient ainsi stationnés à une entrée du camp.

Après une matinée plutôt calme, la situation s’est tendue en début d’après-midi : à la suite d’un départ de feu de cabanes, des projectiles ont été lancés sur les CRS par des migrants et des militants de No border (150 personnes selon la préfecture). Les CRS ont riposté en faisant usage de gaz lacrymogène, a constaté une vidéaste de l’AFP.

Une vingtaine de cabanes ont total ont été incendiées par des migrants et des militants No border, nécessitant l’intervention des pompiers, selon un photographe de l’AFP. Parfois, une colonne d’épaisse fumée noire s’élevait dans le ciel.

En fin de journée, des heurts sporadiques opposaient encore migrants et CRS, qui ripostaient de nouveau par gaz lacrymogène aux jets de projectiles.

Trois No border et un migrant mineur ont été interpellés, et cinq CRS légèrement blessés, selon la préfecture.

Dans la soirée, quelque 150 migrants, certains armés d’une barre de fer, se sont postés pendant une heure sur la rocade portuaire jouxtant la "jungle" de Calais, lançant des pierres ou tapant sur des véhicules en partance vers l’Angleterre, a constaté un correspondant de l’AFP.

- Action ’contraire aux engagements de l’État’ -

Des associations historiques, comme l’Auberge des migrants, ont vivement critiqué l’opération : "Les policiers sont arrivés le matin et ont demandé aux migrants encore présents de partir et, dans la foulée, ils ont tout démoli. La façon dont c’est fait est violente, dégradante et contraire aux engagements de l’État", a lancé l’un de ses représentants, François Guennoc.

"Le démantèlement avait été annoncé comme pacifié, ciblant les tentes vides et les abris inoccupés", a commenté Olivier Marteau, responsable du "projet Calais" pour MSF. "Il a en réalité ciblé tous les logements de la zone 9, densément occupée et habitée, et inévitablement dégénéré en violences, dans un camp où vivent des familles et des enfants".

Si la préfecture reconnait qu’une "vingtaine de migrants étaient encore présents dans la cinquantaine d’abris traités", seules "4-5 personnes ne voulaient" pas partir selon elle et il a "fallu faire beaucoup de persuasion par les maraudes" avant que les abris ne soient démantelés.

Ce déploiement dissuasif des forces de l’ordre visait "à sécuriser le travail de l’entreprise" chargée du déblaiement, mais aussi à "permettre aux maraudeurs de travailler sereinement", pour "que les migrants ne soient pas sous le joug des activités de No border", a expliqué à l’AFP la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, présente sur les lieux.

Les maraudes sociales de la préfecture, qui tentent de convaincre les migrants rallier l’un des 102 centres d’accueil et d’orientation (CAO) disséminés en France ou rejoindre le Centre d’accueil provisoire (CAP) composé de conteneurs chauffés, ont en effet été sérieusement perturbées vendredi par ces militants altermondialistes œuvrant à l’abolition des frontières. Ils avaient notamment tenté d’empêcher certains migrants de prendre place dans les bus requis pour leur acheminement en CAO.

La préfecture a de nouveau fustigé dans un communiqué lundi des "comportements" et une "pression" sur les migrants "inacceptables".

"Ces opérations de mise à l’abri, de maraudes sociales et d’enlèvement des logements inoccupés vont se poursuivre durant plusieurs semaines", a indiqué la préfecture, qui avait parlé jeudi d’"un mois, peut-être plus".

La tâche s’annonce ardue : "Ma famille vit en Angleterre. Je suis ici depuis un mois. On va peut-être démolir ma cabane, mais j’irai dormir ailleurs", promet ainsi un jeune Afghan d’une vingtaine d’années.

Jeudi, le gouvernement, qui veut démanteler le plus grand bidonville de France où survivent entre 3.700 et 7.000 migrants selon les sources, avait obtenu gain de cause auprès du tribunal administratif de Lille pour une évacuation partielle du camp, contestée par migrants et associations. Les autorités avaient immédiatement assuré qu’elles n’entendaient pas recourir à la force.