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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Copacabana/Ipanema (Rio de Janeiro) : émeutes dans les favelas suite à un énième assassinat policier
Article mis en ligne le 23 avril 2014
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Brésil : Peur sur la ville

Courrier International, 23 avril 2014

Suite à l’assassinat d’un danseur vedette par les forces de police, de violentes manifestations se sont produites à Rio de Janeiro. Les tensions récurrentes entre habitants et policiers inquiètent à cinquante jours de la Coupe du monde.

“Panique à Copacabana”, alerte en première page O Globo, qui relate les violences survenues dans la soirée du 22 avril à Rio de Janeiro.

Accusant la police d’avoir tué Douglas Rafael Da Silva Pereira, danseur de 26 ans connu pour sa participation à un programme télévisé très populaire, de nombreux habitants de la favela Pavão-Pavãozinho - d’où il est originaire - ont violemment protesté.

Plusieurs rues des célèbres quartiers de Copacabana et d’Ipanema se sont transformées en “places de guerre, avec des barricades enflammées”, écrit le journal. Des affrontements ont eu lieu avec les forces de police, qui ont fait une victime de 27 ans, tuée par balle, et sérieusement blessé un enfant de 12 ans.

Si ces violences n’ont aucun lien avec la Coupe du monde, qui débute dans cinquante jours, l’événement cristallise des tensions au sein d’une population lassée des injustices sociales et des violences policières, et de plus en plus hostile à son organisation.


Deuil et fureur dans une favela de Copacabana, carte postale de Rio

AFP, mercredi 23 avril 2014, 11H10

RIO DE JANEIRO - « Quelle est cette Coupe du monde, quels sont ces Jeux Olympiques qui s’abreuvent du sang de jeunes innocents ? », hurle en larmes Daisy Carvalho, militante des droits de l’Homme à Rio, au milieu de barricades fumantes.

Dans moins de deux mois, des journalistes des cinq continents venus couvrir la Coupe du Monde de football feront des directs depuis la mythique plage de Copacabana.

Ce mardi soir, à quelques centaines de mètres de la carte postale, la favela de Pavao-Pavaozino s’est enflammée, débordant de tristesse et de rage.

« Tout a commencé vers 17h30. Il y a de la fumée partout, des tirs dans la rue et des personnes courent pour rentrer chez elles. De nombreux camions du Bope (police d’élite, ndlr) viennent de monter dans la favela. On est bloqués chez nous, on ne peut pas sortir », raconte alors à l’AFP Etienne, un étudiant français qui habite à l’entrée de la favela.

Barricades en feu, échanges de tirs, jeunes jetant des pierres et des bouteilles en verre depuis les hauteurs de la favela sur la police et les voitures sortant du tunnel de la grande avenue Nossa Senhora de Copacabana : le plus célèbre quartier de Rio semble en pleine Intifada.

C’est l’annonce, dans l’après-midi, du décès de Douglas Rafael Pereira, alias « DJ », retrouvé mort dans une crèche de la favela, qui a déclenché la fureur de ce quartier misérable perché à flanc de colline.

« DJ », 25 ans, habitant de la favela, était danseur pour un programme de la TV Globo, la fierté des jeunes du quartier.

Pris à tort pour un trafiquant de drogue, il a, selon des amis, été rossé à mort par des agents de l’Unité de police pacificatrice (UPP) installée dans cette communauté depuis 2009 en prévision du Mondial (12 juin-13 juillet) et des JO-2016.

Mort occasionnée par une chute

Selon un bref communiqué de la police, « le rapport fait sur place indique que les blessures de Douglas sont compatibles avec une mort occasionnée par une chute »...

La mère du jeune homme, l’infirmière Maria de Fatima da Silva, raconte, elle, au site d’information G1 : « Il est mort à une heure du matin et présentait des traces de coups. Plus de 12 heures après, on a réussi à voir son corps. Il était en position de défense, avec des blessures partout. Il n’y avait pas de marque de balles ».

Peu après le début de l’émeute, des policiers encerclés par la foule se réfugient dans une maison. IIs menacent de tirer si les habitants tentent d’y entrer, selon des témoins.

Puis les troupes d’élites de la police arrivent, uniformes noirs, fusils mitrailleurs, pistolets automatiques. Des coups de feu éclatent. Des trafiquants auraient tiré sur les policiers racontent certains. « Mateus », un déficient mental de 27 ans qui participait à la révolte, est tué d’une balle en pleine tête.

« Ma plus grande révolte, c’est que j’ai entendu de la bouche d’un policier qu’ils allaient tuer un jeune pour faire un exemple. Et ils l’ont fait ! », poursuit entre rage et sanglots Daisy Carvalho.

« L’un d’eux m’a traité de pute et de salope, en disant que les défenseurs des droits de l’homme défendent les bandits. N’ont-ils pas de mère ? Les favelas doivent s’unir et descendre dans la rue pour dire que nous voulons la paix mais pas de cette police assassine. Je dis aux touristes : "ne venez pas pour la Coupe du Monde !" », poursuit hors d’elle la jeune femme.

Les affrontements ont cessé. Des jeunes parlent de « guerre ». Une odeur nauséabonde s’échappe de bennes à ordures enflammées. On ne peut avancer plus loin dans les ruelles obscures. L’électricité est coupée sur toute la colline. Une détonation lointaine. Puis le silence.

Un habitant conduit les journalistes de l’AFP au huitième étage sans ascenseur d’un immeuble délabré, chez Simone, femme de ménage, sept enfants, mère adoptive de « Mateus », qui vivait là depuis qu’il était tombé amoureux d’une fille de la maison.

« Je voudrais la justice pour les deux, mais la justice n’est pas faite pour les pauvres », dit-elle, abattue dans le canapé d’une unique pièce aux murs vert pâle.