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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Pas d’identification
Article mis en ligne le 23 décembre 2014
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Les rats de bibliothèque qui tomberaient sur les dossiers de l’Archive d’Etat à Rome pourraient bien faire une découverte plutôt bizarre. Dans un des dossiers sur Paolo Schicchi, ils se retrouveraient à un certain moment avec une des premières pages d’un vieux numéro de L’Adunata dei Refrattari, hebdomadaire anarchiste publié à New-York, comportant un trou au milieu, de forme carrée. Eh ?! Qu’est-ce que c’est que ce truc ? La réponse se trouve dans le document suivant, un papier de la police fasciste de l’époque. L’Adunata avait publié une photo récente de l’anarchiste sicilien, alors en vadrouille à travers l’Europe pour tramer contre Mussolini. Parce que la photo de Schicchi présente dans les archives de la préfecture de police était plutôt vieille, remontant à la fin du siècle précédent, il avait été demandé de procéder à la reproduction immédiate de celle publiée dans le journal anarchiste. Des centaines et des centaines de copies de cette photo (dont plusieurs exemplaires se trouvent dans ce même dossier) ont donc été imprimées pour les distribuer aux infiltrés, balances et nervis du régime dispersés à travers tout le vieux continent. Un truc de dingue ! La police fasciste n’avait pas le signalement de Schicchi, et ce sont les anarchistes qui le lui ont fourni ! Merde, quelle erreur terrible ! Il ne nous semble pas que l’arrestation de Schicchi en 1930 soit attribuable à cette photo, mais en vrai, l’Adunata aurait pu se passer de ce coup là.

Voilà, cet épisode me revient toujours à l’esprit lorsque je me trouve face à l’image d’un compagnon ou d’une compagnonne reproduite et diffusée par d’autres compagnons. Evidemment, nous ne sommes plus dans les années 20, le ministère de l’Intérieur n’a certes pas besoin de découper avec des ciseaux les pages des publications subversives. Mais, évidemment aussi, même en me creusant la tête, je ne réussis pas à comprendre quel est le sens de diffuser de telles images. Je le comprend pour des compagnons morts, dont le visage en un certain sens donne un aspect plus concret à un souvenir qui risque d’être trop feutré. Au fond, je le confesse, il est beau de voir le regard enflammé d’un Gaetano Bresci ou d’un Severino Di Giovanni. Mais celui des vivants ? Pourquoi diffuser leurs traits ? On ne peut le comprendre qu’en cas de torture, lorsqu’on veut rendre public ce qui est arrivé (comme récemment en Grèce). Autrement, non. Non, et pas uniquement parce que cela me semble un hommage niais à cette civilisation de l’image, une intrusion dans la vie privée des autres, une imitation des techniques journalistiques. Je ne serais pas non plus d’accord même si les compagnons représentés eux-mêmes le demandaient, compagnons dont la vanité devrait être renvoyée à l’expéditeur. Que ces compagnons se trouvent en liberté ou qu’ils soient en prison, la diffusion de leur portrait est un faux pas. Si ce n’est pas sur le moment, ce le sera dans le futur. parce qu’on instaure ainsi une mauvaise habitude qui, au cas où elle deviendrait courante, serait ensuite difficile à contrôler. Si Pierre veut que sa photo soit diffusée, alors diffusons aussi celle de Paul. Et si Paul ne le veut pas, c’est louche, pourquoi ne veut-il pas ? Parlons-en !

Non, n’en parlons pas. Moins les photos circulent et mieux c’est. Dit autrement : personne ne peut savoir si Pierre ou Paul ou Robert sont responsables de telle ou telle action, personne ne peut savoir si un témoin oculaire quelconque ou un aspirant justicier ne tombera jamais sur un site ou sur les pages d’un journal du mouvement. Peu importe que ces photos aient déjà été publiées ailleurs, sur des moyens d’information bien plus diffus, ou que cela concerne des compagnons qui se trouvent à des milliers de kilomètres. Cela ne fait aucun sens d’augmenter les possibilités d’une identification fatale. Dans le doute, mieux vaut s’abstenir. Toujours et partout. Pour une question de méthode a priori, pas de calcul a posteriori.

L’amour et les respect pour les compagnons naissent de ce qu’ils sont, non de ce à quoi ils ressemblent. Pas besoin de (faire) savoir s’ils sont grands ou petits, jeunes ou vieux, maigres ou gros, blonds ou bruns. Laissons ce genre de curiosité aux morts, à ceux qui ne risquent plus de voir leur visage être dévoilé à la répression par leurs propres compagnons. Et que ceux qui sont rongés par une telle curiosité pour les vivants aillent donc se la piquer en privé sur les mass médias. Mais pitié, ne créons pas une iconographie du mouvement si on ne veut pas courir le risque d’être remerciés un jour ou l’autre par les infiltrés, les balances et les nervis en tout genre.

[Traduit de l’italien de finimondo, 23/12/14]


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