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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Sous pression
Article mis en ligne le 20 décembre 2015
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Cette nuit, un grondement a perturbé le sommeil des habitants du quartier Borgo Trento, à Brescia. Un engin artisanal a sauté face à la Polgai, siège de l’Ecole de police judiciaire, administrative et d’investigation. Peu de dégâts mais —comme on dit à Noël— c’est l’intention qui compte. Les experts de la police scientifique et les artificiers sont au travail. Il se dit que quelqu’un a « chargé » une cocotte-minute [pentola a pressione]. Pour une fois, on les croit sur parole !

C’est la pression d’une vie exploitée, c’est la pression d’une dignité humiliée, c’est la pression d’une liberté traquée, c’est la pression générée par un monde où il est seulement permis d’obéir. Ce sont les désirs les plus merveilleux mortifiés devant la banalité envahissante du spectacle, ce sont les besoins, mêmes les plus simples, dont la satisfaction est ôtée à ceux qui n’ont pas le portefeuille bien rempli — voilà la pression qui a explosé dans la nuit de Brescia.

Et cela ne nous semble pas un hasard qu’elle se soit manifestée contre une école de répression. Que les forces de l’ordre ne soient qu’une petite main d’œuvre, tout le monde le sait, et les flics en premier lieu (qui en effet sont les premiers à affirmer n’accomplir « que leur devoir »). Si faire d’eux l’ennemi [principal] serait une idiotie, justifier leur travail serait une aberration. Après les morts sous leurs bottes, après les tabassages dans les commissariats, après les charges dans les rues, après d’infinis abus de pouvoir quotidiens qui les rendent toujours plus arrogants, forts de leur impunité, un grondement de révolte dans les ténèbres de la résignation est le minimum qui puisse arriver. Il y a des rages, il y a des émotions impossibles à exprimer avec une pétition (et au diable partis et syndicats, prêtres et militants).

Que les maîtres de ce monde le sachent : plus ils mettront l’existence humaine sous pression, et plus cette pression explosera inévitablement un jour ou l’autre, retentissante et belle comme la rencontre entre une ardeur et un geste audacieux.

[Traduit de l’italien de Finimondo, 18/12/15]