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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Espagne : à propos de la compagnonne incarcérée sous l’accusation de braquages de banques
Article mis en ligne le 15 avril 2016
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Communiqué sur la dernière opération répressive à Barcelone et en solidarité avec la compagnonne emprisonnée à Soto del Real

Ce mercredi 13 avril a commencé à 5 du matin une opération des Mossos d’Esquadra à Barcelone, au cours de laquelle deux domiciles particuliers et un centre social du quartier de La Salut, « les Blokes Fantasma » ont été perquisitionnés, la vingtaine de personnes habitant ce dernier bâtiment se voyant retenue douze heures.
A côté du saccage et de la destruction qui accompagnent toute perquisition policière, cette opération s’est soldée par l’arrestation d’une compagnonne qui avait déjà été emprisonnée dans le cadre de l’Opération Pandora, et sur laquelle pesait depuis le 11 avril un mandat d’arrêt européen pour l’accusation d’avoir participé à des expropriations d’agences bancaires sur le territoire allemand.

Après qu’elle ait été amenée à l’Audiencia Nacional espagnole, le juge Eloy Velasco a ordonné l’incarcération en prison préventive de notre compagnonne qui a été transférée au centre pénitentiaire de Soto del Real. Etant donné qu’elle est aussi mise en examen dans la procédure Pandora (actuellement en phase d’instruction) et qu’elle a manifesté sa volonté de ne pas être extradée, notre défense a demandé un ’’conditionnement’’ du mandat d’arrêt afin qu’elle puisse purger la prison préventive dans l’Etat espagnol, dans l’attente du procès qui l’attend ici. Dans un délai de 2 mois maximum (prolongeables un mois supplémentaire), l’Audiencia Nacional devra décider si elle suspend temporairement ou pas la remise de notre compagnonne aux autorités allemandes. A partir des informations publiées dans la presse allemande, nous avons pu savoir qu’on lui attribue une expropriation ayant eu lieu dans la ville de Aix-la-Chapelle au cours de laquelle –toujours selon la presse– le groupe de braqueurs aurait emporté une importante quantité d’argent de la banque sans causer de blessures ni aucun dommage personnel.

Quelle que soit l’évolution de la procédure judiciaire, nous voulons montrer publiquement notre soutien à la compagnonne revendiquant comme nôtres ses objectifs révolutionnaires, sa lutte et son activité militante. Nous qui la connaissons de près, savons qu’elle s’est entièrement gagnée la solidarité de toutes. Nous parlons d’une personne en lutte et anarchiste, active depuis des années dans divers projets antiracistes, féministes et libertaires de Barcelone, toujours solidaire avec les personnes sous le coup de la répression, toujours disposée à aider dans la mesure du possible, toujours partante, toujours généreuse, joyeuse et souriante avec les proches, toujours intransigeante et ferme contre tout ce qu’elle perçoit comme injuste

La tentative médiatique de la transformer en « danger public » ne pourrait être plus perverse. D’autant plus alors que cette opération de manipulation médiatique implique de présenter les banques comme des victimes, dans une totale inversion de la réalité, magnifiant ceux ont volé, pressé comme des citrons, escroqué, expulsé et fait des coupes drastiques impunément durant des années, tout en criminalisant celles et ceux qui se révoltent contre leur ordre et osent les attaquer.

Il nous est tout à fait indifférent de savoir si la compagnonne est réellement responsable ou pas de ces braquages. L’expropriation est une pratique éthiquement juste et politiquement légitime, une méthode de lutte qui fait partie de l’histoire de tout mouvement révolutionnaire.

En effet, malgré les incessantes tentatives de la part du Pouvoir de réduire cette méthode au cadre d’une ’’crime commun’’, mû par l’intérêt et l’avarice individuels, il est certain que l’expropriation des lieux d’accumulation de capital est une constante dans notre histoire : des groupes anarchosyndicalistes qui au début du XXe siècle volaient les banques pour soutenir des grèves ou aider les familles des compagnons emprisonnées, jusqu’aux différents groupes autonomes des années 70-80 comme le MIL, la OLLA ou l’ERAT (formé par des ouvriers de la SEAT) qui détournaient l’argent accumulé par les riches vers divers projets des exploité-e-s en lutte, en passant par les groupes de maquis comme ceux de Sabaté ou de Facerias, qui dans la période d’après-guerre réalisaient des braquages pour financer la résistance contre le régime franquiste. L’expropriation, aussi bien comme expression d’une lutte politique générale, que sous la forme de banditisme social dans laquelle est récupéré tout ce que les banques nous volent pour se libérer des chaînes de l’exploitation salariée ne nous semble réprouvable sous aucun principe, bien au contraire. Le fait que des gens que se lassent d’être systématiquement piétiné-e-s et pressé –e-s par la mafia légalisée, confirme que ’’nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiques et des banquiers’’, et qu’heureusement la condition humaine résiste à accepter avec soumission la dictature du capital sur nos vies.

La chasse policière et médiatique qui s’est déployée autour de ces braquages en Allemagne ne doit pas faire perdre la perspective ni confondre l’ennemi. Le véritable danger public c’est le pouvoir représenté par des criminels comme Wolfgang Schäuble et Angela Merkel, le pouvoir qui n’a pas vidé que quelques coffres-forts, sans la richesse sociale de peuples et de territoires entiers. C’est le pouvoir des élites transnationales qui ont jeté des millions de personnes dans la misère pour imposer des mesures d’austérité servant leur projet néolibéral et impérialiste.

L’arrestation de notre compagnonne n’est qu’une raison de plus pour combattre ces élites et le système qu’elles représentent, un système fanatiquement poussé par l’accumulation d’argent dans quelques mains aux dépens de la souffrance, de la dépossession et de l’exploitation des autres. Ni les poursuites policières ni la propagande massive du régime ne peuvent cacher ce qui est déjà évident pour tout le monde : comme l’a dit le poète, quel délit représente voler une banque en comparaison avec le fait d’en fonder une ?

Liberté immédiate pour la compagnonne emprisonnée à Madrid !
Bloquons le processus d’extradition
Solidarité avec le cso blokes fantasma et toutes les personnes en lutte poursuivies !
Tant qu’il y aura de la misère il y aura de la révolte !

Des compagnes et compagnons de la personne emprisonnée
15 avril 2016
Barcelone

[Traduit du catalan d’Indy Barcelone, 15 abr 2016]