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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Oukacha (Casablanca, Maroc) : sur la mutinerie qui a ravagé la prison pour mineurs "Aïn Sebaâ"
Article mis en ligne le 2 août 2016
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[L’infâme prison d’Oukacha, à Casablanca, compte 900 détenus mineurs (âgés parfois de 20 ans). Une trentaine sont désormais accusés d’avoir été les "leaders" de la mutinerie qui a commencé le 28 juillet vers 19h30, et cent-vingt d’y avoir participé directement, notamment dans la cour (incendie des véhicules de l’AP -dont un bus- et des matons, d’une voiture de police et celle d’un huissier de justice) et la tentative d’enfoncer le portail au bélier à l’aide du bus. Selon certaines sources, il y aurait 40 prisonniers blessés, dont un qui s’est pris dans les barbelés en tentant de s’évader par les murs. Pour stopper la mutinerie, les brigades spéciales de la DGSN (Direction générale de la Sûreté nationale) ont été envoyées et ont tiré des balles réelles (en l’air, selon les autorités), insultés par une partie des familles rassemblées en masse devant la prison.
La passion pour la liberté sera toujours forte que tous les enfermements, dedans comme dehors. Vivent les mutins !]

Mutinerie à la prison d’Oukacha : Que s’est-il vraiment passé ?

Les Eco Maroc, 1 août 2016

Jeudi dernier, le centre de réinsertion des jeunes à Casablanca a été le théâtre d’une mutinerie. Une tentative de grande évasion ou une révolte contre les conditions d’incarcération ? Ou les deux à la fois ? Une enquête judiciaire est ouverte pour savoir ce qui a provoqué les drames survenus, jeudi dernier, dans le Centre de rééducation pour jeunes de Aïn Sebaâ à Casablanca.

« Un plan minutieusement préparé ». C’est la qualification donnée par la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) à la mutinerie survenue jeudi dernier dans le Centre de rééducation pour jeunes de Aïn Sebaâ à Casablanca. Selon les premiers éléments recueillis par la DGAPR, « cette mutinerie a été fomentée par des meneurs qui ont incendié des lits pour provoquer la fumée dans le but de piéger les gardiens de l’établissement pour les attaquer et sortir du quartier de détention. Les détenus se sont, par la suite, dirigés vers le dépôt des armes, mais, bloqués par la grille métallique de la porte, ils n’ont pas pu y accéder. Leur tentative ayant échoué, ils ont incendié un bus de transport des prisonniers ».

Ce n’est pas tout, puisque, selon la version officielle de la DGAPR, les mutins ont attaqué, à coups de pierres, des fonctionnaires de l’établissement qui ont été légèrement blessés. S’agissant des dégâts matériels, il faut savoir qu’au niveau des services administratifs de l’établissement, la DGAPR affirme que « les actes de vandalisme ont été derrière la destruction de l’ensemble des bureaux et des équipements, à l’exception du bureau de l’Économe, y compris les documents relatifs à la gestion des affaires des fonctionnaires, les registres d’incarcération, les dossiers judiciaires des prisonniers, le bureau du suivi médical, les infrastructures sanitaires, les dossiers médicaux, les médicaments, ainsi que la destruction du réseau des communications ». Quant aux dégâts qui ont touché le centre de détention, ils concernent « tous les équipements d’extinction, des téléphones fixes, des dizaines de télévisions installées dans les cellules, des équipements électriques, des équipements de sport, des lits et des draps ont été détruits ».

À cela s’ajoute l’incendie de cinq chambres au niveau de l’un des pavillons de l’établissement. Ces actes de vandalisme ont également causé la destruction des bureaux et des équipements du service de préparation à la réinsertion relevant de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus. Les livres, les instruments de musique, la médiathèque, les équipements de sport, les dossiers sociaux des pensionnaires ainsi que les classes de cours ont été également détruits.

Le portail principal de l’établissement, l’ensemble des équipements de surveillance électronique (caméras et autres), ainsi que le parc automobile de l’établissement ont également subi des dommages conséquents. Au bus de transport de prisonniers incendié, au tout début de la mutinerie, s’ajoute la destruction d’une ambulance, de voitures de service, de motocycles de fonctionnaires, un camion de la protection civile et des véhicules particuliers se trouvant dans l’enceinte de l’établissement. « Cinq éléments de la police, trois membres de la protection civile, six des forces auxiliaires et cinq fonctionnaires de la DGAPR ont été blessés et neuf prisonniers ont été asphyxiés et évacués à l’hôpital qu’ils ont pu quitter à l’exception d’un seul cas, selon la même source », précise la DGPAR. Les familles, alertées par les réseaux sociaux, ont rapidement rejoint les alentours du centre de détention ajoutant aux difficultés pour les forces de l’ordre qui tentaient de maîtriser la situation. Finalement, ces dernières ont pu venir à bout de la mutinerie.

Quant aux familles, « l’administration de l’établissement, sous la supervision directe de responsables à l’Administration centrale sur place, a ouvert avec elles des canaux de communication directe en plus de l’organisation d’une visite ouverte », note la DGPAR, qui mènera, en parallèle d’une enquête judiciaire, une enquête administrative pour déterminer les causes de cette tentative d’évasion. « Il semblerait que les jeunes détenus ont voulu protester contre leurs conditions de détention ». Une enquête est en cours.

En attendant les conclusions, toutes les activités que nous menons au sein de la prison sont pour l’instant suspendues », déclare Fatna Bouih, la voix chargée d’émotion. Cette militante pour les droits de la Femme et pour la réinsertion des ex-détenus organise, depuis de nombreuses années au sein de la prison d’Oukacha, des ateliers pédagogiques et culturels au profit des jeunes détenus et des pensionnaires de la prison pour femmes.

Cela dit, cet événement dramatique nous pousse à nous poser, une fois de plus, la question sur les conditions de détention dans les prisons marocaines qui sont pour le moins désastreuses. Il nous pousse aussi à nous poser la question sur l’efficacité du système de réinsertion des détenus marocains.


Récit de ce qui s’est passé à la prison d’Oukacha

Le360, 29/07/2016 à 12h48

Une tentative d’évasion massive des détenus a eu lieu hier jeudi 28 juillet à la prison civile de Oukacha et plus précisément au Centre de Réinsertion des jeunes, situé sur l’arrière du centre d’Aïn Sbaâ. Le film d’une « prison break » avortée grâce à l’intervention d’une unité de la police d’élite.

Jeudi 28 juillet, prison civile d’Oukacha, plus précisément le Centre de Réinsertion des jeunes qui compte 800 pensionnaires. Il est 19H30 quand le feu se déclare dans une chambrée. Un détenu donne l’alerte. « Y a le feu ! », a-t-il lancé, à l’adresse du personnel de la prison. Des cris de panique fusent de toutes parts, puis les premiers cas d’asphyxie. Les pensionnaires ont été dirigés vers la cour de la prison, en attendant l’arrivée des éléments de la Protection civile.

Sauf que ce n’était pas le bon endroit pour évacuer les détenus, la cour où des travaux étaient en cours est jonchée de pierres. Le personnel de la prison ne s’était peut-être pas rendu compte que les détenus allaient se servir de ces pierres comme de projectiles pour attaquer les forces de l’ordre accourus immédiatement sur les lieux, autant que les éléments de la Protection civile arrivés toutes sirènes bêlantes. Bien plus qu’un réflexe de survie, après le déclenchement de l’incendie, les premiers indices sur une tentative d’évasion massive commencent à percer au travers des volutes de fumée qui se dégagent de la prison.

Et ce n’est surtout pas ce fait spectaculaire qui dira le contraire. Plusieurs dizaines de détenus utilisent un bus de transport du personnel en voiture de bélier pour tenter de forcer le portail de l’enceinte de la prison. Or, c’était sans compter avec l’habileté des services de police qui ont découvert le pot aux roses.

Aux grands maux, les grands remèdes

Premier réflexe sécuritaire, et pas des moindres : encercler la prison d’Oukacha pour avorter toute tentative d’évasion. Les alentours de la prison ont été sécurisés. Des tirs se font entendre en guise de sommation aux alentours de la prison, et pour que les détenus tentés par l’évasion se rendent compte que les forces de l’ordre étaient à l’extérieur. Les tirs de sommation n’ont pas intimidés les pensionnaires qui ont persisté à essayer de forcer le portail de la prison. C’est alors qu’une unité des forces d’élite dépendant de la préfecture de police de Casablanca, récemment formée, fait son entrée dans l’enceinte pour maîtriser ce qui s’est révélé être une mutinerie savamment orchestrée en vue de provoquer une évasion massive des détenus. 50 éléments de cette unité sont entrés en contact avec les prisonniers et ont maîtrisé les rebelles. La mise en échec de l’évasion est l’oeuvre de cette unité dont les premiers éléments ont été aperçus lors des festivités du dernier Nouvel An.

A toutes fins utiles, "il faut bien noter qu’aucun incident n’a entaché l’intervention de la police. Aucun coup de feu n’a été tiré en direction des détenus", précise une source policière à le360.

Les dégâts provoqués sont à mettre plutôt au passif des auteurs de ce sinistre projet, dont les motifs restent à élucider par l’enquête policière ouverte sous la supervision du parquet général.

S’agissant des dégâts humains, il convient de souligner que 9 blessés ont été enregistrés parmi les détenus, alors que 5 cas de blessures sont signalés chez les forces de l’ordre. Les jours des blessés évacués sur le coup sur l’hôpital Mohammed V à Hay Mohammadi ne seraient pas en danger.

Pour ce qui est des dégâts matériels, il faut signaler qu’un bus appartenant au ministère de la Justice a été calciné, alors qu’une ambulance de la Protection civile, un véhicule de la police et une voiture d’un huissier de justice ont été endommagés.