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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Zurich (Suisse) : la répression et ses contours
Article mis en ligne le 6 août 2016
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La répression et ses contours

La répression est un événement très difficilement évitable pour ceux qui luttent pour la subversion de la société. Lorsqu’on lutte pour notre liberté, on se trouve rapidement confrontés à l’Etat et à ses différents appareils répressifs : des flics dans la rue aux tribunaux, et jusqu’aux prisons.
Le fait de se retrouver un jour incarcéré est une triste perspective que nous devons toujours prendre en compte en tant que révolutionnaires. Si la répression frappe d’abord des compagnons particuliers, on ne doit pourtant pas oublier que son objectif n’est pas simplement d’emprisonner ou de "punir" ceux qui ont franchi certaines lignes, mais aussi celui d’arrêter ou de ralentir. des dynamiques, des luttes et des projets. C’est de cet aspect moins évident dont je veux parler ici.

La répression n’est pas un fait personnel

Lorsque frappe la répression, une dynamique commune est celle de la fermeture. On court aux abris, les problèmes ne sont pas affrontés ouvertement, ce qui vient d’arriver est certes discuté, mais en petits groupes et pas publiquement, comme si la répression était un fait qui ne devait pas regarder tout le monde (non seulement les anarchistes, mais plus généralement la "société"). Personnellement, je pense qu’il s’agit d’une grave erreur, et que lorsque quelque chose de ce genre arrive, c’est justement le contraire qu’il faut faire. Cacher ce qui était auparavant une évidence n’a pas de sens.
Au fond, la répression ne concerne pas seulement une personne ou un "fantomatique" mouvement anarchiste, mais toute la société, parce que la répression vise aussi à intimider d’autres rebelles potentiels. Si un compagnon est arrêté, nous devons rompre le tabou de ne pas en parler, et qui sait si peut-être, en expliquant ce vient d’arriver, d’autres personnes "externes" ne pourraient pas également sympathiser avec le compagnon arrêté ?

Solidarité ?

Une autre question liée à la répression et qui revient régulièrement sur le tapis, est celle de la solidarité.
Ne vous méprenez pas sur ce que je veux dire : s’occuper des compagnons en prison ou en difficulté est nécessaire, mais le réflexe est en général différent. La question de "combattre la répression" et du soutien des compagnons concernés devient pour beaucoup la priorité à laquelle se dédier, oubliant souvent que ces mêmes compagnons, avant de finir en prison, portaient des luttes et des projets en avant, et que ces luttes et ces projets peuvent se retrouver en difficulté à cause de l’absence de ces compagnons.
Selon moi, la solidarité doit aussi être celle de continuer ces luttes et projets et de ne pas accepter qu’ils soient interrompus parce que quelque compagnon a été incarcéré. Si on faisait autrement, on finirait par tourner en rond : des compagnons sont arrêtés – lutte contre la répression – d’autres arrestations – etc... sans pouvoir s’en sortir. On ne doit pas oublier qu’en tant qu’anarchistes, notre fin est la révolution sociale, et que tant qu’existera un Etat existera la répression. Et donc que si nous voulons lutter contre la répression, nous devons lutter pour détruire l’Etat.

Alliances ?

Lorsque la répression nous frappe, on parle souvent de briser l’isolement, un principe avec lequel je suis en général d’accord. Mais pour beaucoup, briser l’isolement signifie tisser des alliances avec d’autres groupes plus ou moins révolutionnaires, qui ont des objectifs totalement différents des nôtres. Si nous voulons détruire l’Etat, eux veulent s’en emparer ou le réformer pour empêcher certains de ses "excès". La logique est que nous sommes peu nombreux et "vulnérables", et que nous devons donc chercher "protection" à travers le nombre. Briser l’isolement dans ce sens veut dire s’ouvrir à des groupes politiques avec lesquels nous n’avons rien à faire en termes d’idées.
Briser l’isolement comme je le vois moi est quelque chose de différent : au lieu de s’ouvrir à d’autres groupes politiques, nous devons aller chercher la sympathie et la complicité parmi les opprimés comme nous ou parmi les rebelles potentiels, pas chez d’autres minorités révolutionnaires. Pour cela, nous devons ouvrir des canaux de communication (comme des tracts, des affiches, des journaux, une présence dans la rue) et porter nos idées dans la rue, qu’il fasse beau ou mauvais temps.

[Traduit de l’allemand de Dissonanz (Zurich), n°33. 3 août 2016]