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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Berlin (Allemagne) : briser la paix sociale, à propos de Juillet noir
Article mis en ligne le 11 août 2016
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Juillet noir - texte et action contre la paix sociale

Alors que la situation se détend passagèrement dans le quartier nord de Friedrichshain et que nous trouvons le temps de reconstruire le 94 Rigaer, la guerre sociale continue à faire autant rage autour de nous. Les nouvelles des attaques de l’Etat contre des personnes et des squats à Thessalonique nous sont parvenues. Ici comme là-bas, nous luttons contre la social-démocratie et nous opposons aussi le combat protéiforme à la paix sociale. Que ce soit au cours du juillet noir ou dans les conflits locaux et quotidiens, nous menons une même lutte qui gagne en force dans la réciprocité.

L’Etat grec semble être sur le point de porter un coup répressif de grande ampleur contre les structures autonomes. A Thessalonique comme dans d’autres villes, les structures auto-organisées des migrant-e-s semblent toujours plus menacées. Exerçant sa fonction de gestion des flux migratoires, l’Etat frappe celles et ceux qui ne se soumettent pas à son autorité et tentent de bouger de manière autonome dans un monde empreint d’exploitation et de domination. A Thessalonique, trois maisons occupées ont été touchées et plus d’une centaine de personnes arrêtées par la police ; une est aussi morte suite aux expulsions. Et à Athènes planent aussi des menaces d’expulsions contre des squats également utilisés par des migrant-e-s. Le but est de créer un climat de peur et d’oppression contre l’auto-organisation de celles et ceux qui attaquent ou sapent l’autorité de l’Etat.

Il faut rappeler ici que le gouvernement grec est dans les mains de Syriza. Ce parti socialiste de gauche radicale est aussi soutenu par des groupes de gauche allemands et invité aux grands événements conciliateurs du “mouvement” tels que le 1er Mai à Berlin.
Nous demandons à ces gens de gauche, à présent choqués par ces actions du gouvernement grec – à quoi vous attendiez vous donc ? La leçon que vous devez tirer, vous qui avez pris parti pour tel ou tel gouvernement de gauche et qui, ahuris, venez réciter une fois encore votre psaume “mais les droits de l’homme !”, est la suivante : les clowns qui se trouvent tout en haut de la hiérarchie, ne se préoccupent pas de vous et de vos idéaux sociaux-démocrates. Il faut s’attendre à de telles attaques et y apporter une réponse appropriée. Nous ne croyons absolument pas à leur politique populiste creuse et il faut dire clairement à quoi elle est destinée. Quiconque attend encore la moindre chose de ces partis leur donne le pouvoir de continuer à nous chier dessus. Ils vivent socialement par notre faute et de nos sympathies. Nous devons nous battre pour faire disparaitre ce pouvoir. Notre tentative d’auto-organisation et de vie autonome est bien-sûr un danger pour eux. L’Etat continuera à cracher sa rhétorique humaniste jusqu’à ce que la réalité de perdre de son pouvoir soit palpable.
Le soutien de l’Etat aux migrant-e-s et réfugié-e-s et chacun de ses concepts de “liberté” ne sont que vaine propagande. Il répond à chaque tentative de mettre l’autonomie en pratique par la violence et la répression. Nous devons partir de ce principe-là. Chaque territoire et chaque lieu auto-organisé, où de nouvelles structures sont construites et où les divisions contraintes par l’Etat se voient remplacées par des lignes de conflit auto-déterminées, représente un danger direct pour l’Etat. On peut bouger le long de lignes de contestation prédéfinies, mais dès qu’on les dépasse les libertés tant exaltées sont soudain réduites à néant. L’Etat ne tolèrera rien qui ne corresponde pas à ses critères. Cela doit être arraché.
La raison d’exister de la social-démocratie et de tous les prédicateurs de la paix sociale, c’est leur rôle dans la gestion de la société. Leur mission consiste à repérer les germes de processus révolutionnaires et à trouver des acteurs susceptibles d’être achetés par des promesses de pouvoir. Le soutien à Syriza, provenant même de cercles “anarchistes”, a été le résultat de la volonté de “contre-pouvoir”. Les “mouvements”, constructions inventées de toutes pièces par de nouveaux managers qui réduisent des attaques multiples et protéiformes contre l’ordre en place à un front unique, restent encore un terrain de recrutement pour les organisations et partis de gauche. Ces derniers parviennent à rendre floues des divergences qui s’aiguisent parfois entre le bas et le haut au sein de la guerre sociale.

Ici aussi, dans le conflit de la rue Rigaer, la démocratie parlementaire fait de nombreuses tentatives pour mêler avec ses sales mains des rebelles de pacotille à notre lutte. Le parti des Verts s’est particulièrement illustré en envoyant sa représentante à une assemblée de quartier qui était depuis le début de l’année un endroit de vif échange.
Par la force des choses, ce lieu de conflit est donc devenu un lieu politique, même si la haine des politiques devrait pourtant être la base de l’auto-organisation et de l’auto-défense, comme de l’attaque.
D’ailleurs, la social-démocratie, et en particulier les Verts, n’ont cessé de proposer aux habitant-e-s de la rue Rigaer d’organiser des tables rondes avec des « personnages importants ». Ces offres ont été repoussées de manière relativement conséquente. Cependant le pouvoir sait qu’il lui suffira de fouiller le temps qu’il faudra pour trouver des personnes avides d’ascension sociale, ou dans le meilleur des cas naïves et bien-pensantes, pour se prêter à parler au nom des habitant-e-s. Nous devons aiguiser nos sens pour dépister les offres du pouvoir avant qu’elles ne puissent nuire. Cette recherche commence en nous-mêmes.

Il est particulièrement répugnant que les politicien-ne-s menteurs du parti des Verts en place comparent sans vergogne l’occupation policière de la rue Rigaer durant trois semaines avec les évènements d’il y a deux ans dans le squat de la rue Ohlauer dans le quartier de Kreuzberg. Là, cette ancienne école avait été occupée essentiellement par des Freedom-Fighters migrants et poussés à la clandestinité. Le concept des puissants contre des structures qui devenaient de plus en plus fortes consistait, à côté de l’écrasement brutal et de la terreur policière, à offrir en permanence des issues pacifiques aux personnes en lutte se retrouvant le dos au mur. Auparavant, l’occupation de la place Oranien avait déjà été liquidée avec cette stratégie, des négociateurs ayant finalement été trouvés pour exécuter eux-mêmes violemment l’expulsion de leurs anciens alliés, sous les yeux de la social-démocratie et de ses flics.

Le squat à Kreuzberg a tenu, après qu’au neuvième jour de siège les personnes en lutte se soient repliées sur le toit, menaçant de se jeter dans le vide. Il y a finalement eu la signature d’un contrat d’occupation avec le gouvernement des Verts au pouvoir [à Berlin] voulant s’éviter l’image de morts et c’est ainsi que la situation est revenue à la normale. Mais au cours des mois suivants, les rangs des squatters se sont clairsemés à cause d’expulsions et de procès et des tentatives les plus perfides se sont succédées jusqu’à aujourd’hui pour virer les occupant-e-s restant-e-s par différents biais. L’exemple le plus cynique en est que les gens ont dû évacuer le squat pour laisser la place dans le bâtiment à un foyer pour réfugié-e-s.

C’est avec la même stratégie ennemie que, dans le cas de l’expulsion du 94 de la rue Rigaer, l’ambiguïté du combat politique est censée être utilisée, ce qui se produit nécessairement lorsqu’on entreprend pratiquement de réunir la diversité des conflits sur une seule et même barricade. Comme cela a été annoncé sournoisement, des « réfugié-e-s syrien-ne-s » devaient emménager dans les parties évacuées du 94 rue Rigaer.

A cela, le 94 de la rue Rigaer a répondu par écrit : " Nous devons reconnaitre que la police n’a pas élaboré sans raison le plan de placer des réfugié-e-s dans la kadterschmiede évacuée. Les luttes contre la gentrification et la police ont une densité palpable dans le quartier. Les luttes contre le racisme à peine. Là réside la part d’ombre de la politique autonome : elle ne s’oriente pas vers la société, elle fait des concessions à la majorité et se trahit dans des luttes partielles. Nous luttons bien-sûr aussi pour que le voisinage se batte avec détermination contre le racisme. Mais ce sont finalement des contextes autres que locaux qui ont pris la parole pour nous et se sont opposés à l’argumentaire adverse selon lequel nous ne voulions pas de réfugié-e-s dans notre environnement. S’il y avait un voisinage anti-raciste et moins européen-moyen (nous y compris), nous n’aurions pas eu à entrer sur ce terrain.“
La Rigaer 94 a appelé à un juillet noir comme stratégie contre la pacification sociale liée aussi à la nécessité d’harmonie dans le voisinage, souvent intégrée dans la politique autonome. L’organisation informelle et la compréhension de l’affinité ont pris la forme d’actions dans de nombreux contextes.

Le juillet noir a en tout cas eu un effet tactique, puisque la décentralisation totale de l’attaque a mis des bâtons dans les roues de la police berlinoise. Tandis qu’ils portaient l’essentiel de leurs forces sur et autour de la maison occupée et créaient un groupe d’enquête de 14 flics qui ont obtenu comme seul succès l’arrestation d’un indic venant de leurs rangs, de petits et grands groupes ont vaillamment généré 10 millions d’euros de dégâts et tourné en ridicule le sénateur de l’intérieur, garant de l’ordre et de la loi. Durant trois semaines, jusqu’à la dernière nuit du siège, cela a cramé et fait des éclats de verre – et pas seulement à Berlin.

Mais plus important encore, et à plus long terme, que le but tactique – la défense de la rue Rigaer- a été le moment où la peur a été vaincue. Lorsque nous menons nos luttes et nos attaques quotidiennes, il y aura toujours des situations où l’Etat tentera de nous isoler et de briser notre esprit combatif. Dans ces dures heures, jours ou années, l’offensive anarchiste informelle portera son courage jusque dans les derniers recoins de ce monde. Que ce soit à travers les barreaux de Moabit, de Korydallos ou des cellules d’isolement de Cologne.

Dans ce sens, nous adressons des salutations combatives de la rue Rigaer aux prisonnier-e-s à Thessalonique, ainsi qu’à Aaron et Balu dans la prison de Moabit et à Lisa à Cologne. Nous avons profité des nuits tranquilles pour peindre sur les murs de la rue Rigaer des messages de solidarité pour elles et eux.

Nous levons aussi le poing pour tous les freedom-fighters des squats dans les villes grecques et de la rue Ohlauer à Berlin !

[Traduit de l’allemand de linksunten, 01.08.2016]