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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Bure (Meuse) : abattre le mur, frapper la mairie, viser l’hélico des gendarmes
Article mis en ligne le 17 août 2016
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A Bure, la chute d’un symbole

La destruction du mur a débuté vers 13 h, lorsque 400 manifestants environ ont fait irruption à l’entrée du site après une marche organisée depuis la place de la mairie de Mandres-en-Barrois. Le lieu de départ de ce rassemblement programmé de longue date n’a pas été choisi au hasard. Cible des collectifs, le maire du village a pris un arrêté qui autorise le défrichement de cette forêt communale.

Certains manifestants s’en sont pris à la mairie. La porte d’entrée a été forcée et de la peinture jetée dans le sas d’accueil, ainsi que sur la façade.

(Est Républicain, 14/08/2016 à 18:16, extrait)


Déchets radioactifs : à Bure, « on défait le mur ! »

Le Monde | 15.08.2016 à 08h41

« Et la forêt, elle est à qui ? Elle est à nous ! Andra, dégage ! » Dimanche 14 août en fin de matinée, le slogan claque dans le cortège qui s’avance, sous un soleil de plomb, vers une forêt dominant le petit village de Bure, aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne.

Il donne la nouvelle tonalité, plus radicale que pastorale, de la lutte contre le Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) que prévoit de construire ici l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pour y enfouir les résidus nucléaires les plus dangereux.

Joignant le geste à la parole, environ 400 opposants – militants historiques de la région, agriculteurs, villageois mais aussi, en plus grand nombre, jeunes activistes pour beaucoup cagoulés et masqués – investissent un domaine forestier où, depuis plusieurs semaines, l’Andra mène des travaux de reconnaissance.

D’ordinaire, les gendarmes mobiles et les vigiles de l’agence quadrillent le terrain, empêchant toute intrusion et multipliant les contrôles d’identité. Aujourd’hui, ils ont choisi de se retirer pour éviter tout incident. Pas un seul uniforme en vue. La forêt est ouverte, seulement survolée par un hélicoptère.

« Sabotage collectif et joyeux »

Les manifestants en profitent. Plusieurs dizaines d’entre eux, munis de masses, de barres à mine, de béliers, de pioches et de cordes, abattent l’un après l’autre les pans d’une enceinte de béton avec lesquels l’agence a fortifié son chantier.

D’autres taguent la paroi où s’étalent des devises colorées. « Vos déchets on n’en veut pas », « ni ici ni ailleurs », « que revive la forêt communale », ou plus loin, en grosses lettres jaunes, « on défait le mur ! ». D’autres encore replantent des arbrisseaux sur les parcelles déboisées.

« Un monde sans mur »

« Ce sont les tombes de l’Andra », dit un jeune opposant qui se fait appeler Sylvestre et qui revendique « un acte de sabotage collectif et joyeux ». « La vraie violence, défend-il, c’est celle d’une agence qui colonise le territoire, défriche la forêt en toute illégalité et construit un mur de la honte. »

De fait, la fronde contre la « poubelle nucléaire de Bure », longtemps limitée aux associations locales et aux réseaux antinucléaires, a changé de visage et de méthodes, depuis que l’Andra a entrepris des travaux dans ce massif de 220 hectares, dit bois Lejuc, sur la commune de Mandres-en-Barrois (Meuse).

Il se trouve en effet à l’aplomb du futur site de stockage, conçu pour confiner à 500 mètres sous terre, dans 300 kilomètres de galeries, 80 000 mètres cubes de déchets hautement radioactifs et à vie longue, pour un coût prévisionnel de 25 milliards d’euros.

Un cimetière radioactif à 500 mètres sous terre.

Ces travaux, indique l’Andra, consistent en « une campagne de reconnaissance géotechnique destinée à recueillir les données nécessaires aux études de conception du projet Cigéo ». En clair, des forages et des relevés de terrain qui lui permettront de présenter, en 2018, une demande d’autorisation de création du centre de stockage, pour un démarrage du chantier de construction en 2021 et une mise en service en 2025.

Camp fortifié

Pour « sécuriser le site dont elle est propriétaire », l’agence a d’abord planté une double rangée de piquets et de barbelés. Cette clôture a été arrachée et cisaillée par des militants, qui en ont fait des barricades derrière lesquelles ils ont tenu la forêt pendant trois semaines, entre le 19 juin et le 7 juillet, avant d’être délogés par les gendarmes mobiles.

A la place, c’est un mur de béton de deux mètres de hauteur qui a été érigé, transformant le chantier en camp fortifié. Il doit s’étirer sur près de quatre kilomètres de long et sa pose, au milieu d’une large saignée, a entraîné, selon les opposants, le défrichement de sept hectares sur lesquels « des chênes centenaires ont été tronçonnés ».

« Nous n’avons jamais interdit à personne de se promener dans les bois qui nous appartiennent, d’y pique-niquer ou d’y cueillir des champignons, répond Jean-Paul Baillet, directeur du centre Meuse-Haute-Marne de l’agence. Mais nous devons protéger nos salariés, qui subissent des menaces, et nos matériels scientifiques, qui ont fait l’objet de dégradations. »

En poussant à l’intérieur de la forêt, on découvre en effet la carcasse calcinée d’un bâtiment préfabriqué de l’Andra qui a été incendié la veille, au milieu d’un stock de tubes de forage et de cloisons de béton prêtes à être posées.

Le bois Lejuc, ce bout de forêt perdu au milieu de nulle part, est ainsi devenu le foyer de la contestation anti-Cigéo et, plus largement, des luttes antinucléaires. Les opposants se défendent pourtant de vouloir créer ici une nouvelle « zone à défendre », à l’image de celles de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) ou de Sivens (Tarn).

De son côté, l’Andra dit vouloir avant tout « éviter la violence ». Mais la mobilisation, dont la journée du 14 août n’était qu’une étape, n’en semble pas moins partie pour durer. « Aujourd’hui, nous avons fait tomber les murs, se félicitait dimanche un jeune activiste. C’est aussi la chape de plomb de la fatalité et de la résignation qui s’est fissurée. Ce que nous vivons ici, c’est le renouveau du mouvement antinucléaire. »


Déchets nucléaires à Bure : Un hélicoptère de la gendarmerie visé par des fusées d’artifice

20Minutes, 17.08.2016 à 11:15

SOCIÉTÉ Un hélicoptère de la gendarmerie a dû éviter dimanche à Bure (Meuse) des fusées d’artifice lancées après le rassemblement de manifestants hostiles au projet de site d’enfouissement de déchets nucléaires...

La contestation en marge du futur site d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure (Meuse) devient électrique. Un incident survenu dimanche après le rassemblement de manifestants a même rappelé le tragique souvenir de Sivens, où un militant anti-barrage était décédé en octobre 2014.

Selon Le Parisien, un hélicoptère de la gendarmerie qui survolait la manifestation contre le projet controversé a ainsi été la cible d’une demi-douzaine de tirs de fusées d’artifice. Les projectiles n’ont pas touché l’appareil mais ils ont poussé le pilote à effectuer une manœuvre délicate pour éviter tout accident.

Les auteurs des faits risquent dix ans de prison

Rapporté au procureur de la République de Bar-le-Duc, l’incident a entraîné l’ouverture d’une enquête de flagrance pour violences volontaires en réunion, avec arme par destination, et sur personne dépositaire de l’autorité publique. Les auteurs des faits, qui n’ont pour l’instant pas été identifiés, risquent jusqu’à dix ans de prison. La confusion qui régnait dimanche dans le bois Lejuc rend l’enquête difficile.

Protégée jusque-là par des gendarmes mobiles, la zone meusienne a été désertée par les militaires samedi, laissant le champ libre à environ 250 activistes qui ont détruit le mur protégeant le chantier préparatoire. Quelques individus cagoulés ont notamment été aperçus armés de barres de fer ou de pioches.

L’ouverture du centre de stockage radioactif est prévue d’ici 2025

Les gendarmes ont surveillé la manifestation dimanche grâce à un hélicoptère, qui se trouvait en vol stationnaire lorsqu’il a essuyé les tirs. « Il s’agissait de fusées d’artifice comme on en voit le 14 juillet, a indiqué au Parisien une source proche du dossier. Elles sont passées au-dessus de l’hélicoptère, mais le pilote a dû faire des manœuvres d’écartement. L’appareil et son équipage ont interrompu le vol et sont rentrés dans leur camp de base. »

Le projet de centre de stockage radioactif dans le sous-sol du village de Bure remonte à dix ans et sa finalisation est prévue d’ici 2025. Contesté par des associations écologistes ayant multiplié des recours devant la justice, le site prévoit le creusement de galeries à 500 m sous terre, destinées à stocker 240.000 fûts de déchets radioactifs.