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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Aachen (Allemagne) : un autre compagnon de Barcelone en prison pour l’affaire des expropriations de banques
Article mis en ligne le 18 août 2016
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Un autre compagnon de Barcelone en prison pour l’affaire des expropriations de banques en Allemagne

Le mardi 21 juin dernier à l’aube, le Corps des Mossos d’Esquadra a défoncé la porte de la maison d’un compagnon anarchiste de Barcelone, où il vivait avec sa compagne et d’autres colocataires. Tous ont été réveillés pointés par des armes à feu et ont été menottés durant des heures, tandis que la police perquisitionnait et dévastait le domicile, situé dans le quartier del Eixample. Finalement, le compagnon a été arrêté et transféré à Madrid, où l’Audiencia Nacional a ordonné sa détention préventive sur la base d’un mandat d’arrêt européen émis par le Parquet de Aachen [Aix-la-Chapelle], l’accusant d’avoir participé à l’expropriation de l’agence bancaire de la Pax Bank ayant eu lieu en novembre 2014.
C’est pour cette même action que la compagne arrêtée le 13 avril au Carmel est aussi incarcérée. En l’occurrence, la police a cependant décidé de ne pas avoir recours à la mise en scène et au côté médiatique spectaculaire qu’elle avait utilisés lors de l’opération d’avril, ne publiant aucun communiqué de presse et n’avisant pas les média de l’opération.

Selon ce que nous avons pu savoir, le mandat d’arrêt se fonde sur la supposée coïncidence entre une trace de matériel génétique trouvée dans la Pax Bank de Aachen et un échantillon d’ADN que les Mossos ont pris au compagnon en simulant un contrôle d’alcoolémie. Au cours de ce faux contrôle, la police l’aurait fait souffler dans un alcootest gardant ensuite l’embout de plastique pour extraire le profil génétique du compagnon à partir de la salive restante.
Après une relativement brève réclusion dans la prison madrilène de Soto de Real, le compagnon a été transféré à la prison de Aachen -dans le Land de Rhénanie du Nord- Westphalie (à l’Ouest de l’Allemagne)- où il se trouve dans des conditions similaires à celles de la compagnonne arrêtée en avril : une heure de promenade quotidienne, placement dans le bâtiment des préventives, seulement quelques heures de visite par mois, impossibilité de téléphoner à ses proches et contrôle de toutes ses communications. Le format des visites est particulièrement dégradant ; elles se déroulent en effet en présence de deux agents de l’unité de police chargée de l’enquête et d’une interprète qui traduit la conversation en simultané.

Cependant, ce n’est pas la première fois que le compagnon affronte les difficultés de la punition et l’institution carcérale. Sa détention actuelle vient s’ajouter à une peine antérieure de plus de 10 ans purgée au Portugal -d’où il est originaire-, au cours de laquelle il s’était fait remarquer par sa dénonciation des abus et des violations des droits des prisonniers, en participant à des grèves de la faim, en s’organisant avec d’autres détenus pour améliorer leurs conditions de vie, en incitant à abandonner les drogues par lesquelles l’institution soumet la population enfermée et en créant personnellement une volumineuse bibliothèque libertaire pour favoriser la prise de conscience et la formation politique des prisonniers, dans la continuité du travail de libraire qu’il avait développé avant d’entrer en prison. Son attitude solidaire et combative l’a placé dans la ligne de mire de l’administration pénitentiaire et des punitions et en dernière instance il avait été jugé comme l’un des 25 accusés pour la mutinerie connue de Caixas*. Une fois dehors, le compagnon s’est installé à Barcelone, où on a pu souvent le voir participer aux athénées, aux mobilisations de rue et aux activités du mouvement libertaire.

Aujourd’hui, il affronte, avec la compagnonne arrêtée en avril, le procès à venir au cours duquel sera jugée sa participation présumée à l’expropriation de banque de novembre 2014. Nous rappelons qu’avec lui trois personnes sont déjà mises en cause pour ce que la police allemande décrit comme une “série de braquages” ayant eu lieu à Aachen entre 2012 et 2014, en comptant la compagnonne hollandaise qui se trouve liberté provisoire en attente d’un procès en septembre prochain, où sera décidé si elle doit être à nouveau extradée en Allemagne, où elle a déjà purgé plusieurs mois de prison préventive, accusée d’avoir réalisé une expropriation en 2013.

Nous leur envoyons toute notre force et notre solidarité, tout notre respect et notre soutien à qui est poursuivi au nom de l’ordre capitaliste et de ses fondements : l’exploitation entre égaux et la soumission de l’ensemble de la vie, des rapports sociaux et des territoires à la logique aveugle du profit, la conversion d’argent en plus d’argent, et le lucre de quelques-uns sur l’appauvrissement des autres.

Liberté pour les personnes accusées d’avoir exproprié des banques en Allemagne ! Liberté pour toutes les personnes en lutte incarcérées et poursuivies !

(*) Dans cette mutinerie, qui se produisit en mars 1996, la vague croissante de luttes menées par les détenus des prisons portugaises au cours des années 90 atteignit un point culminant, donnant lieu à un mouvement de protestation généralisé dans le centre pénitentiaire de Caixas, l’un des plus surpeuplés du Portugal et où le non-respect des droits promulgués après le renversement de la dictature était le plus flagrant. Le mouvement de protestation qui exigeait au minimum l’application de ces droits constitutionnels, fut étouffée par des tabassages sauvages contre les 180 grévistes ayant participé à la mobilisation.

[Traduit de l’espagnol de solidaritatrebel, 2016/08/18]