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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Italie : à propos d’une nouvelle série de perquisitions et d’arrestations
Article mis en ligne le 8 septembre 2016
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Seditiones volant et manent

Un nouveau consultant tourne dans les couloirs du parquet et de la préfecture de police de Turin. Plus squelettique que Fassino, plus nauséabond que Borghezio, plus décrépit que Mathusalem, il tourne dans ces lieux comme un véritable fantôme. Notamment parce que c’est un fantôme. Quand il était en vie, il s’appelait Caio Tito et officiait au Sénat de la Rome antique. C’est lui, soupçonne-t-on, qui a été l’auteur du diction « Verba volant scripta manent » (les paroles s’envolent, les écrits restent). Sauf que — contrairement à ce qu’on pense — le vieux sénateur n’entendait pas conseiller de laisser une trace des pensées qui risqueraient sinon de disparaître au vent, au contraire ! Son propos était plutôt une invitation à la précaution, à la prudence, qui s’adressait à ses honorables collègues de forfaitures. On peut toujours démentir les paroles prononcées, pas celles imprimées.

On en vient à se demander quel est le sens attribué à ces célèbres paroles par la flicaille piémontaise, qui vient de les reprendre pour baptiser l’opération — Scripta Manent — qui a conduit à l’incarcération de plusieurs anarchistes accusés de faire partie de la Fédération Anarchiste Informelle, responsable au cours des dernières années d’une série d’actions directes. Peut-être que le sens est justement celui plus moderne entré dans l’usage commun, comme si jusqu’à aujourd’hui toutes les méga-enquêtes contre des anarchistes considérés à différents titres comme impliqués dans la Fédération Anarchiste Informelle avaient échouées parce que basées sur des bavardages éphémères, tandis que cette fois le Parquet turinois aurait sous la main des preuves irréfutables ? Qui sait si la référence ne concerne pas plutôt le sens que le diction latin a possédé pendant des siècles : non pas une invitation à la prudence, ni à l’écriture, mais bien à des paroles ailées capables d’aller loin ? Parce que l’écriture, dans l’antiquité, était une opération longue et fastidieuse, dont la pratique et la consultation étaient réservées à quelques élus. Peut-être que les papiers rédigés par les magistrats, œuvre d’années et d’années de tourments besogneux, sont-ils uniquement réservés aux yeux des journalistes et des juges, tandis qu’il n’y a que leurs bavardages qui peuvent trouver un public pour applaudir à leurs enquêtes judiciaires ? Qui sait, c’est un mystère.

Ce qui n’est par contre pas mystérieux, est le fait qu’il ne nous intéresse pas le moins du monde de savoir si les papiers du Parquet de Turin sont plus ou moins crédibles. Au premier abord, ils nous semblent correspondre à un énième remâchage des vieux théorèmes habituels qui ont échoué (déjà formulés au cours de l’opération Cervantes en 2004 ou lors de l’opération Ardire en 2012, conduisant déjà à plusieurs incarcérations et des dizaines de mis en examen), considérés comme présentables uniquement parce qu’ils avaient été assaisonnés par la Digos [les services de la police] plutôt que rotés par les Ros [les services des carabiniers]. La chose ne nous surprend pas, vue l’impossibilité congénitale des fonctionnaires de l’Etat de comprendre ne serait-ce que l’air qu’on respire lorsqu’on est ni esclaves ni maîtres. Qui a fait de l’obéissance une carrière ne pourra jamais comprendre qui a fait de la liberté une vie. Il est condamné à voir le monde avec les mêmes yeux qu’un maquereau regarde l’amour. Quant à ceux qui croient encore aux élucubrations des magistrats, ces dernières restent de toute façon entièrement à démontrer, un passage ennuyeux dont les hommes et les femmes en toge se passeraient bien volontiers.

Face à ce qui est en train d’arriver, les éventuelles différences de perspectives, de méthodes et d’objectifs de lutte deviennent secondaires, parce que ce n’est pas cela qui est en jeu. Ce qui est visé aujourd’hui n’est pas seulement un drapeau organisationnel singulier avec sa couleur particulière, mais plutôt l’incarnation d’une idée qui est aussi notre idée. Qui est l’idée de tout anarchisme fier de l’être. A savoir que la lutte contre l’Etat puisse et doive être menée partout avec fureur, toujours et dans tous les cas, parce que partout l’Etat impose son propre ordre mortifère. Parce que passer aux voies de fait contre les responsables directs de l’exploitation et de l’aliénation de la vie humaine était significatif en 1871, comme en 1919, comme en 1936, comme en 1945, comme en 1968, comme en 1977... comme ça l’est aujourd’hui en 2016. Parce que l’Etat doit être abattu, sous toutes les longitudes et les latitudes, aussi bien à 3 400 kilomètres de distance qu’en bas de chez soi, qu’il soit coupeur de gorges comme celui islamique ou qu’il soit assèche-cervelle comme celui démocratique. Parce que l’attaque contre ceux qui dévastent et pillent non seulement la planète mais jusqu’à l’existence humaine même est nécessaire et dépasse tout contexte social, en étant une urgence qui peut être ressentie par beaucoup comme par quelques-uns.

Voilà l’idée qui a fini aujourd’hui dans le viseur de la répression, une idée qui doit être défendue jusqu’au dernier souffle.

[Traduit de l’italien de finimondo, 7/9/16]


Italie : six nouvelles arrestations et une trentaine de perquisitions pour des attaques revendiquées par la FAI-Inf

A l’aube du 6 septembre, une opération dirigée par la DIGOS de Torino a mené à la perquisition d’une trentaine d’habitations dans les régions Piemonte, Liguria, Lazio, Umbria, Lombardia, Abruzzo, Campania, Sardegna et Emilia Romagna et à l’arrestation de cinq compagnonnes et compagnons anarchistes, avec l’accusation d’ "association subversive avec finalité de terrorisme". Il s’agit d’Anna, Marco, Sandrone, Danilo et Valentina, en plus de la notification de l’enquête en cours à Nicola et Alfredo, déjà en taule.

L’opération, nommée « Scripta manent », vise à attribuer une seule source à une série d’actions qui ont en commun leur revendication par la Fédération Anarchiste Informelle, suivant, en cela, la stratégie répressive d’autres opérations répressives tel l’Opération Cervantes [de l’été 2004 ; NdT] et l’Opération Ardire [de juin 2012 ; NdT], essayant de superposer une structure associative et hiérarchique à des expressions de la conflictualité anarchiste.

Plus précisément, les attaques inclues dans cette enquête sont les colis piégés envoyés en mai 2005 au directeur du CRA de Modena, à la caserne de la police municipale de Torino-San Salvario et au commissaire de Lecce (revendiqués par la FAI/Narodnaja Volja], l’engin explosif contre la caserne des RIS [expertises scientifiques des Carabinieri ; NdT] de Parma (25 octobre 2005, revendiqué par la FAI/Coopérative Artisane feu et affins (occasionnellement spectaculaire), le colis piégé envoyé à Sergio Cofferati [déjà chef de la CGIL, la CGT italienne, à l’époque maire de Bologna ; NdT] (2 novembre 2005, revendiqués par la FAI/Coopérative Artisane feu et affins (occasionnellement spectaculaire), les engins explosifs contre la caserne des Carabinieri de Fossano (2 juin 2006, revendiqués par la FAI/RAT Révolte Anonyme et Terrible), les colis piégés envoyés en juillet 2006 à Torino à l’entreprise Coema Edilità (entreprise collabo de la restructuration du CRA), au maire Sergio Chiamparino et au directeur du torchon Torino Cronaca (revendiqués par la FAI/RAT), les engins placés dans le quartier Crocetta de Torino (7 mars 2007, revendiqués par la FAI/RAT). En plus d’autres actions, aussi les tirs contre Roberto Adinolfi, (7 mai 2012, pour lesquels deux compagnons [Alfredo et Nicola ; NdT] ont déjà été condamnées, ayant publiquement revendiqué cette attaque), reviennent à soutenir le caractère associatif des accusations.

Apparemment, les flics, pour organiser leur indices, auraient recouru aussi à des experts linguistes et graphologues, en plus de la surveillance informatique, à des écoutes dans des lieux et à des filatures.

Probablement, les compagnons seront envoyés dans la section AS2 de la prison de Ferrara et les compagnonnes à Rebibbia [Rome ; NdT], mais on attend confirmation avant de diffuser les adresser pour leur écrire.

[Traduit par Lechatnoiremeutier de l’italien de informa-azione, 6 settembre 2016]