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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Zurich (Suisse) : A propos de la panne d’électricité dans le centre-ville
Article mis en ligne le 8 novembre 2016
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A propos de la panne d’électricité dans le centre-ville

Nous n’avons en fait pas grand-chose à dire sur la panne d’électricité du 4 septembre dernier au soir dans les 1er et 4e arrondissements. Les médias bourgeois en parlent de manière assez détaillée. Un isolateur grillé sur un poteau de la ligne à très haute tension Samstagern-Zurich a provoqué une réaction en chaîne qui a conduit à ce petit black-out. « Des traces d’incendie seraient visibles sur l’isolateur défectueux. Cela indiquerait une saute d’étincelle et une cause extérieure. Il est possible qu’un éclair ait frappé l’isolateur. » C’est possible. Le disjoncteur dans la sous-station Zeughaus a enregistré l’erreur, et le transformateur a été mis à l’arrêt. Une à deux heures plus tard, un transformateur de réserve a été mis en fonctionnement, sans que la cause de l’incident ait vraiment été identifiée, ce pourquoi l’histoire s’est répétée à l’identique le lendemain. Voilà pour ce qui est de l’aspect technique.

On pourrait encore souligner que de tels problèmes pourraient naturellement aussi être causés volontairement. Il est amusant de constater qu’y compris le journal Tagesanzeiger nous en donne de bonnes raisons : « des voisins se retrouvent dans la rue, l’ambiance est gaie. » Le côté romantique de la lueur des bougies dans une obscurité inhabituelle est aussi évoqué. « C’est vraiment beau comme ça ». Oui, ce serait déjà une bonne raison de couper le courant de temps en temps.

Mais on peut aussi prendre en compte un autre aspect : quand toutes les caméras de surveillance, tous les systèmes de sécurité, les lumières, les portes automatiques etc. ne fonctionnent plus, beaucoup d’autres perspectives s’ouvrent encore à la tentation du lecteur. On peut bien-sûr saisir le moment simplement pour passer une soirée agréable, dans une bonne ambiance, avec un dîner aux chandelles. Mais on pourrait aussi se divertir en profitant de la perte de contrôle que la police a normalement pour des menées plus subversives.

« Les gens se sont comportés de manière impeccable » a affirmé la police municipale les jours suivants. Les gens d’ici ont donc apparemment du mal à sortir des rails de l’habitude. Cela est-il dû au fait qu’ils n’en éprouvent pas le besoin ? Je ne le leur souhaite pas… Peut-être que la raison en est plutôt que la capacité, ne serait-ce qu’à imaginer autre chose, a été atrophiée par le stupide quotidien et par les loisirs abrutissants. Une raison de plus donc, pour enlever toute énergie à cet ordre qui atrophie l’esprit et le corps et d’employer sa propre énergie pour le dépasser.

Pour cela, apprendre à cueillir l’instant ne constitue certainement pas une mauvaise base.

[Traduit de l’allemand du journal anarchiste Dissonanz n°36, Zurich 14 septembre 2016]