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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

[Publication] : Recueil de textes autour de l’incendie de la voiture de police le 18 mai à Paris
Article mis en ligne le 18 avril 2017
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Recueil de textes autour de l’incendie de la voiture de police le 18 mai à Paris

Indy Nantes, 18 avril 2017

Introduction

En mars 2016, suite à l’annonce d’une énième loi régulant la bonne marche de notre exploitation, des dizaines de milliers de personnes se sont mises en mouvement. Parmi les nombreuses formes qu’a prises ce mouvement, les manifs syndicales ont été débordées et la répression des manifestations est très vite devenue un point de focalisation. Les flics sont devenus en mots et en actes l’une des cibles favorites des manifestant-es, devenant parfois une fin en soi. Cependant cela a suscité de beaux actes de révolte. L’un d’entre eux, l’incendie d’une voiture de police en patrouille sur le quai de Valmy à Paris, a été filmé et très médiatisé. De nombreux politiques et syndicats se sont exprimés pour exiger la punition des coupables, et l’on a demandé aux flics de procéder à des arrestations rapidement. La répression n’a pas tardé.

Le 18 mai 2016, après plus de deux mois de manifestations, occupations de place, affrontements, attaques, les flics les plus réacs décident de défiler place de la République, là même où ils empêchaient une occupation permanente, d’où étaient parties de nombreuses manifestations et actions sauvages, là où ils s’étaient déjà pris de beaux pavés dans la gueule. Une contre-manif est appelée. Après avoir tenté de perturber le rassemblement, elle part en manif sauvage, et croise une voiture de police sérigraphiée. Tout se passe très vite, un plot est jeté sur le pare-brise avant, les vitres latérales sont brisées et le conducteur essuie quelques coups de poing. Les flics tentent de partir mais sont bloqués par l’embouteillage créé par des barricades situées au bas de la rue. La voiture se prend alors un plot dans le pare-brise arrière, tandis qu’une personne jette un fumigène dans l’habitacle. Le conducteur sort de la voiture puis pare les coups d’une tige fine tenue par l’un des manifestants. Les flics s’enfuient et une pancarte « poulet rôtis, prix libre » est posée devant la voiture en flammes. La manifestation continue sur une centaine de mètres, avant de se disperser.
Quelques heures plus tard, puis le lendemain, cinq personnes sont interpellées, certaines à leur domicile. L’une est relâchée à l’issue de la garde-à-vue, tandis que les quatre autres sont mises en examen et incarcérées quelques jours en attendant de passer devant le juge des libertés et de la détention (JLD). Deux d’entre elles, accusées de rôles secondaires, sont libérées sous contrôle judiciaire (CJ) avec éloignement de la région parisienne. Une autre est accusée d’avoir tapé le flic lorsqu’il sortait de la voiture et est placée en détention préventive. La dernière, accusée d’avoir donné des coups de poing au conducteur puis d’avoir jeté le plot dans le pare-brise arrière, est dans un premier temps libérée sous CJ avant que l’appel du parquet ne la renvoie en détention neuf jours plus tard.
Le 26 mai, à la suite d’une manifestation, une nouvelle personne se fait interpeller puis incarcérer. Etatsunienne, elle est accusée d’avoir jeté le plot sur le pare-brise avant.
Le 8 juin, une sixième personne est interpellée à la suite d’une manifestation et placée en détention. Elle est accusée d’avoir tapé le flic sortant de la voiture, ce dont était auparavant accusé l’un des premiers interpellés. Ce dernier était en prison depuis le 18 mai et est sorti début juillet sous CJ avec mesure d’éloignement.
Le 5 octobre, une septième personne est interpellée devant chez elle puis relâchée sous CJ, accusée d’avoir désigné la voiture et d’avoir mis un coup de pied dans un pneu.
Le 7 février 2017, une huitième personne est interpellée et perquisitionnée à son domicile puis incarcérée. Elle est accusée d’avoir cassé la vitre arrière droite de la voiture.
Début mars, des convocations en tant que témoin sont adressées à une dizaine personnes que les flics soupçonnent d’avoir été présentes lors de la manifestation sauvage du 18 mai 2016.
Le 28 mars 2017, l’un des premiers interpellés est libéré sous CJ après 10 mois de détention et éloigné à Lille, avec obligation de signer et de poursuivre ses études.
Fin mars, une personne de nationalité suisse est convoquée dans le cadre de l’enquête, accusée d’avoir lancé le fumigène.

La juge d’instruction Lucie Berthezene a mis en examen neuf personnes en tout pour « Tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique, destruction de bien d’autrui en bande organisée par moyen dangereux pour les personnes, violences en bande organisée avec usage ou menace d’une arme sur personne dépositaire de l’autorité publique suivies d’une interruption de temps de travail inférieure à huit jours, participation à un attroupement en étant porteur d’une arme avec dissimulation volontaire du visage afin de ne pas être identifié, association de malfaiteurs en vue de commettre des crimes ou délits ».

Les flics du deuxième district de la police judiciaire de Paris du commissariat de Louis Blanc chargés de l’enquête ont usé d’une grande palette répressive pour mettre des noms présumés aux encagoulé-e-s brûleureuses de cariole de poulets. Témoignage anonyme d’un flic des Renseignements, surveillance des téléphones (écoutes, bornages et étude des factures détaillées des accusé-es et de leurs proches), analyse des silhouettes, utilisation des vidéos (celles des gendarmes, de Youtube, des moyens de transports, pour tenter de retracer a posteriori le parcours des individus), perquisitions avec recherche d’effets personnels précis, saisies et analyse de matériel informatique et de téléphones, demande de code pour déverrouiller une messagerie chiffrée... ainsi que tout ce qu’il nous reste encore à découvrir. L’accès au dossier est complexe, et, jusqu’au jour de la clôture, de nouveaux actes peuvent apparaître.
A la date d’impression de ce recueil, trois personnes sont toujours incarcérées dont deux depuis fin mai 2016. Cinq autres sont dehors sous CJ dont quatre ont pu revenir en région parisienne. Nous ne savons pas ce qu’il en est du dernier inculpé, accusé d’avoir lancé le fumigène.
Les textes présentés ci-après ont été sélectionnés, non seulement pour tenter de limiter les répétitions entre eux, mais aussi dans la volonté porter une parole publique solidaire sur les actes incriminés et contre la répression qui s’en est suivie.

Les questions de défense juridique, auxquelles il faut bien s’atteler quand la répression s’abat sur nous, ne seront pas abordées ici bien qu’elles ne soient ni anodines ni neutres. Les discours publics ne devraient pas être le prolongement de la plaidoirie des avocats, mais la continuité des idées que l’on tient au quotidien. C’est cette optique qui a guidé les choix des textes de ce recueil : nous n’avons pas sélectionné les textes qui mettaient en avant le profil « respectable » de certain-e-s inculpé-e-s ou de leurs soutiens, ni ceux appuyant sur la présomption d’innocence et se focalisant sur la détention provisoire, même si on partage le fait qu’elle soit une peine particulièrement dure car l’on ne sait pas quand ni si l’on va sortir. Par ailleurs, si nous n’adhérons pas à la thèse policière de la tentative d’homicide, porter un discours dans la rue pour la réfuter nous semble moins intéressant que de nous solidariser des actes qui nous parlent, quelle que soit la qualification juridique retenue. Coupable, condamné-e, innocent-e en attente de son jugement, peu nous importe. Il n’y a pas de bonnes « mesures de coercition ».
Les situations et les défenses des inculpé-es sont différentes, voire antinomiques. Certain-es ont parlé, se sont tu-es, regrettent, s’excusent, se sont reconnu-es, ont reconnu leur présence à la manif, ont nié tout, ont reconnu une partie et nié le reste.

Les possibles échanges entre les inculpé-es et entre leurs proches ont été freinés par la peur de voir les policiers construire une association de malfaiteurs ou une bande organisée. De plus, le versement au dossier d’une vidéo incriminante pour d’autres co-inculpé-es dans le but de se dédouaner, la publication dans la presse d’éléments du dossier favorables pour les un-es et défavorables pour les autres, le manque de concertation et le désir de faire sortir ses proches par tous les moyens, a rendu jusque-là impossible toute défense collective.
Sans passer à la trappe les actions de chacun-e, proche ou inculpé-e, ce recueil se veut une invitation à discuter cartes sur table, dans l’optique de ne pas s’enfoncer les un-es les autres, sans espoir d’une défense totalement collective, mais avec la volonté au moins de rendre publiques les informations et de ne pas répéter les erreurs passées. De porter une solidarité dépassant les tribunaux et leur mise en scène macabre, contre les notions d’innocence, de culpabilité et de justice. Parce que l’acte de l’incendie d’une voiture de flics nous parle, au-delà des stratégies de défense de celleux qui en sont accusé-es, qu’il s’inscrit dans un mouvement, celui contre la loi Travail, et plus largement celui de tou-te-s celleux qui luttent contre ce monde d’autorité, de flics et de barbelés.

Paris, le 14 avril 2017
des complices,
au moins de l’envie de voir brûler
des voitures de flics...

Sommaire  :

Récit & répression

- Communiqué de l’imperfecture des peaux lisses
- Récit d’un 18 mai dans les rues de Paris, entre grèves, blocage et manifs sauvages
- Quatre personnes arrêtées dans l’affaire de la voiture brûlée
- Une manifestante placée en détention dans l’affaire de la voiture de police brulée
- Arrestations ciblées
- Arrestation brutale d’un ami ce matin
- Arrestation puis incarcération à Montreuil

Tracts, textes & affiches

- Sans « oui, mais »
- Tout le monde déteste la police
- Concert de soutien aux prisonier-e-s de la guerre sociale
- C’est pas fini !

Images & défense

- Pour couper court aux rumeurs dans l’affaire de la voiture brûlée
- Convoqué par les flics, m’y rendre, ils peuvent toujours attendre !
- A propos des convocations dans l’affaire de la voiture brûlée
- Sur le documentaire, « nous somme tous des casseurs »
- Dialogue imaginaire avec un-e defenseur-euse de l’image photographique d’individus

Solidarité & actions directes

- Libération des manifestant-e-s incarcéré-e-s, rassemblement samedi 18 juin à Paris
- Réunion exceptionnelle de la caisse kaliméro
- Apéro-discussion autour de l’affaire de l’attaque d’une voiture de flic le 18 mais 2016
- De l’oseille pour Kaliméro
- Solidaires dans les luttes, solidaires face à la répression !
- Retour sur les rassemblements devant la prison de Fleury-Mérogis

Annexes

- La voiture, cet outil si banal des chiens de garde de l’Etat et de la propriété
- Contribution au débat sur la justice
- Notes rapides sur l’enquête sociale rapide
- Lettre de Damien à l’expert psychiatre