" />
Slogan du site

Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

[Publication] : sortie de "Paris sous tension" n°9, avril/mai 2017
Article mis en ligne le 1er mai 2017
Imprimer

Le n°9 de Paris sous tension (avril/mai 2017), journal anarchiste sur Paris et au-delà, est sorti il y a quelques jours. On peut le lire et se l’imprimer, ainsi que les huit premiers numéros, sur :

http://parissoustension.noblogs.org


(M)épris de la police ?

La foule : « … et tout ! le monde ! déteste la police !  »
Une passante : « Oh mais… comment peut-on détester… Non mais franchement, dans quel monde vivons-nous ?!! »

On peut en arriver à pester contre la police pour de bien diverses raisons. La prendre à partie, la toiser du regard, lui déballer énergiquement son répertoire d’insultes ne signifie pas nécessairement souhaiter sa disparition pure et simple. Le citoyen grommelle suite à une énième et fâcheuse contravention ; le dealer jure contre les patrouilles qui importunent ses affaires ; le commerçant dénonce le manque de zèle à l’encontre des « voleurs » ainsi que des vendeurs à la sauvette ; le patriotard n’en manque pas une pour vociférer contre « le laxisme » de l’Etat face au fléau sur la nâââtion qu’incarnent, pêle-mêle, « délinquants, parasites bénéficiant des aides sociales, immigrés, terroristes et casseurs » ; un quelconque manifestant ou badaud dégaine piteusement, souvent pour contre-attaquer (sur le terrain de la joute verbale), comme si c’était une imparable répartie : « Vous feriez mieux d’aller arrêter les violeurs ! » Le flic de base lui-même a son coup de gueule contre sa hiérarchie à cause de qui il estime ne pas pouvoir bien faire son travail.

Mais nous ne voulons pas une « meilleure police ». Parce que pour nous le problème, ce n’est pas seulement que la police fasse souvent son travail de manière raciste, sexiste, xénophobe, qu’elle bafoue sans aucun scrupule les droits, qu’elle exerce parfois une violence excessivement brutale voire mortelle, harcèle, intimide et humilie certaines gens…ah, et le tout « en toute impunité »… Ces critiques auxquelles il peut nous arriver de tendre l’oreille ne sont souvent que partielles, superficielles, moralistes, légalistes, parfois opportunistes et politiciennes. Pour nous le problème fondamental c’est l’existence même de la police.

S’il est bien sûr faux que « tout le monde déteste la police », on voit très bien pourquoi certains la désirent, s’en accommodent ou la considèrent comme nécessaire –malgré tout. Sans les œillères que beaucoup se mettent et/ou veulent nous mettre, il n’est pas difficile de voir que la police est essentiellement la violence qui permet les autres. Autrement, comment les riches pourraient continuer à faire bombance, à parader entre les restos chics et leur grosse voiture, comment les marchands pourraient continuer à se faire du fric tandis que des pauvres crèvent de faim de l’autre côté des vitrines et étalages abondamment remplis, comment les propriétaires pourraient-ils continuer à se faire du fric sur notre besoin d’avoir un toit, comment les scientifiques pourraient-ils continuer à faire joujou avec le nucléaire, comment les politicien-ne-s pourraient-ils continuer à jouer avec nos vies comme si on était des pions, comment les juges pourraient-ils faire croupir des gens en prison, etc., s’il n’y avait pas la police pour maintenir et permettre ces rapports, pour défendre le riche et le politicien, pour protéger la propriété et les bâtiments du pouvoir, en terrorisant, traquant, humiliant, enfermant, brutalisant et au besoin en tuant celles et ceux au détriment desquels le « meilleur des mondes » fonctionne, et notamment celles et ceux qui s’opposent à une telle réalité ?

On est ainsi ailleurs que sur le terrain de la polémique médiatique focalisant l’attention sur l’usage d’une arme ou la pratique d’une technique « disproportionnées », la couleur de peau sur laquelle s’abat trop souvent la matraque dans certains quartiers, ou le manque de respect, de « dignité », de « transparence » omis d’une manière par trop méprisante envers nous qui bénéficions de ce « service public ».

Montrer et s’attarder sur l’arbre pour cacher la forêt. La police est avant tout une bande organisée de parfaits inconnus en uniforme très obéissants et puissamment armés, non « au service de la population » mais à celui de l’Etat, et sans laquelle ce monde pétri d’inégalités et de violences sociales ne pourrait continuer à fonctionner.

Si elle effraie par ses armes (et le juge, la prison et leurs assommantes lois qu’on devine accompagnant leur mains gantées), en prétendant appliquer des lois qu’on n’a pas demandées, la police (et par là l’Etat) s’immisce dans différents aspects de nos vies, dans des différends et problèmes plus ou moins graves. Cette instance grégairement perçue comme nécessaire et s’immiscant (toujours un peu plus) dans nos vies nous empêche ainsi de développer notre autonomie et de nous entendre avec d’autres.

Par ailleurs, les rapports sociaux sont gangrenés par un flicage qui s’exerce à divers niveaux : du politicien au grand frère en passant par le « chef » de famille, du citoyen balance au concierge, du médecin à l’éducateur, du porte-parole de Dieu à la pub et aux médias, jusqu’au collègue de travail et au camarade de classe, qui tous à un moment nous disent « fais pas ci fais pas ça, fais comme les autres, mieux vaut se taire, tu ne peux rien faire, résignes-toi, etc. ». La voilà la « meilleure des polices » : celle qui ne porte pas l’uniforme, mais prend des formes plus insidieuses, familières, et plus facilement tolérées.

Si nous voulons la suppression de la Police, et par là celle de l’Etat, c’est pour ne plus avoir aucune police, aucune autorité qui mutile et atrophie nos vies, nos corps, nos rapports et qui cherche à imposer ses lois.

Tant qu’il y aura des humains il y aura des conflits, certes… Mais après tout, un conflit ne débouche pas nécessairement sur une violence sans limite, l’usage et le développement d’armes sophistiquées comme celles qu’utilisent flics et militaires pour des conneries comme la patrie, la religion ou l’appartenance supposée à une communauté quelconque. On connaît les sempiternelles réponses que le formatage démocratique nous a inculquées : « sans autorité à laquelle sont soumis tous les membres de la communauté, ce serait inévitablement la guerre de tous contre tous ». Un mensonge profondément enfoncé dans nos têtes dont le véritable message est de menacer d’anéantissement celles et ceux qui voudraient expérimenter des relations sans dominants ni dominés, sans exploiteurs ni exploités. Bref, la liberté dans sa plénitude et dans sa complexité, foisonnante d’inconnu et de possibilités.

La liberté commence là où la police est arrêtée – là où elle est devenue indésirable, inutile, nuisible.
Du mépris pour la police, toutes les polices, car épris de liberté.

[Paris sous tension n°9, avril/mai 2017, p.4]