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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

[Voiture de flic cramée le 18 mai 2016] : le parquet fait ses réquisitions [mis à jour]
Article mis en ligne le 12 mai 2017
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Voiture de police incendiée à Paris : le parquet réclame un procès pour neuf personnes

Franceinfo, 12/05/2017 | 18:32

Le parquet de Paris a demandé vendredi le renvoi de neuf personnes suspectées d’avoir incendié une voiture de police en mai 2016 devant le tribunal correctionnel.

L’image avait provoqué une forte émotion en mai 2016 : une voiture de police était incendiée quai de Valmy dans le 10e arrondissement de Paris. Le parquet de Paris a demandé vendredi 12 mai, un procès pour neuf personnes soupçonnées dans cette affaire, selon une source judiciaire à franceinfo.

Le jour des faits, le 18 mai 2016, les syndicats de policiers manifestaient à Paris pour dénoncer ce qu’ils qualifiaient de "haine anti-flic". Des contre-manifestants avaient été repoussés par les forces de l’ordre, dont certains vers le canal Saint-Martin. C’est à cet endroit, quai de Valmy, qu’une voiture de police avec deux agents à bord avait été violemment prise pour cible.

Les faits de tentative de meurtre non retenus

Le parquet de Paris a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel des neuf suspects pour participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences ou de dégradations. En revanche, il n’a pas retenu les faits de tentatives de meurtre sur policiers, qui pourraient conduire certains suspects aux assises.

Il ne s’agit pour l’instant que de réquisitions. C’est la juge d’instruction en charge du dossier qui aura ensuite à se prononcer sur un éventuel renvoi devant le tribunal correctionnel ou la cour d’assises.

Sept de ces personnes sont également poursuivies pour des violences volontaires ayant entraîné des ITT (interruptions temporaires de travail) supérieures à huit jours sur personne dépositaire de l’autorité publique, en réunion, avec arme, par personne ayant dissimulé son visage et avec préméditation et destruction volontaire par l’effet d’un incendie ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes.


Voiture de police incendiée : pour le parquet, il n’y a pas eu volonté de tuer

LE MONDE | 13.05.2017 à 07h52

Le 18 mai 2016, un véhicule des forces de l’ordre avait été attaqué et détruit quai de Valmy à Paris, en marge d’une manifestation interdite par la préfecture de police.

Certains diront que la montagne a accouché d’une souris. Un an après l’incendie d’une voiture de police quai de Valmy, à Paris, en marge d’une manifestation interdite, le parquet a rendu ses réquisitions, vendredi 12 mai.

Dans cette affaire largement médiatisée, il demande le renvoi de neuf personnes devant le tribunal correctionnel, principalement pour des faits de violences et de dégradations aggravées. Au départ de l’enquête, une qualification criminelle – la tentative d’homicide – avait été retenue, passible des assises. C’est une juge d’instruction qui doit désormais statuer sur un éventuel renvoi.

« Haine anti-flic »

Un an, c’est le temps qu’il a fallu aux enquêteurs pour identifier les personnes qui avaient pu diversement participer à l’attaque du 18 mai 2016. Et c’est vraisemblablement le temps qu’il fallait pour que cet épisode, emblématique de la fin du quinquennat de François Hollande, se défasse un peu de son enveloppe politique. A l’époque, l’image du
véhicule de police en feu avait fait la « une » des journaux. Des vidéos postées sur Internet avaient démultiplié l’impact symbolique de la scène : deux fonctionnaires de police pris à partie dans leur véhicule par des personnes masquées, en plein mouvement contre la loi travail. Ce dernier avait été largement émaillé d’affrontements entre les manifestants et
les forces de l’ordre.

Une attaque impressionnante, à deux pas de la place de la République où justement, ce jour-là, des policiers étaient réunis à l’appel de leurs syndicats pour dénoncer la « haine anti-flic ». Les deux fonctionnaires n’avaient été que légèrement blessés mais leur voiture, détruite par les flammes, avait incarné de façon synchrone et irrécusable cette haine.

C’est dans ce contexte tendu que le gouvernement était intervenu. Le ministre de l’intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, avait déclaré vouloir « mettre hors d’état de nuire » les « casseurs », avant que le chef du gouvernement, Manuel Valls, n’appelle à son tour des sanctions « implacables » contre ceux qui « veulent se payer un flic ». Quelques heures après la commission des faits, quatre militants antifascistes avaient été interpellés, Antonin et Angel Bernanos, Bryan M. et Leandro L., tous désignés par un témoin anonyme, qui s’est rapidement révélé être un policier des renseignements.

Pas de plan

La diligence des autorités pour mener leurs arrestations a alors alimenté le sentiment d’un dossier aux accents politiques. Alors que les quatre hommes nient leur implication dans les violences, le parquet a reconnu, vendredi, qu’il était impossible d’établir une quelconque participation à l’agression pour au moins deux d’entre eux.

Au fil des mois et grâce à ce que le parquet qualifie, dans les réquisitions que Le Monde a pu consulter, de « minutieux travail d’analyse des enregistrements vidéos », couplé à un important travail de téléphonie, cinq autres personnes ont été mises en cause. Parmi elles, trois ont reconnu les faits. Nicolas F., un homme de 39 ans, petit-fils d’officier et ancien scout, a par exemple expliqué avoir assené des coups de tige métallique souple au conducteur de la voiture. A la juge d’instruction, il a dit avoir « pété un plomb » : « Je n’ai pas frappé pour lui faire mal (…). Je n’avais pas conscience de la gravité de ce que j’étais en train de faire (…). J’ai honte de moi. »

Kara B., une Américaine transgenre de 27 ans, a pour sa part reconnu avoir lancé un plot métallique sur le pare-brise avant de la voiture : « Je suis vraiment désolée, j’ai été stupide, a-t-elle répété à la juge. Je n’avais pas l’intention de blesser quiconque. » Alors que les mises en examen avaient initialement visé les chefs d’association de malfaiteurs et/ou la circonstance aggravante de « bande organisée », le parquet reconnaît dans ses réquisitions qu’« aucun élément n’a permis d’objectiver l’existence d’un plan préalablement établi ».

« Je me suis laissé emporter »

A la juge qui lui demandait « pourquoi vous en êtes vous pris à cette voiture ? », Thomas R., un jeune de 19 ans qui a donné des coups de pied et de poing sur la carrosserie, a répondu : « Tout le monde était excité. Je ne sais pas. C’était l’esprit de groupe. Je me suis laissé emporter. » Il ajoute avoir agi « pour faire peur, pour faire du bruit » mais qu’il « ne voulai[t] pas blesser les policiers ».

Derrière la figure fantasmatique des groupes de « black bloc » – ces militants radicaux intégralement vêtus de noirs se réclamant de l’antifascisme, de l’anarchisme ou de l’autonomie –, on trouve finalement plusieurs étudiants, militants de la gauche radicale qui se côtoient mais aussi d’autres qui ne connaissent pas les premiers, comme Kara B., sans domicile fixe qui venait d’arriver en France, ou encore Nicolas F., un ingénieur informatique sans emploi, inconnu des fichiers de police et « très peu politisé » mais qui, sur les enregistrements vidéos du 18 mai, troque son blazer bleu pour une parka noire en un rien de temps.

Les enquêteurs ont enfin identifié un neuvième individu, Joachim L. Il serait l’auteur du jet de fumigène qui a incendié la voiture. Suisse, il ne s’est pas rendu à sa convocation devant la juge, fin mars, et fait désormais l’objet d’un mandat d’arrêt. D’ores et déjà, dans ses réquisitions, le parquet souligne que « le mode opératoire ne traduit pas l’intention d’homicide » de la part des mis en cause, dont trois sont toujours en détention provisoire. En outre, « les policiers n’ont pas été empêchés de sortir du véhicule et de quitter les lieux ». A croire que ce jour-là, personne n’avait vraiment prévu de se « payer un
flic ».