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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

La Souterraine (Creuse) : détruire le sacro-saint outil de travail
Article mis en ligne le 11 mai 2017
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À bout, les GM&S de La Souterraine (Creuse) piègent leur usine et détruisent des machines

La Montagne, 11/05/2017 à 20h41

Les salariés de GM&S haussent le ton. Depuis ce jeudi matin, ils mènent une action coup de poing sur le site de leur usine, basée à La Souterraine. Bien décidés à dénoncer l’échec des négociations de reprise de leur entreprise et de la hausse des commandes auprès de PSA et Renault, ils ont promis de découper une ou plusieurs machines par jour et ont piégé l’usine avec des bouteilles de gaz.

Ce jeudi matin, les salariés de GM&S ont passé la vitesse supérieure en terme d’action coup de poing. Opérations escargot sur l’A20 et la RN145, blocages des sites et plate-formes logistiques des constructeurs PSA et Renault à Poissy, au Mans, à Villeroy, à Dompierre-sur-Besbre, manif sur les Champs Élysées, ils avaient multiplié les actions pour se faire entendre.

Aujourd’hui, ils sont à bout et comme ils l’ont répété maintes fois, ils n’ont « plus rien à perdre ». A commencer par leur usine, leur travail et les machines et outils qui vont avec. Alors ce jeudi, comme un symbole, ils ont décidé de détruire deux machines qui servent à fabriquer les pièces commandées par PSA et Renault.

Piégé l’usine avec des bonbonnes de gaz

Ils ont aussi « piégé l’usine avec des bonbonnes de gaz et des jerrycans d’essence qui vont être mis dans les fosses, sous les machines », et comptent rester là, jour et nuit.

« On est chez nous, on connaît excessivement bien les locaux, on a tous entre 25 et 30 ans d’ancienneté donc il ne faudrait pas qu’on essaie de nous envoyer quelqu’un, je pense que ça se terminerait très mal. On va surveiller l’usine, et si nécessaire, on fera ce qu’il faut si rien ne bouge. »

A 11 h 30, tous les salariés ou presque étaient réunis dans l’usine autour d’un outil d’emboutissage de carters. « C’est un outil qu’on met sous presse, qui sert à produire les carters de PSA. Ça va être plus que symbolique puisque c’est un outil de production donc il y a un moment où ça va coincer. »

Une heure plus tard, et plusieurs relais au chalumeau, l’imposant outil d’une dizaine de mètres de long et de 250.000 euros était coupé en deux, rendu inutilisable.

A l’entrée du site, c’était ensuite au tour d’un îlot robotisé de subir le même sort que l’outil d’emboutissage. Dans le même temps, la direction a pris la décision de bloquer la fabrication des pièces de PSA et de Renault.

« On n’a pas le choix de toute façon parce qu’aujourd’hui, ce qu’on nous annonce et ce qui se profile, c’est la liquidation de l’entreprise. Donc on va aller plus loin que ce que l’on a franchi depuis des années, explique Yann Augras, l’un des représentants du personnel. Petit à petit, il y aura des outils stratégiques à la fois chez PSA et Renault qui vont être découpés puisqu’ils ne veulent pas se mettre autour de la table et que quand ils s’y mettent, ils essaient de gagner du temps. Le temps, clairement, on ne l’a plus aujourd’hui. »


GM&S. Trois questions autour de l’usine qui pourrait fermer

Ouest France, 12/05/2017 à 14:16

Les ouvriers, inquiets pour l’avenir de leur usine, ont lancé un mouvement social et cassé deux de leurs machines jeudi 10 mai. Qu’est-ce que ce site industriel de La Souterraine (Creuse) ? Explications.

Qu’est-ce qu’ils produisent ?

Carter d’huile, bumper, éléments de plancher, de caisse, châssis, colonnes de direction… Les 279 ouvriers de l’usine La Souterraine de GM&S Industrie travaillent pour l’industrie automobile. L’usine a pour principaux clients PSA et Renault. Mais GM&S sous-traite aussi pour d’autres secteurs industriels tels l’acier (Arcelor Mittal), la chimie (Air Liquide) ou l’électroménager (DeDietrich).
Depuis quand est-ce que l’usine existe ?

L’entreprise est née en 1962. Elle s’appelait alors Socomec et faisait de la sous-traitance mécanique. Dans les années 80 puis début 2000, une série de sociétés se succèdent sur le site au gré d’achats et ventes par des entreprises plus grandes.

En 2008, les choses se gâtent. L’usine appartient alors au groupe Sonas, détenu par un Irlandais, David Cardwell. L’entreprise est placée en redressement judiciaire pour la première fois. En cause, outre la crise, mauvaise gestion et hausse des matières premières explique le journal La Montagne. L’usine est reprise par le groupe Altia en 2009. Mais, là encore, la situation se détériore. Malgré 43 millions de chiffre d’affaires en 2010 et un investissement de 1,5 million d’euros sur le site de La Souterraine. Des licenciements sont annoncés. En 2013, la trésorerie est à sec, les dettes s’accumulent. L’État, actionnaire d’Altia à 20 %, s’empare du dossier. Les élus syndicaux, reçus par Arnaud Montebourg alors ministre du Redressement productif, accusent Altia de profiter des entreprises en difficulté.

Le site de La Souterraine est finalement racheté en 2014 par GM&S Industry présidé par l’italien Gianpero Colla.

Pourquoi est-ce que l’usine pourrait fermer ?

Le 2 décembre 2016, l’entreprise est, à nouveau, placée en redressement judiciaire. Le cinquième en huit ans, selon Libération. PSA et Renault auraient progressivement diminué leur carnet de commandes. Renault représente à lui seul 64 % du chiffre d’affaires. Des négociations étaient en cours avec les constructeurs pour maintenir un niveau de commandes suffisant. Mais les syndicats ont annoncé mercredi que ces négociations ont échoué. Ils craignent que le tribunal de commerce de Poitiers décide, le 23 mai, de placer l’usine en liquidation.

Le site de La Souterraine est le deuxième employeur industriel de la Creuse.