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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Bure (Meuse) : Pas de petit-dej pour l’Andra
Article mis en ligne le 21 juin 2017
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Pas de petit-dej pour l’Andra

Plus Bure sera leur chute ..., 21 juin 2017

Les 16 et 18 février 2017, les opposant.es au centre de stockage radioactif Cigéo revendiquaient la destruction des grilles de l’écothèque, un projet annexe du laboratoire, censé en verdir l’apparence. Ce mercredi 21 juin, c’est cette fois l’hôtel-restaurant trois étoiles, situé à quelques mètres de la future plate forme de réception et de conditionnement des déchets nucléaires, qui a été pris pour cible.

Depuis son implantation à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne il y a une quinzaine d’années, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs n’a eu de cesse de s’immiscer méthodiquement dans les consciences, dans les porte-feuilles des communes, dans les sorties scolaires, dans les paysages ruraux etc. Le rond-point entre Saudron et Mandres, qui regroupe le laboratoire, son pôle technique, les archives d’EDF, l’écothèque et l’hôtel-restaurant, est un bon exemple de cette omniprésence. Comble de l’envahissement, il devrait bientôt accueillir une boulangerie, pour qu’enfin plus personne dans la région ne puisse aller chercher son pain sans avoir affaire à l’Andra. Mais bizarrement, chacun des projets pour lesquels elle est prise à partie est présenté comme n’ayant rien à voir avec Cigéo…

En attaquant l’écothèque en février, nous affirmions haut et fort qu’elle n’était pas un musée écologique déconnecté du futur stockage, mais bien une pièce de l’acceptabilité sociale du projet. Il en va de même pour l’hôtel-restaurant du Bindeuil, conçu pour accueillir dans des chambres luxueuses non pas des touristes venus visiter un cimetière atomique, mais bien des ingénieurs du nucléaire, des délégations venues visiter le laboratoire, et pourquoi pas des officiers de gendarmerie. Il ne s’agit nullement d’un hôtel meusien quelconque, qui aurait été pris pour cible par pur appétit de destruction : il s’agit du sabotage matériel de l’un des chevaux de Troie de l’Andra.

Que cet hôtel appartienne à la commune de Bure montre bien jusqu’où l’industrie nucléaire est allée pour mouiller jusqu’au cou les pouvoirs publics locaux dans son plan de conquête. Ce n’est pas seulement par l’intermédiaire du Groupement d’Intérêt Public (qui arrose la région en millions d’euros) que les mairies sont tenues, mais également par des projets économiques comme l’hôtel du Bindeuil : une manne financière à deux pas du laboratoire, entièrement dépendante de son activité.

La semaine de chantiers et d’actions qui se déroule du 19 au 26 juin au bois Lejus a vocation à pérenniser l’occupation qui bloque depuis un an maintenant l’avancée de Cigéo. Elle est une tribune pour dénoncer l’invasion du territoire par l’Andra, et la militarisation qui l’accompagne. C’est à cette fin que des opposant.es sont allé.es le 20 juin défiler pacifiquement à l’entrée de Mandres, en portant une banderole « carrefour libéré » : pour dénoncer les contrôles incessants dont font l’objet opposant.es et habitant.es confondus, dénoncer la surveillance policière constante, les fouilles de véhicules abusives et intrusives, les survols d’hélicoptère etc.

Cette semaine est aussi l’occasion de réaffirmer la détermination des opposant.es et de porter un message clair : l’Andra n’est pas la bienvenue en Meuse, quel que soit le visage sous lequel elle entend se présenter. En ces temps de débâcle de l’industrie nucléaire, il semble acquis qu’il n’est pas tenable, pour les entreprises et pour les collectivités territoriales, de travailler main dans la main avec elle sans s’exposer au ras-le-bol de celles et ceux dont l’avis a été bafoué depuis vingt ans.

Il est vain d’agiter à Bure le spectre des « casseurs », de l’« ultra-gauche », des « jeunes encagoulés » ou de la mouvance « anarcho-zadiste ». Ce qui s’agite ici, c’est une colère et une indignation trop longtemps contenues. Nous voulons que l’Andra parte et emporte avec elle son laboratoire, son écothèque et son hôtel trois étoiles. Nous ouvrirons nous-mêmes la boulangerie.


Le restaurant près de l’Andra attaqué

Est Républicain, 21/06/2017 à 18:40

Au petit matin ce mercredi, près d’une quarantaine d’opposants au projet Cigéo à Bure a attaqué l’hôtel-restaurant du Bindeuil, situé à proximité du laboratoire de l’Andra. Ils ont tenté d’y mettre le feu.

En arrivant sur le site par la D960, à Bure, l’écothèque dégradée en février. À droite, une clôture nouvellement à terre sur une bonne vingtaine de mètres, ainsi que la trace de pneus brûlés. Près de l’établissement, des chaises lancées sur l’herbe depuis la terrasse. En s’approchant, un pot de fleurs cassé. Sur les portes : des impacts, des vitres étoilées. À l’intérieur, un champ de bataille. Des tables renversées, des chaises cassées, du verre sur le sol. Et deux traces noires, vestiges de deux débuts d’incendie. L’alerte incendie avait bien retenti. C’est ce qu’ont découvert les gendarmes lorsqu’ils sont arrivés sur les lieux ce mercredi matin, à l’hôtel-restaurant du Bindeuil, qui jouxte le laboratoire de l’ANDRA.

Le chef-cuisinier était sur place au moment de l’attaque. Il venait d’allumer les machines à café et autres appareils avant le lever des clients de l’hôtel. Peu après, « j’ai entendu du bruit, des gling-gling, comme de la vaisselle. Puis le bruit a augmenté en un quart de seconde  », témoigne-t-il sous le choc. En sortant de sa cuisine, il a aperçu trois ou quatre personnes cagoulées en « train de tout dégommer ». Il s’est mis à l’abri et a prévenu la gendarmerie. Peu après, le bruit a cessé. Les assaillants n’étaient plus là. Il était 6 h 45. « Ça a duré une minute, une minute trente. » Il s’interroge : « Que ce serait-il passé si un client était au bar ?… »

« Je n’ai pas compris »

Le maire de Bure, Antoine Gérard, est un peu abasourdi en observant les dégâts, l’établissement étant propriété de la commune : « Là, je n’ai pas compris. » Puis ajoutait : « Je vais aller discuter avec eux. » Sous-entendu les opposants.

D’après les premières constatations, les opposants au projet Cigéo (le projet de centre de stockage profond de déchets radioactifs français en Meuse) étaient 37. Anonymes. Mais un groupe luttant contre le projet d’enfouissement a publié un message sur son site. Extrait : « La semaine continue et ce mercredi à l’aube des hibouxes (sic) ont rendu visite à l’hôtel-restaurant trois étoiles du laboratoire de l’Andra. »

Cette semaine, les occupants du Bois Lejuc célèbrent leur première année de lutte contre le projet Cigéo. Du 19 au 25 juin, des ateliers, des formations, des concerts sont notamment organisés.
Ouvert depuis trois ans, l’établissement, qui emploie sept personnes, n’avait jamais subi une telle attaque. Mais il avait déjà été pris pour cible par des jets de peinture.
Le maire de la commune va porter plainte. Tout comme le gérant et l’ensemble des gens qui y dormait ce mercredi.

Des troubles déjà mardi

La préfecture de la Meuse a mentionné, ce mercredi, des troubles à l’ordre public, survenus également ce mardi 20 juin.

En milieu de journée, une dizaine d’individus cagoulés s’était rendue à Bure et avait dérobé du matériel de chantiers.

Vers 21 h, une vingtaine de personnes, toujours cagoulée, s’est rendue à Mandres-en-Barrois. Des gendarmes ont été dépêchés sur place pour sécuriser les lieux. Depuis plusieurs semaines, le maire est victime d’intimidation sur sa famille et de dégradations sur ses biens.
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