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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Cambodge : émeutes des ouvriers du textile, pierres, barres et molotovs contre les fusils de l’armée
Article mis en ligne le 3 janvier 2014
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Manifestations d’ouvriers du textile au Cambodge, quatre morts

Reuters, 03/01/14 18:18

PHNOM PENH (Reuters) - La gendarmerie cambodgienne a fait usage de fusils d’assaut vendredi, tuant quatre personnes parmi des ouvriers de l’industrie textile qui participaient à une deuxième journée nationale d’action pour obtenir une revalorisation de leurs salaires.

Plusieurs milliers d’ouvriers se sont rassemblés dans la zone industrielle de Phnom Penh, bloquant leurs lieux de travail et lançant des bouteilles, des pierres et des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre.

Ces affrontements meurtriers témoignent d’une aggravation de la situation sociale au Cambodge où des opposants au gouvernement ont rejoint les grévistes dans un mouvement encore peu organisé mené par le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC).

Les organisations syndicales, également mécontentes, ont rallié la contestation visant le Premier ministre Hun Sen et exigent de nouvelles élections après celles organisées en juillet et entachées d’irrégularités, selon l’opposition.

Un journaliste de Reuters a rapporté que les forces de l’ordre avaient fait usage de balles réelles pour disperser les manifestants rassemblés dans le parc industriel Canadia de Phnom Penh qui abrite des dizaines d’usines de confection de marques occidentales dont Adidas, Puma ou H&M.

"Nous condamnons le recours à la force meurtrière extrême de la part des forces de l’ordre", a déclaré Naly Pilorge de l’ONG Licadho, qui a qualifié les incidents de vendredi "d’effroyables".

Les violences ont fait quatre morts et 21 blessés, selon l’organisation qui a appelé la police militaire à ne plus utiliser des balles réelles contre les civils.

Ces incidents interviennent après la reprise en main par les forces armées d’une usine dans un autre quartier de la capitale, jeudi. L’usine produit des vêtements pour les marques Gap et Walmart.

POURVOYEUR DE DEVISES

Le PSNC, qui tente de canaliser le mécontentement social, a promis aux quelque 350.000 ouvriers du secteur de la confection travaillant dans près de 500 usines dans le pays un doublement de leur salaire mensuel à 160 dollars.

Le gouvernement de Hun Sen refuse d’aller au-delà de 100 dollars et a ordonné la réouverture des usines afin d’éviter des pertes d’emplois dans un secteur qui représente cinq milliards de dollars de revenus annuels.

Ce secteur industriel est le principal pourvoyeur de devises étrangères, un employeur essentiel et une source indispensable de revenus pour de nombreuses familles vivant en zones rurales avec des salaires inférieurs à ceux des pays voisins, la Thaïlande ou le Vietnam.

Un représentant du syndicat des entreprises cambodgiennes de la confection a déclaré qu’il était impossible pour l’instant de chiffrer les pertes liées à la grève mais, selon lui, chaque usine perdrait entre 20.000 et 30.000 dollars par jour.

Ces manifestations constituent une contestation inhabituelle du gouvernement de Hun Sen au pouvoir depuis 28 ans dont les partisans rappellent qu’il a su attirer des investisseurs étrangers et créer des emplois dans un pays laissé exsangue par le règne des Khmers Rouges, entre 1975 et 1979.

Hun Sen a acquis la réputation de mal supporter les critiques de l’opposition et des ONG qui signalent régulièrement des atteintes aux droits de l’homme.

Conduit par l’ancien ministre des Finances Sam Rainsy, le PSNC affirme avoir été volé de 2,3 millions de suffrages par le Parti du peuple cambodgien (PPC) au pouvoir lors des élections de juillet et exige un nouveau scrutin.

Le PPC a obtenu 68 sièges au parlement contre 55 au PSNC, selon la commission électorale soumise, selon l’opposition, au parti au pouvoir.