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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Grèce : autour du refus de libération d’Irianna
Article mis en ligne le 24 juillet 2017
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Athènes, Grèce : Vengeance émeutière pour Irianna !

SansAttendreDemain, 2017/07/18

Dans la soirée du lundi 17 juillet à Athènes, les rues du quartier de Monastiraki se sont remplies de rage, notamment dans la rue Ermou, une des rues les plus huppées de la capitale. Cette explosion de colère fait suite au rejet de la cour d’appel de libérer Irianna, condamnée à 13 ans de prison sur la simple base d’un échantillon ADN partiel quasi-inexistant qui, selon les juges, prouve qu’elle a appartenu à un groupe anarchiste radical.

Leur raison principale de la maintenir en prison réside dans le fait qu’elle a soutenu son compagnon, jugé il y a quelques temps pour appartenance à un groupe anarchiste armé (bien qu’il ait été relaxé de toutes les charges à son encontre). Par ailleurs, les juges ont émis leur crainte de son implication dans les luttes révolutionnaires au cas où elle serait dehors. Par le maintien de cette condamnation, et ce malgré une « preuve » dérisoire et un dossier quasiment vide, l’État et sa justice cherchent à faire payer le prix de la solidarité avec l’action révolutionnaire, à briser tout individu qui entretient des liens proches et affinitaires avec les anarchistes.

A la suite de ce jugement, près de 700 personnes sont donc descendues dans les rues commerciales et huppées d’Athènes, en détruisant tout sur leur passage., à l’aide de pierres, de marteaux et de bâtons. Lorsque le cortège est arrivé au niveau de la rue de la Victoire, deux escadrons de police anti-émeute (MAT) ont attaqué la manif par des salves de gaz lacrymogènes. Les anarchistes les ont accueillis par des jets de pierres. Peu après la dispersion, 14 personnes soupçonnées d’avoir pris part à cette manif saccageuse ont été arrêtées. Toutes ont été libérées peu de temps après, sauf une pour « possession de produits stupéfiants ».


Grèce : mobilisation autour d’Irianna, condamnée à 13 ans de prison

RFI, 24 juillet 2017

En Grèce, un prénom a fait le tour des réseaux sociaux ces dernières semaines. Celui d’Irianna, une doctorante en linguistique de 29 ans. Cette jeune femme, dont le nom de famille n’a pas été publié, a été condamnée à 13 ans de prison ferme. Les juges ont estimé qu’elle appartenait à un groupe anarchiste insurrectionnel.

Le groupe anarchiste insurrectionnel est celui de la Conspiration des cellules de feu, un groupe connu pour ses envois de colis piégés à des personnalités, censées être des symboles du capitalisme. Le dernier était destiné au ministère allemand des Finances. Pour lier Irianna à ce groupe, le tribunal s’est basé principalement sur des traces d’ADN partielles. Elles ont été retrouvées sur le chargeur d’un pistolet, lui même découvert dans une cache d’armes qui appartiendraient à la Conspiration des cellules de feu.

Un autre homme, Périklis, lui aussi soupçonné d’appartenir au groupe a été condamné à la même peine qu’Irianna. Tous les deux ont décidé de faire appel et réclament en attendant la suite du procès leur libération conditionnelle. Il y a deux semaines, la justice leur a stipulé une fin de non recevoir.

Un échantillon ADN controversé

La défense pointe des incohérences dans le dossier car la justice se base sur une trace d’ADN partielle. L’expert de la police estime que cette trace est suffisante. Mais l’expert choisi par la défense estime que la trace ne permet pas de prouver à 100% qu’il s’agit bien de l’ADN d’Irianna et que la quantité était trop faible pour qu’une contre-expertise soit menée. En ce qui concerne Periklis, les juges se basent sur un faisceau d’indice, dont un voyage à Barcelone, la ville espagnole, où des groupes du type de la Conspiration des cellules de feux sont également actifs, disent-ils, mais sans preuve de contact.

En 2011, Irianna avait elle même donné volontairement un échantillon de son ADN à la police. Car derrière cette affaire, il y a celle de son petit ami, Konstantinos Papadopoulos. C’est lui au départ qui était visé par la justice. En 2011, le jeune couple avait été arrêté après une descente de police nocturne à son domicile. Il avait alors été accusé d’appartenance à ce groupe anarchiste pour avoir hébergé un couple de suspects qui par la suite s’est effectivement révélé être membre de la Conspiration. A cette époque, Irianna avait été aussitôt relâchée après avoir volontairement donné cet échantillon d’ADN. Le jeune homme, son compagnon, avait finalement été acquitté.

Mobilisation pour réclamer la remise en liberté d’Irianna

Des universitaires et hommes politiques grecs se sont pris d’intérêt pour ce cas. Six eurodéputés grecs de différents partis ont appelé la justice à faire preuve de clémence et à répondre favorablement à la demande de liberté conditionnelle. Ils estiment qu’elle a déjà été accordée à des cas plus graves. Pour l’heure les juges restent sur leurs positions et une manifestation de soutien à Irianna a dégénéré la semaine dernière lorsqu’une centaine de jeunes cagoulés s’est précipitée dans la principale artère commerçante de la capitale grecque pour y briser des vitrines. Le père d’Irianna a indiqué qu’elle condamnait ces violences.

Cette affaire a également été récupérée au niveau politique. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a pris position et a désavoué les juges qui ont refusé la demande de libération conditionnelle d’Irianna. Le ministre de la justice Stavros Kontonis a parlé d’une « surprise déplaisante », tandis que le porte-parole du gouvernement, Dimitris Tzanakopoulos a indiqué que cette décision resterait inscrite au « livre noir » de la justice grecque.

Ces réactions traduisent des relations devenues difficiles avec le système judiciaire. L’opposition qui accuse régulièrement le gouvernement d’Alexis Tsipras de faire preuve de laxisme concernant les anarchistes est aussitôt montée au créneau. Elle a estimé que ces déclarations avaient provoqué cette nuit de violences.