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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Grèce : Contre les prisons de type C
Article mis en ligne le 21 octobre 2014
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La loi pour les prisons de type C a été votée en juillet 2014, institutionnalisant le totalitarisme contemporain et la titularisation de l’état d’urgence sur le terrain de l’enfermement.

L’hystérie organisée de la terreur a préparé le terrain depuis longtemps. Par le biais de la propagande médiatique, l’Etat construit des images de "dangereux", de "contaminés", d’"envahisseurs", de "perturbateurs" et de "terroristes", les montre comme des ennemis de la normalité sociale et de la croissance, promeut la diffusion de la peur et de l’insécurité et offre la solution des conditions spéciales de détention sous le régime de l’état d’urgence.

Déjà le ministère de la justice bourgeoise procède à une évacuation partielle de la prison de Domokos pour préparer le premier camp de concentration pour prisonniers politiques et rebelles.

Déjà et depuis le mois de mars 2014, avant que la loi ne soit votée, des militants turcs et kurdes vivent des conditions spéciales de détention, accusés sous l’article 187A [1]. Dans le cadre des échanges inter-étatiques entre la Grèce et la Turquie et au nom de la croissance économique, l’esquisse d’une stratégie antiterroriste commune et la pénalisation des luttes et de la solidarité sont requises, la cible étant ceux qui résistent des deux côtés de la mer Égée.

Le projet de loi prévoit la création de trois types de prisons à la répression graduelle. Les prisonniers pour dettes seront détenus dans les ailes les plus tranquilles de type A. Le corps principal des prisonniers sera entassé dans les ailes de type B dans des conditions misérables tandis qu’il sera créé des prisons de type C pour les prisonniers de "catégorie spéciale et à dangerosité accrue".
Dans la mire du projet de loi se trouvent les anarchistes et les communistes enfermés pour leur action politique, les détenus rebelles qui résistent à la réalité inhumaine de l’enfermement ainsi que ceux accusés sous le dit crime organisé.

Les prisonniers dans les prisons de type C vivront dans une prison au sein de la prison : privation complète de permissions et de droits tel le travail qui réduit la durée de la peine, durcissement des conditions de remises en liberté et création de conditions de contrôle panoptique. L’arbitraire s’institutionnalise par le biais de pouvoirs accrus pour les directeurs de prison, tout détenu pouvant être transféré dans une prison de type C sur une simple décision de leur part, de l’attribution des prisons à des corps spéciaux de la police, tandis que l’utilisation d’armes à feu est assouplie.

Dans le même temps, des motivations sont données pour promouvoir le mouchardage qui vont jusqu’à la remise en liberté de tous ceux qui collaborent avec les autorités. Le but principal est de briser les organisation politiques armées et d’entraver l’osmose des luttes entre les prisonniers en lutte et les autres détenus.

Les déclarations de Dendias, ex ministre de l’ordre public (anciennement ministère de la protection du citoyen), lequel a triomphalement annoncé par avance "la fin du terrorisme en Grèce", ne laissent pas l’ombre d’un doute quant à ce que cible le projet de loi en question : tant l’instauration d’un contexte dissuasif pour la création de groupes armés que son fonctionnement à valeur d’exemple pour ceux hors des murs en montrant le prix à payer de la résistance contre le régime.

La restructuration des prisons n’est pas un geste isolé de l’État grec, c’est un acte pleinement aligné sur les injonctions de l’UE. Dans le cadre de la restructuration générale du capital et des relations sociales, elle est un segment de plus du régime d’état d’urgence contemporain. La répression dans des conditions de crise systémique profonde se traduit par la décision étatique centralisée de gérer les affaires sociales et de réformer les relations sociales sur la base du dogme "Loi et Ordre". La répression (et le châtiment) s’appuie sur le pilier de base de la cohésion du régime avec un but double. D’une part, il continue de discipliner le prolétariat, ceux en lutte et la société, de gérer les masses "superflues" (immigrés, chômeurs, miséreux, malades du sida, toxicomanes) et d’affermir le climat de peur. De l’autre, il protège les intérêts sanglants du capital et de la classe au pouvoir.

Au sein de ce contexte, le régime d’état d’urgence prend pour cible différents pans de la société en tant qu’"ennemi intérieur", lesquels surmontent ou tendent à surmonter la légitimité bourgeoise au fil de mouvements (Skouries par exemple [2]). Ce ne sont pas seulement les opposants armés au capitalisme mais toute personne en lutte qui remet en question le monopole étatique de la violence qui est désormais considérée "saboteur économique" et fait face au délire répressif.

Avec des conditions spéciales de détention pour ceux entre les murs et des conditions spéciales de survie pour ceux dehors, les luttes dans et en-dehors de la prison se mêlent inextricablement. Les mêmes méthodes violentes utilisées pour reprendre des conquêtes faites par les opprimés et pour lesquelles des luttes sanglantes ont été menées (dans les secteurs du travail, de la santé, de l’éducation, de l’environnement, etc.), sont maintenant mises en pratique de manière sommaire pour arracher les conquêtes gagnées en prison par de longues luttes, des mutineries mais aussi des tortures, des exécutions et des poursuites disciplinaires. Ceux emprisonnés pour leur action politique - ayant mené et menant des batailles dedans et hors les murs - et les prisonniers en lutte se trouvent au centre de cette attaque parce qu’ils répondent avec leurs mots et pratiques aux pogroms violents du régime contre les opprimés. Parce qu’ils ont lutté et qu’ils luttent pour le renversement total de la barbarie contemporaine.

La lutte contre les conditions spéciales de détention et les prisons de type C continue, avec son héritage récent de la grande grève de la faim de 4500 détenus dans les prisons grecques, ainsi que les refus de remonter de promenade, les refus de plateaux mais encore les actions de solidarité en Grèce et à l’étranger.
Notre position solidaire envers les luttes des prisonniers est un moment de la guerre de classe et sociale pour une société libre et sans classes.

LUTTE CONTINUE JUSQU’À LA DESTRUCTION DE LA DERNIÈRE PRISON

LA LIBERTÉ FLEURIRA SUR LES RUINES DES PRISONS

SOLIDARITÉ EN ACTES POUR LES PRISONNIERS QUI AFFRONTENT ENTRE LES MURS LE TOTALITARISME CONTEMPORAIN

Assemblée ouverte d’anarchistes/antiautoritaires contre les conditions spéciales de détention
eiskra@espiv.net

Notes
[1] Loi antiterroriste du code pénal grec.
[2] Référence à la lutte des habitants des Skouries contre la mine d’or.

[Traduit du grec par NonFides de ???, mardi 21 octobre 2014]