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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Etats-Unis : Le résistant au "grand jury" Steven est de retour à la maison
Article mis en ligne le 20 avril 2014
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[Dans la matinée du mercredi 25 juillet 2012, plusieurs domiciles ont été perquisitionnés par le FBI et la Force opérationnelle interarmées anti-terroriste de Portland. Six camarades de Portland, Olympia et Seattle ont été convoqués devant le "Grand Jury" fédéral au Palais de justice de Seattle le 2 août. Deux autres sont dans la nature. Les 6 doivent notamment témoigner sur plusieurs attaques, dont celle contre le tribunal de Seattle lors de la manif du 1er mai 2012. C’est bien sûr un prétexte pour lancer une nouvelle opération répressive contre les subversifs du coin. Pour suivre cette histoire, avec résumé et chronos, on pourra relire : "Etats-Unis : attaques solidaires dans plusieurs villes" (8 août 2012). Mais aussi toutes les actions de solidarité plus récentes et une actualisation, recensées sur Le chat noir émeutier ici.]


Etats-Unis : Le résistant au grand jury Steven est de retour à la maison

Salut ! Mon nom est Steven Jablonski. Je suis anarchiste et résistant au grand jury. Après avoir vécu en exil au Canada à peu près un an et demi, je suis retourné aux Etats-Unis il y a un mois environ. Mon retour n’était pas censé être secret, mais j’ai senti le besoin de prendre du temps pour afin de rassembler mes pensées et de décompresser avant de sortir une déclaration officielle. Je me sens maintenant prêt à rompre le silence et à clarifier quelque peu la confusion autour de moi, étant cité à comparaître devant le grand jury de Seattle qui enquête sur la journée du premier mai 2012 à Seattle.

En juillet 2012, plusieurs personnes ont reçu des citations à comparaître pour témoigner devant le grand jury, enquêtant sur l’activité anarchiste et la destruction de propriété qui est arrivée à la manifestation anticapitaliste du premier mai 2012 à Seattle. A la fin juillet, j’ai reçu un appel téléphonique de quelqu’un se prétendant être agent du FBI, me déclarant que j’étais assigné à comparaître pour témoigner devant le grand jury et comment il pourrait me remettre cette citation à comparaître. Une assignation entre seulement en vigueur une fois qu’elle est « remise » à une personne, ce qui signifie que l’assignation physique doit être remise en mains propres à la personne. J’ai pris la décision de résister au grand jury en quittant le pays plutôt que de risquer à comparaître et témoigner devant le grand jury.

J’étais et continue toujours à être ferme dans ma conviction de non-coopération avec l’État. J’étais à peu près certain que si je refusais de répondre aux questions du grand jury je serais poursuivi pour outrage civil et placé en prison. Sans porter n’importe quel jugement sur les décisions des autres résistants à grand jury qui ont été faites, je ne me sentais pas à l’aise pour me présenter à l’Etat pour une peine de prison. Je comprends que l’emprisonnement et la prison sont une réalité de la vie pour beaucoup de gens dans ce monde et je comprends aussi qu’en s’engageant dans l’activité anarchiste on peut aussi risquer l’emprisonnement. Je veux tout faire pour résister à la coopération avec l’Etat et je refuse également de marcher volontairement dans ma propre cellule de prison.

Je suis arrivé au Canada le 4 août 2012. En novembre j’avais commencé à vivre à Montréal au Québec. Tout au long de ma période passée à Montréal, je me suis fait à la fois baisé par le SCIS* (Service de Renseignement de Sécurité Canadien) et le SPVM (Service de Police de la Ville de Montréal). Au cours de ma période au Canada, j’ai été régulièrement suivi et approché par mon nom dans la rue et devant chez moi. Pendant ces interactions, on m’a dit de rentrer dans mon pays d’origine et qu’ils attendaient simplement de m’expulser. J’ai été placé dans la voiture du SPVM à de multiples reprises, y compris une fois où j’ai été ramassé par une voiture de police à proximité de chez moi à 2h du matin et conduit en périphérie de ville où les flics ont pris mon téléphone, de la thune, chaussures et veste. Quelques mois plus tard, je me suis fait alpagué par deux inconnus à deux pâtés de maison qui n’ont pas cherché à prendre mes affaires, mais ont continué à m’appeler d’un « pédé d’américain ». Dans chacune de ces interactions, il est clair que ces personnes connaissaient ma situation juridique.

Malgré tout le harcèlement, j’ai également pu recevoir amour et amitié de personnes formidables à Montréal. Par des hauts et des bas, ces relations se sont rapidement transformées en lien qui, j’en suis sûr, seront de longue durée.

Clairement l’Etat n’est pas heureux avec moi et d’autres décisions de ne pas coopérer avec cette enquête. Malgré cela, toutes les personnes impliquées dans l’enquête, sauf une, ont maintenu la stricte non-coopération avec l’enquête. Mais l’enquête est maintenant à sa fin. La dernière année et demie a certainement été l’année la plus intéressante et difficile de ma vie. Avec l’aide de deux vieux amis et de nouveaux amis, des anarchistes à la fois proches et lointains, et l’inspiration que j’ai ressenti de mes compagnons résistants au Grand Jury et des compagnons, certaines choses arrivent finalement à leur fin.

Mon exil s’est également avéré être assez coûteux, mais grâce à l’appui financier que j’ai reçu d’un tas de gens, je m’en suis très bien sorti. Je tiens à remercier particulièrement le comité contre la répression politique et les compagnons de Vancouver BC and Guelph ON et des amis de la baie de San Francisco et de New-York. Je tiens aussi à remercier mers amis de la région de Puget Sound, les amis les plus proches que j’ai dans le monde. Leur soutien et leur encouragement ont été insurmontables dans ma résistance, la santé mentale et santé émotionnelle. Je veux aussi parler de la façon dont j’ai été inspiré par les innombrables actions de solidarité qui ont eu lieu partout dans le monde, ainsi que toute autre personne qui a offert quelconque geste de soutien.

Je tiens également à préciser que je suis entièrement solidaire des vandales anonymes qui ont attaqué le tribunal William Kenzo Nakamura à Seattle le 1er mai 2012. Il y a peu de choses que je désire plus que de voir les institutions du pouvoir ciblées et attaquées. Je m’identifie fortement avec la tendance anarchiste insurrectionnelle et je crois que ces actes criminels et de rébellion qui ont eu lieu ce jour à Seattle servent d’un petit exemple de la façon dont les gens peuvent attaquer physiquement les institutions du capital dans leur quête sans fin pour la libération.

Aussi enthousiaste que je suis d’être à la maison, comme la plupart des choses dans la vie, l’expérience est un peu amère. J’ai eu quelques merveilleuses expériences au cours des dix-huit derniers mois et rentrer à la maison n’a pas été une chose facile à faire. Aussi irritant que les dix-neuf mois passés l’ont été, je sais que je sors de cette expérience comme une personne plus forte avec des liens plus forts et l’idée plus claire sur ce que l’affinité, l’amitié et l’anarchie signifient pour moi en réalité. Mais en fin de compte, je suis juste heureux d’être enfin à la maison.

Solidarité avec tous les autres résistants au grand jury et ceux en exil !
Liberté pour Amélie, Carlos et Fallon ! (les prisonniers 5E3)

Vive l’anarchie !

Pour contacter Steven, on peut lui envoyer un mail à l’adresse nothingleft@riseup.net

* en anglais : Security Canadian Intelligence Service

Traduit de l’anglais par lechatnoiremeutier de anarchistnews, 13 avril 2014 à 16h41