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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Bonnes résolutions pour temps troublés
Article mis en ligne le 9 janvier 2015
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"Vous êtes riche et vous voudriez être aimé comme un pauvre. Et les pauvres on ne peut quand même pas tout leur prendre aux pauvres ! "
Garance, Les enfants du Paradis, 1945

A Paris, dans le quartier (toujours moins) "populaire" du 20e arrondissement, entre les rues des Pyrénées, Lagny, Maraîchers et de la Plaine, un gros chantier progresse depuis 2012 sur l’emplacement des anciens hangars de la RATP. L’immense terrain de 85.000 m² accueille petit à petit dans une indifférence toute contemporaine le projet "Garance", délicieusement composé d’une dizaine de bâtiments de verre et de béton. Selon les hideux fantasmes de sa conceptrice, ils reflèteront même bientôt « la nouvelle stratification de la ville et de son mouvement ». De son côté, la mairie du coin se la joue pragmatique et bonne conscience, en mettant plus volontiers en avant la construction de nouveaux ateliers de bus pour la RATP ou de futures cages de dressage (crèche et collège) que celle de centaines de bureaux supplémentaires destinés à d’ineptes cravateux.

Bref, "Garance" n’est que l’énième pâté produit par une architecture concentrationnaire, qui sait si bien renforcer le caractère carcéral de la ville afin que les puissants puissent continuer de roter en paix. Dans un existant placé sous le règne de la domination et de l’exploitation, ce constat banal bien que teinté de froide colère aurait pu comme trop souvent s’arrêter là. Pourtant, il y a quelques jours, une cerise plus amère que d’ordinaire est venue couronner ce plat décidément bien écœurant. "Garance" a soudain pris une autre tournure. Mais procédons par ordre (chronologique, s’entend).

C’est en octobre 2013 que Papa Etat est entré dans la partie en commençant à se mettre du rab de côté, tout en se gardant bien de le crier sur tous les toits. Oh, pas grand chose, une simple "option" d’achat sur "Garance", rajoutée en post-scriptum au bail finalement signé en mai 2014, soit environ 26 000 m² de bureaux. Jusque-là, rien d’exceptionnel, c’est quand même lui le chef, il a bien le droit de se montrer un brin gourmand sur le dos de ses sujets, non ? D’ailleurs, ce n’est pas pour rien si la force qui se nomme « crime » aux mains de l’individu s’appelle « droit » quand elle se retrouve dans celles de l’Etat, comme le disait déjà un de ses vieux ennemis. Mais retournons croquer notre cerise amère.
Quelques mois après avoir posé son "option", en septembre 2014, le plus froid des monstres froids a lancé un appel d’offre afin de dégoter un financeur à la hauteur de ses ambitions immobilières. Beaucoup d’appelés et peu d’élus, comme d’habitude, mais il y aura d’autres juteux marchés publics à se partager, qu’on se rassure, entre prisons et tribunaux, casernes et commissariats. Bref, le marché pour acquérir une part significative de "Garance" s’est conclu il y a quelques jours à peine, le 31 décembre 2014 : la Banque Postale a été désignée reine du bal contre une avance de plusieurs dizaines de millions d’euros remboursables sur 15 ans sous forme de crédit-bail. Tchin tchin, champagne et bonne année à la banque des pôôôvres (côté Etat) et à la BNP (côté promoteur) pour cet accord arraché avant les douze coups de minuit. Bon, jusque là, rien de très spécial non plus. Mais attendez, attendez voir !

Car dans cette histoire de gros sous et de spéculation, il manque un détail, un léger détail : il veut en faire quoi, l’Etat, de tous ces milliers de mètres carrés acquis tranquillou dans le 20e ? En vrai, pas grand chose, non, vraiment, trois fois rien, pas de quoi songer à la rue des Bons Enfants avec un brin de nostalgie en tout cas. Celui qui prétend au monopole de la violence souhaite simplement y installer la plupart des services centraux de son ministère... de l’Intérieur. Oui, oui celui de la chasse aux pauvres et de la protection des riches, celui du terrorisme d’hommes en uniforme toujours prêts à exécuter les pires infamies légales : immigration & asile, logistique & achats, sécurité civile, direction des CRS, police aux frontières. Rien que ça.
Comme on la comprend à présent, la relative discrétion de cette petite annonce. En tout cas c’est sûr, elle claque moins fort que le trop habituel communiqué de presse venant couvrir les égarements de son petit personnel, lorsque flash-ball, tasers ou autres Sig-Sauer SP 2022 viennent crever quelque corps indocile. Ou lorsqu’il tente au son du clairon de créer l’unité nationale autour de lui contre l’ennemi intérieur du moment ou contre ses rivaux autoritaires.

En attendant que ces bureaux soient livrés l’été prochain –le collège et la crèche attendront 2017/2018, faut pas charrier–, sans compter le petit délai supplémentaire pour déménager les 1340 flics banalisés qui vont envahir quotidiennement le bas-20e jusqu’à la place de la Nation, chacun peut encore exprimer à sa guise ce qu’il pense de cette merveille d’architecture, et des différents acteurs qui rendent son existence possible. Une merveille qui, incroyable !, est bâtie par le célèbre constructeur de taules Eiffage et financé (pour sa partie policière) par une célèbre banque jaune qui se trouve à tous les coins de rue et avait déjà connu des problèmes il y a quelques années pour sa fonction de piège à sans-papiers dans la machine à expulser. Une merveille dont le promoteur immobilier Icade** qui affiche bien sûr "Je suis Charlie" sur son site, miracle !, fait également pousser ses chantiers un peu partout.

Allez, tchin tchin, et bonne année encore, il paraît que c’est le moment parfait pour prendre de bonnes résolutions. Et quant à toi, Garance, un conseil que ton daron, sûr de sa force nommée droit, civilisation, économie, progrès, démocratie et autres fables, a certainement du oublier de te donner pour bien débuter ce nouveau semestre : méfies-toi de la force des individus, car leur crime qui contient tous les autres pourrait bien se nommer liberté. Une liberté forcément sans foi ni loi.

Hyles gallii,
7 janvier 2014

** Au 35 rue de la gare (19e), Porte d’Aubervilliers, Icade gère aussi la construction par le groupe de BTP "Léon Grosse" du futur siège du Ministère de la justice (180 millions d’euros) prévu pour septembre 2015. Ce bâtiment nommé "Millénaire 3" sera situé en face du centre commercial "Le Millénaire" et au sein du parc d’affaires du même nom (où Icade a d’ailleurs son siège), et est composé de 32 240 m² de bureaux pour les 1600 employés du Ministère de la justice (dont ceux de l’administration pénitentiaire). De plus, ce ministère prévoit de louer un espace du Millénaire 2 pour les 130 personnes de ses services informatiques. L’Etat veut acquérir le Millénaire 3 par crédit-bail selon un appel d’offre lancé fin septembre 2014, et la signature de l’achat est prévue pour le 1er avril 2015. C’est le cabinet AOS-Studley qui a aidé l’Etat à choisir le Millénaire 3 lors de l’appel d’offre de construction de juin 2011


L’Etat acquiert 27 000 m2 dans "Le Garance", à Paris 20ème

Immoweek, 02/01/2015 10:36

L’Etat a levé l’option d’achat prévue dans le Befa -bail en l’état futur d’achèvement- (signé en juin 2014 avec Icade Promotion Tertiaire), portant sur l’ensemble "Le Garance" au 20, rue des Pyrénées/67, rue de Lagny, dans le 20ème arrondissement de Paris. L’actif de bureaux développe 29 840 m2 en R+5 (avec 200 places de stationnement en sous-sol) et se trouve "destiné à accueillir des services centraux du ministère de l’Intérieur".

Le bâtiment est certifié HQE et Breeam "Very Good". Il sera livré en juillet 2015.

Un appel d’offres de crédit-bail immobilier a été organisé par France Domaine en septembre 2014 pour financer cette acquisition. La Banque Postale a été désignée et a signé, le 31 décembre 2014, un contrat de crédit-bail immobilier avec l’Etat.

Ce schéma, structuré par France Domaine et le ministère de l’Intérieur, "permet à ce ministère de financer l’immeuble dans d’excellentes conditions, sur une durée de 14,5 ans, tout en diminuant de façon significative les flux financiers initialement prévus dans le bail" selon le ministère.

Dans cette opération, l’Etat était conseillé par Colliers International et l’Etude Cheuvreux. Icade Promotion Tertiaire était conseillée par l’Etude Thibierge & Associés et La Banque Postale par l’Etude Rochelois-Besins & Associés".


Le géant de 84 000m² accueillera les services de l’Etat

Le Parisien, 06 janvier 2015

EN CONSTRUCTION depuis 2012 à l’angle des rues de Lagny et des Pyrénées, dans le sud du XXe arrondissement, il ne passe pas inaperçu avec sa façade rouge vif. A sa livraison, en août prochain, l’immeuble Le Garance, imaginé par le cabinet d’architectes Brigitte Métra & Associés, accueillera les services centraux du ministère de l’Intérieur sur 26 000 m2 de bureaux. Le service France Domaine vient en effet de racheter le complexe immobilier à Icade pour le compte de la place Beauvau. C’est ce qu’a annoncé hier le promoteur.

Egalement un collège et une crèche sur le site

Outre les agents du ministère de l’Intérieur, l’édifice abritera dès cet été un centre bus de la RATP de trois niveaux doté d’une capacité de 184 véhicules, 30 000 m² de bureaux et des logements réservés aux personnels de la Régie de transports. Une crèche de 66 berceaux avec jardin en terrasse sera livrée en 2017. Le site permettra enfin de réunir sur un seul site le collège Lucie-Faure (dont une annexe est actuellement située au bord du périphérique) à l’horizon 2018. Véritable « morceau de ville », l’immeuble, labellisé Haute qualité environnementale (HQE), offrira au total une superficie de 84 000 m² autour d’un parc urbain privatif. Il est construit à l’emplacement de deux gros hangars centenaires de la RATP dont les murs avaient été mis à la disposition des graffeurs entre 2009 et 2012.


Icade signe avec le ministère de l’Intérieur pour 26 000 m² de bureaux à Paris 20e

Communiqué de presse, 10/06/2014

Icade annonce la signature d’un bail en l’état futur d’achèvement assorti d’une option d’achat avec l’État (France Domaine) pour le ministère de l’Intérieur dans le 20e arrondissement de Paris.

Ainsi s’achève avec ces 26 000 m² de bureaux la commercialisation de cette opération d’envergure comprenant également pour la RATP un centre bus et des bureaux, et pour la Ville de Paris un collège et une crèche. Le bâtiment, dénommé « Le Garance », est certifié HQE et BREEAM Very Good , l’architecture est signée Brigitte Métra.

L’opération a été récompensée par une Pyramide d’argent en 2013. C’est un succès pour la promotion d’Icade, l’immeuble étant livré en juillet 2015.

Dans cette opération, Icade était conseillée par BNP RE Transaction, l’étude Thibierge et le cabinet Jeantet. France Domaine et le ministère de l’Intérieur étaient conseillés par AOS, l’étude Cheuvreux et le cabinet SBKG.


Icade est détenu à 52% par HoldCo Siic, détenue à 75% par la Caisse des Dépôts et Consignations. Icade est propriétaire d’immeubles de bureaux (d’une surface totale de 593 000 m2) principalement à Paris et à Villejuif. En intégrant Silic, Icade s’est également rendue propriétaire de bureaux situés à Nanterre Préfecture et à Saint-Denis qui représentent une surface louable de 170 000 m². Icade détient en outre des parcs d’affaires à Paris (19e), Saint-Denis et Aubervilliers, Rungis, Nanterre-Seine, Roissy, Colombes, Cergy, Antony, Evry, Villebon et Fresnes. Elle est proprio de 62 établissements de santé à travers Icade Santé (actionnaires : 56% à Icade, le reste à Crédit Agricole Assurances, BNP Paribas Cardif, CNP Assurances) et possède aussi le réseau d’enseignes « Mr Bricolage ».


Et en rab
Le chantier du ministère de la Justice lancé

Le Parisien | 01 Juil. 2013, 07h

C’est un premier pas historique. Jeudi dernier, loin des caméras, la garde des Sceaux, Christiane Taubira, et Serge Grzybowski, le président du promoteur Icade ont posé la première pierre du futur site du ministère de la Justice.

En 2015, 1600 fonctionnaires de la Chancellerie, actuellement répartis sur cinq adresses parisiennes, seront regroupés dans un seul et même immeuble neuf de huit étages et 32240 m2 construit dans le parc du Millénaire, à cheval sur Paris et Aubervilliers, avec vue imprenable sur le périphérique parisien et la darse du canal Saint-Denis.

L’Etat économisera 7 M€ de location par an

Objectif de l’opération ? Réaliser des économies dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Le ministère espère en effet économiser 7 M€ par an en faisant passer la charge locative de la Chancellerie de 25 à 18 M€ par an, hors les locaux de la place Vendôme.

Confié au cabinet d’architectes londonien KPF (qui a notamment relooké la tour First à La Défense), le bâtiment hexagonal sera surmonté d’une grande verrière qui abritera un jardin intérieur. « Le Millénaire 3 offrira de nombreux services à ses occupants, précise Icade. Les salariés disposeront d’un restaurant d’entreprise, d’une cafétéria ouvrant sur un atrium, d’une salle de sport et d’une conciergerie. Il sera également doté d’un business center et d’un auditorium. »

Le bâtiment prendra place dans un quartier en pleine mutation. Les salariés domineront d’un côté le périph’ et feront face de l’autre côté à au centre commercial du Millénaire. Actuellement accessible en métro (lignes 12 et 7), tramway (T3), et quatre navettes fluviales, le parc du Millénaire bénéficiera en 2015 de l’arrivée du RER E, avec l’ouverture côté Paris de la station Rosa-Parks.


Le Millénaire, symbole d’une consommation française en berne

Reuters – dim. 14 déc. 2014

PARIS (Reuters) - Lorsque les travaux du Millénaire d’Aubervilliers, près de Paris, ont débuté en 2008, les promoteurs de ce qui était alors le plus important projet de centre commercial depuis dix ans en France redoutaient un ralentissement économique.

La réalité fut plus dure encore. Quelques mois plus tard, le système financier était ébranlé par les conséquences de la crise des subprimes et la France, comme d’autres, plongeait dans la récession. Le PIB cédera 2,9% sur l’année 2009.

Le rebond de 2010 et 2011 n’a pas été suivi d’effet. En 2012 et 2013, l’économie française a progressé de 0,3% par an et aucun vrai rebond n’est en vue. Le chômage ne cesse de battre des records, avec 3.460.900 personnes sans activité fin octobre.

Sur les murs du Millénaire, ensemble de 56.000 mètres carrés bâti en bordure de périphérique, dans un quartier modeste mais appelé à se transformer, les enseignes au néon des marques de prêt-à-porter Desigual ou OVS Industry donnent le change.

A l’intérieur, ces enseignes sont introuvables. pas école, les achats de Noël devraient démarrer, mais il règne un calme surprenant dans les allées illuminées, faute de curieux aux abords de vitrines impeccables.

(...) Le Millénaire s’adapte à une partie de la région parisienne dont la population n’est pas la plus aisée. En espérant des jours meilleurs une fois que l’ensemble du projet aura abouti.

Car le "Parc du Millénaire" est aussi un complexe immobilier comprenant 200.000 mètres carrés de bureaux, dont le siège d’Icade mais aussi le futur ministère de la Justice et le siège de Veolia, attendus pour 2016.

Le secteur pâtit aussi des retards dans le prolongement de la ligne 12 du métro, repoussé à 2019. Et de l’autre côté du périphérique, le gigantesque projet "Rosa Parks-Evangile", avec un millier de logements, des bureaux et une gare, est en route.

Autant de raisons de penser que Le Millénaire peut rebondir. "Des sites comme ça ont de l’avenir. Ils s’inscrivent dans des projets de revitalisation des villes", dit Nicolas Delarocque.

Si l’économie repart. En 2013, le Millénaire s’est vu retirer son autorisation d’ouvrir le dimanche. Un sujet au coeur de la loi pour la croissance et l’activité d’Emmanuel Macron.