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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Opération Pandora : un mot des "Groupes anarchistes coordonnés"
Article mis en ligne le 10 janvier 2015
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Ni innocent-es, ni coupables, simplement anarchistes
Quelques mots sur les arrestations du 16 décembre dernier lors de l’Opération Pandora.

Au petit matin du 16 décembre, après l’assaut et la perquisition de divers domiciles, locaux et centres sociaux des localités de Sabadell, Manresa, Barcelone et Madrid, se produit un nouveau coup répressif contre l’anarchisme dans l’Etat espagnol : l’arrestation de onze anarchistes dans le cadre de ce qu’on appelle l’Opération Pandora. Deux jours plus tard, ces personnes passent à disposition de la justice devant l’Audience Nationale, où la prison sans caution est décrétée pour sept d’entre elles et la liberté avec charges pour les quatre autres sous l’ accusation d“organisation criminelle à finalité terroriste de caractère anarchiste violent”.

Que ce soit par l’alerte sociale lancée par les médias pour justifier toute la machinerie répressive, par l’insistance à présenter les personnes sous le coup de la répression comme des exemples pour immobiliser toutes celles et ceux qui ne se se résignent pas, ainsi que pour éviter que les gens puissent assumer comme leurs les pratiques et méthodes antiautoritaires, il est certain que, depuis quelques temps, les anarchistes sont une des priorités des États.

Nous vivons des moments où la répression se durcit au maximum afin de protéger les intérêts de quelques-uns, et où la crainte est aussi forte que le pouvoir perde le contrôle. L’ensemble du paquet de mesures répressives de la nouvelle loi de sécurité citoyenne (Ley Mordaza), l’augmentation du contrôle policier, des amendes et des arrestations, ou la création de fichiers pour le contrôle social… le démontrent clairement. L’objectif consiste à effrayer et à générer la peur dans le mécontentement social dû entre autre au discrédit des institutions démocratiques, aux réformes incessantes ou au chômage. Et c’est au moment même où ils prétendent orienter les luttes et le mécontentement vers ce qu’ils présentent comme la seule alternative possible, la confiance dans le vote pour récupérer un Etat providence, que celles et ceux qui ne se résignent pas à fermer leur gueule et à rester pieds et poings liés se retrouvent en ligne de mire.

Parce qu’il y a toujours eu des personnes disposées à lutter contre l’autorité, et qu’elles continueront d’exister tant que cette dernière perdurera. Parce que le vrai problème pour eux ce sont les idées et les pratiques antiautoritaires, ainsi que l’existence d’individus rebelles.

Affirmer clairement que la terreur est imposée par ceux qui nous condamnent à une vie de misère basée sur l’exploitation et l’humiliation quotidienne, ceux qui assassinent aux frontières, bombardent les populations, exterminent des cultures aux éthiques différentes, qui promeuvent le fascisme, le patriarcat, qui dévastent le territoire pour le profit économique, qui imposent un progrès technologique nous menant à l’abime le plus absolu … Si quelqu’un fait preuve d’un mépris constant pour la vie et le monde dans lequel nous habitons, ce sont bien ceux qui nous imposent ce système.

Depuis le jour des arrestations, les démonstrations de solidarité sont nombreuses dans différents endroits, exprimant la rage face à ce qui est arrivé. Que ce soit par des communiqués de soutien ou des appels à la solidarité, des manifestations et rassemblements, ou par l’action directe, elles mettent une fois de plus en pratique l’idée que la solidarité avec celles et ceux que l’État séquestre aux quatre coins du globe est un acte de dignité et font la démonstration qu’elles et ils ne sont pas seul-es, que leur lutte est la nôtre.

Transformer le cri lancé “s’ils touchent l’un ou l’une d’entre nous, ils nous touchent tou-tes” en acte signifie aller au-delà de la résignation, c’est pourquoi la solidarité lors des coups répressifs, associée à la continuation des luttes, est notre manière de nous placer aux côtés de celles et ceux réprimé-es pour lutter contre ce qui nous domine et nous arrache notre vraie condition d’ individus libres. Cela sort de manière instinctive des liens que crée la pratique commune, de la construction d’autres réalités basées sur le soutien mutuel, l’auto-organisation ou l’action directe, de la complicité de réaliser l’anarchie au quotidien, de la rage face à l’existant, de l’affinité entre égaux, sans structures, hiérarchies, ni autoritarismes, de la cohérence avec cette pratique ; parce que la solidarité et la lutte sont la conséquence l’une de l’autre, la première est sincère et palpable lorsque cette cohérence est partagée. Elle ne l’est pas quand elle provient de ceux qui promeuvent une critique partielle de la répression et prétendent diriger les luttes vers la délégation d’un vote dans leurs urnes, ou aspirent à être les nouveaux prophètes dans cette restructuration démocratique ; elle ne l’est pas non plus de la part de ceux qui réclament l’unité dans les rues et s’agitent face à notre rejet de tout type d’autorité, d’où qu’elle vienne.

Faire front à l’atroce système dans lequel il nous a été donné de vivre ne sera jamais tâche facile. De fait, les anarchistes ont toujours vécu avec la répression comme possible réponse intrinsèquement liée à leurs luttes, conséquence logique de leur déclaration d’intentions contre toute autorité. Est aussi inhérente à la lutte la peur que chacun-e d’entre nous peut sentir en tant qu’individus conscients d’être à la recherche d’un monde sans autorité, et la peur en tant que mouvement face aux coups qui nous assiègent. Mais tout aussi inhérente est la conviction de lutter pour une idée noble et juste pour laquelle nous combattons au jour le jour, et la force de ne pas nous soumettre à ce qui nous condamne à l’abime. Nous renforcer également avec le soutien mutuel, l’unité [sic], la complicité, pour poursuivre les luttes, continuer à diffuser nos idées, nos manières de nous rapporter, nos pratiques, ou chercher des complicités avec celles et ceux qui ne croient pas dans l’ordre établi et tentent de lutter contre ce qui les domine …

Pour la fin de l’obéissance.

Tout notre soutien aux arrêté-es du 16 décembre, ainsi qu’à tou-tes les anarchistes emprisonné-es et réprimé-es aux quatre coins du globe.
Tant qu’existera l’oppression, il y aura de la révolte. Parce qu’ils n’en finiront pas avec les idées et pratiques antiautoritaires. La lutte est le seul chemin.

Groupes anarchistes coordonnés

[Traduit de l’espagnol de contrainfo, 8 January 2015]