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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Tarnac : retour aux sources ou comment des ex vont à la soupe sur les listes "Une commune en commun"
Article mis en ligne le 25 mars 2014
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Deux membres du "groupe de Tarnac" candidats aux municipales

FranceBleu Limousin, Jeudi 06 mars 2014 à 05h00

Benjamin Rosoux et Manon Glibert briguent les suffrages des habitants de Tarnac. Ils avaient été mis en cause en 2008 dans l’enquête sur une tentative de sabotage d’une ligne TGV. Depuis, la justice oriente ses soupçons vers... les enquêteurs. Et le village corrézien aspire à "l’unité", selon l’une des listes en lice.

Leur nom est associé à "l’affaire de Tarnac". Benjamin Rosoux et Manon Glibert ont fait de la prison en détention provisoire dans les premiers jours de l’affaire de Tarnac, en 2008. Depuis, des élements matériels ont ébranlé les accusations de la DCRI, au point que les soupçons de la justice se sont tournés vers les policiers.

Aucun jugement n’a encore été rendu, mais les membres du (supposé) "groupe de Tarnac" ont repris leur vie dans le village. Il promène son épicerie ambulante, elle donne des cours de musique.

"Ils se sont beaucoup investis à Tarnac, cette histoire est derrière" - Marie-Rose Bourneil, leur tête de liste.


Election municipale mars 2014 - Tarnac
Résultats premier tour

Ci-dessous les résultats du premier tour

Nom Voix %Voix

François BOURROUX élu 179 62.15%
Janine MOREL-GABIACHE élu 178 61.8%
Pierre MARSALEIX élu 176 61.11%
Laurent GUERRE élu 176 61.11%
Joël BESSE élu 172 59.72%
Benjamin ROSOUX élu 171 59.37%
Pierre CHAUVOT élu 170 59.02%
Marie-Rose BOURNEIL élu 169 58.68%
Catherine LUCE élu 168 58.33%
Manon GLIBERT élu 167 57.98%
Monique PLAZANET élu 166 57.63%

Nombre d’inscrits 325
Nombre de suffrages exprimés 292
Taux de participation 89,85%
Blancs ou nuls (en pourcentage de votes exprimés) 1,37%


Eymoutiers (Limousin) : Liste "Une commune en commun"

Premier tour (Pas de second tour)

73.67% - 17 ÉLUS : Vivre et agir ensemble pour eymoutiers (Liste divers gauche) - M. Daniel Perducat - 753 voix, 73.67%
26.32% - 2 ÉLUS : Une commune en commun (Liste divers) - M. Jean-jacques Peyrissaguet - 269 voix, 26.32%

Les 18 membres de la liste "Une commune en commun" : M. Jean-jacques Peyrissaguet Mme Frédérique Lambey M. Patrick Malet Mme Fatima Chaouche M. Damien Clochard Mme Charlotte Ordonneau M. Sylvestre Lambey Mme Isabelle Lamanda M. Neil Hutchinson Mme Thérèse Gibon M. Pierre-alain Poutout Mme Audrey Langelotti M. Jérémie Boos Mme Marion Vattan M. Serge Quadruppani Mme Isabelle Debrenne M. Arthur Gibon Mme Anaïs Rousset M. François Demont


Millevaches : élections sur un plateau insoumis

Le Populaire , 18/03/14 - 09h36

Création d’assemblées d’habitants, résistance face à l’éloignement des centres de décision et contre un « statut colonial » : la plateforme commune de la Montagne limousine pimente les municipales sur le plateau.

A La Villedieu et Saint-Martin-Château (Creuse) ainsi qu’à Eymoutiers (Haute-Vienne), c’est officiel : des listes se revendiquent de la « plateforme commune de la Montagne limousine ». Au cours d’une réunion publique qui s’est tenue récemment à Faux-la-Montagne, des candidats de Nedde, Rempnat, Augne (Haute-Vienne) de Gentioux-Pigerolle, Faux-la-Montagne, (Creuse), de Tarnac et de Millevaches (Corrèze) ont affirmé qu’ils mettront en avant ce programme commun territorial.

Séduire « les réfractaires aux métropoles »

Cette plateforme est, en premier lieu, un appel à préserver les communes rurales et l’échelon de décision correspondant face à la « dilution dans de vastes entités intercommunales ». Comme l’a rappelé, à Faux, l’un des rédacteurs de la plateforme : « le point de départ est notre rencontre avec l’ancien maire du Chefresne, dans la Manche, qui a exercé son mandat en convoquant un comité d’habitants qui donnait son avis sur tous les projets d’investissement ».

Cette forme de démocratie participative qui n’est pas que de pure forme, est déjà appliquée à Tarnac : « nous avons commencé en juillet, l’école est le premier sujet qui a nous a fédérés », témoigne un animateur de ce comité. Parmi les points les plus fédérateurs de la plateforme, il y a « la possibilité de maintenir un lien avec les communes des autres départements », souligne Catherine Moulin, maire de Faux. A l’occasion de la réorganisation des intercommunalités, la commune corrézienne de Peyrelevade s’est « séparée » de ses voisins creusois avec qui elle travaillait depuis des lustres.

De façon moins consensuelle, la plateforme veut offrir un droit de regard aux habitants sur les « pratiques sylvicoles ». « Notre diagnostic qui évoque le statut colonial de la montagne limousine a pu heurter », reconnaît Michel Lulek, directeur de publication de la revue IPNS, trimestriel local critique. La plateforme est très proche de la ligne éditoriale d’IPNS, elle pointe par exemple le « gâchis de Vassivière » en préconisant en guise de contre-proposition des formes de « tourisme participatif ».

Le texte décrit, avec un vrai sens de la formule, le phénomène de « métropolisation » en cours : « au cœur des métropoles se concentrent toute la gouvernance, tout l’argent et règne l’hégémonie d’un modèle de vie, celui du cadre branché […] il y a de grandes chances que ce soient parmi les réfractaires à la métropole que nous trouverons les voisins qui nous manquent ».

Lors de la réunion publique, Mike, un candidat de Nedde, a cité cette réticence observée dans sa commune : « certaines personnes ont vu dans cette plateforme la volonté d’attirer des gens qui nous ressemblent ». « A Eymoutiers, la rumeur a couru que notre liste était celle des babas cool du plateau. Nous faisons du porte à porte et les contacts sont très positifs », témoigne Sylvestre, un jeune candidat. Ce soupçon « d’entre-soi », d’« hospitalité ciblée sur des critères politiques » est balayé par Daniel, l’un des rédacteurs de la plateforme : « il ne faut pas exagérer l’homogénéité des nouveaux arrivants ». Thierry Letellier, maire de La Villedieu, appuie : « sur ma liste, j’ai des retraités revenus au pays et qui sont très contents d’avoir découvert une nouvelle Montagne limousine, très animée. Notre projet n’est pas de fonder une République très rouge ». Clément, un habitant de Faux, a rencontré des anciens de sa commune : « qui ressentent tout de même un certain clivage avec les nouveaux arrivants ».

« Notre initiative est observée, elle inquiète »

Un candidat d’Augne invite à ne « pas avoir peur des mots. Il faut politiser le débat ».

Thierry Letellier, qui est aussi vice-président de la com’-com’ Creuse grand Sud, estime que ces propositions seront portées dans la durée. « Plus il y aura d’élus se revendiquant de cette plateforme, plus ils pourront établir un rapport de force avec les gens qui détiennent les leviers décisionnels sur ce territoire. Notre initiative est observée, elle inquiète […] C’est la gouvernance de ce territoire qui est en jeu. Est-ce qu’on accepte qu’on nous écrase, qu’on dise “la commune c’est fini” et que tout se décide au conseil régional, à la Datar ou sur l’île de Vassivière… » Pour Serge Quadruppani, candidat sur la liste d’alternance à Eymoutiers, l’influence de la plateforme est déjà perceptible : « on ne peut que se réjouir de la découverte soudaine par la majorité sortante de la nécessité de faire participer les habitants à la vie de la commune ».


Au village sans prétention. Tarnac : « Pourquoi donc ont-ils tous des capuches ? »

NouvelObs/Rue89, 19/03/2014 à 11h48

L’affaire retombée, les activistes de Tarnac sont restés au village, ils ont fait des enfants et transformé la vie locale : pas du goût de tout le monde. Deux d’entre eux briguent la mairie. Les habitants trancheront.

(De Tarnac) Ils sont deux anciens de l’« affaire Tarnac » en piste pour conquérir la mairie du village. Benjamin Rosoux et Manon Glibert, piliers du Magasin général. Il paraît que les copains les chambrent. Eux préfèrent ne pas se mettre en avant. Après tout, ils sont placés en retrait sur une liste de onze personnes.

Sitôt le magasin fermé, vers 14h, les voitures repartent à flanc de colline vers la quarantaine de hameaux qui constituent la commune, l’une des plus étendues de France. Seul un filet de conversation dégoutte de l’hôtel-restaurant, l’un des trois commerces du village. On a l’impression que c’est mort, en fait ça bouillonne lentement.

Bisbilles et vague à l’âme

Un peu plus de 300 électeurs sont inscrits à Tarnac, sur le plateau de Millevaches. Beaucoup de communes de cette taille ne voient qu’une seule liste se présenter. Un machin calme et chaud conduit par le maire sortant ou son premier adjoint. Pas à Tarnac, pas sur la Montagne limousine. Comme en 2008, deux listes se sont constituées.

Il y a celle « de gauche », où figurent Benjamin et Manon. Et puis, un rassemblement au nom brumeux : « l’Union démocratique pour la défense des intérêts communaux ». On ne vous le dira pas comme ça, mais c’est la liste de ceux qui n’aiment pas trop les « révolutionnaires » - c’est leur expression - installés depuis près de dix ans dans le village.

Se mêlent ici le vague à l’âme de la ruralité, le traumatisme de « l’affaire », un vieux fond de bisbilles entre « cocos » et « chiraquiens » et des querelles de hameaux enchevêtrées dans des histoires de familles. Tout ça gentiment ravivé à l’approche des municipales.

« Le dernier coin préservé de France »

Jean-Paul « vote comme il conduit » (à droite), mais il ne conçoit pas qu’il puisse encore exister ne serait-ce qu’une « mini-fracture » dans le village. Au bord d’un lac creusé pour faire venir les touristes, l’ancien ouvrier bourlingueur coule sa retraite peinard. C’est lui qui pose l’enjeu de l’élection. Une cause commune mérite l’union sacrée :
« Ici, on est à la pointe du combat. C’est le dernier coin préservé de France avec quelques endroits en Auvergne, dans les Vosges et le Jura. Tout le reste, c’est fini. Regardez la Côte d’Azur : c’est la sortie du métro. Sur la carte des particules fines, on est le seul coin en vert. »

Il est persuadé que les trains de la région sont volontairement retardés pour éloigner les Parisiens, les toqués et la pollution. Mais enfin, on ne va pas se laisser mourir entre vieux. Le sang neuf, même très à gauche, est le bienvenu.

Depuis que la poussière de l’« affaire Tarnac » est retombée, la communauté a continué son implantation. Les premiers arrivés ont vieilli, ont eu des enfants. Déjà la deuxième génération. Un projet d’aménagement de la ferme suit son cours. Un « lieu collectif », sorte de collusion architecturale « entre le théâtre du Globe de Shakespeare, le club rock underground CBGB à New York et le saloon ». Le magasin général - qui fait cantine et épicerie - anime toujours le cœur du village.

Dans la bouche des habitants du « pays », le « Goutailloux » - le nom de la ferme à partir de laquelle Julien Coupat et les autres ont essaimé - est presque devenu une appellation d’origine contrôlée. Jusque dans les villages alentours, les vieux en parlent comme d’une présence sympathique qui fait des tournées d’épicerie. Odette, les observe depuis son jardin, avec une bienveillance intriguée :
« Pourquoi donc ont-ils tous des capuches ? »

« Qu’ils me montrent leurs fiches de paie ! »

Ne croyez pas pour autant qu’ici l’élection, c’est du peinard entre copains. Dans le temps, c’était une formalité. On savait qui votait quoi. Maintenant, les choses se sont distendues, compliquées par l’évolution démographique et les quelques têtes dures, qui n’apprécient pas les « chômeurs du Goutailloux ».

On est surpris par la virulence de certains, toujours braqués sur la ligne du ministère de l’Intérieur, période Michèle Alliot-Marie : le « terrorisme d’ultra-gauche ». « Pas de fumées sans feu », disent-ils en substance.

Présent sur la liste « conservatrice », Jean-François est agriculteur et conseiller municipal sortant. Un solide gaillard qui porte des tricots renforcés aux épaules et pose ses paluches sur la table comme on annexe la Crimée :
« Depuis qu’ils sont là, il y a des clans. Si on n’est pas avec eux, on est de droite. Ils ne travaillent pas, ce sont des chômeurs. Coupat, c’est un fils à papa. Qu’ils me montrent leurs fiches de paie !  »

Il leur reproche de faire venir des Allemands pour construire le « lieu collectif » et de délaisser périodiquement la commune pour Notre-Dame-des-Landes. Pas question qu’ils entrent au conseil municipal.

Un habitant soupire :
« Pour certains, il faut avoir son nom sur le monument aux morts et cinq strates dans le cimetière pour être accepté. [...] Ici, on a pas de Noirs, d’Arabes ou de Roms, il faut bien se trouver un ennemi de l’intérieur. »

N’exagérons rien : la défiance est circonscrite, même si l’élection provoque une montée de la brouille. Et puis, contrairement aux communes de plus de mille habitants, ici on panache encore et une petite dame toute douce l’avoue volontiers :
« Il y a des gens qui rayent untel parce qu’untel n’a pas dit bonjour. »

Le début de la désertification ?

Pour comprendre la rancœur, il faut remonter à l’été 2012. A l’époque, la majorité du conseil municipal se résigne à laisser partir l’école, menacée depuis des années par l’inspecteur d’académie. Comme beaucoup de communes rurales, Tarnac prévoit un regroupement pédagogique intercommunal (RPI). La poignée d’élèves rassemblés en une classe doit aller à Bugeat, plus bas sur le plateau.

Les parents d’élèves y voient le début de la désertification. Une réunion publique a lieu sur la place du village. Les vieux croisent les jeunes, les « mainstream », les radicaux, ça discute, ça cogite. Les oreilles du maire sifflent. Finalement, l’école est sauvegardée. Sur son blog, un photographe du coin explique :
« Nous ne voulons pas devenir un village mort et la fin de l’école entraîne de facto la suppression du poste d’aide maternelle, la suppression de la cantine scolaire, et de son personnel. [...] D’ici un an ou deux qui viendra s’installer dans un village où il ne reste rien ? »

Dans la foulée, est créée l’association « Vivre à Tarnac ». Cette dernière, enregistrée à la fin de l’année dernière, a pour but de « favoriser l’émergence d’un espace de discussion publique entre tous les habitants ». Elle a pour siège social le Magasin général. C’est de là que naîtra la liste « de gauche ».

Discréditée, la majorité municipale se défend : c’est parce que les gamins du « Goutailloux » n’étaient pas inscrits auparavant que l’école était en difficulté. Avant cela, il n’y avait pas d’autres solutions.

Il suffit de passer dans le Magasin général pour constater que la bataille ne sera pas perdue faute de combattants. Une dizaine d’enfants est née ces derniers mois. Dans la rue, on manque se casser la binette à cause des trottinettes.

« On se serait cru à la conférence de Yalta »

Il faut monter rencontrer l’ancien maire communiste, Jean Plazanet, pour se caler les idées en rouge et blanc. A la tête du village depuis les années 90, il a laissé la main en 2008 à cause de problèmes de santé. C’est lui qui a accueilli Julien Coupat « et ses copines » en 2005. Toutes les télés sont passées dans son jardin il y a six ans après la descente policière - « On se serait cru à la conférence de Yalta ».

On l’avait croisé, vociférant joyeusement au milieu du Magasin général contre les « réactionnaires de la mairie ». On le retrouve sobre, le lendemain.

Il faut voir le bonhomme. Le « rouge » comme l’appelle une voisine avec bienveillance. Un peu plus radical que le substrat limousin et des références PCF grande époque. Du coco ancienne fabrique (il ne peut pas sentir Robert Hue). Le voilà qui cite Gramsci et relate la défense de l’école comme s’il s’agissait de la Longue Marche.
« Vous vous rendez compte ? La majorité municipale a voté pour la fermeture de l’école. Alors que depuis quinze ans, on revit dans le pays grâce aux jeunes. »

A l’entendre, ceux qui lui ont succédé sont d’affreux droitards identitaires. Des branquignoles trop frileux pour dépenser du fric - « Les gens grincent, mais après ils sont contents ». Ils ont laissé s’écrouler les cent kilomètres de routes et pistes de la commune (« C’est Diên Biên Phu quand il pleut ») et ne sont même pas fichus de dire « bonjour » aux jeunes du « Goutailloux ».

Le maire sortant, son successeur, en prend plein la truffe (il n’a pas souhaité nous parler) :
« Il est taillé pour le septième arrondissement de Paris. On ne se présente pas comme ça, sans connaître la vie de la commune. Il faut savoir quoi dire aux enterrements. »

« Village cherche son boulanger »

Pétrie dans cette ambiance (en moins manichéen), l’association « Vivre à Tarnac » enchaîne les réunions. A lire les compte-rendus, on débroussaille le malaise de la ruralité - joyeusement toujours. Entre AG, forum et autogestion. Ce serait presque une ébauche des « comités de base » évoqués dans « l’Insurrection qui vient », le bouquin anonyme au centre de l’« affaire ».

On croise justement Catherine et Pierre, autres colistiers à gauche, qui font la tournée de collage des affiches électorales. C’est bouclé en dix minutes et Pierre, un moustachu buriné, ancien prof de collège militant à Mantes-la-Jolie, respecté dans le coin comme une « tête bien faite », se lance sur les problèmes du village :
« Avec le papy boom, d’ici dix ans, il n’y aura plus un médecin sur la Montagne limousine. L’agence régionale de santé travaille à développer un système de docteurs nomades, qui font une tournée dans des lieux équipés dans les villages [PDF]. Encore faut-il faire partie de ce réseau de santé, ce qui n’est pas le cas de Tarnac actuellement. »

Le petit-commerce est un autre souci. En plus du Magasin général, un boulanger s’est installé dans le village, reprenant une boutique fermée depuis plusieurs mois. Christophe « der franzose » - un drôle de gars venu de Berlin - a répondu à l’annonce « Village cherche son boulanger ». La boulangerie rouvre début novembre 2013, mais le nouveau gérant n’est pas sûr de pouvoir tenir :
« Il n’y a juste pas assez de clientèle. Je vends au maximum pour soixante euros chaque jour. Allumer le four me coûte déjà 85 euros en électricité et en fioul... »

Du côté de l’hôtel-restaurant, l’ambiance n’est pas plus jouasse. La patronne et son compagnon ont punaisé des affiches « Sauvons la proximité » sur les fenêtres et font signer une pétition à leurs clients pour protester contre la hausse de la TVA qui les étranglerait financièrement.

Si tout cela ferme, il ne restera plus que le Magasin général et la maison communale, louée dans un sfumato juridique à des personnages âgées encore valides, qui préfèrent rester sur la place du village plutôt que de s’enfermer dans la maison de retraite de Bugeat.

Une « sécession avec le nihilisme dominant »

Une fois bouclé le panorama des desiderata, les deux colistiers renâclent à jaser sur l’autre liste et préfèrent parler sagement d’un « mandat pour ressouder le village ». Catherine explique qu’il a fallu pousser les gens du Goutailloux à s’inscrire sur les listes électorales. La vasouille institutionnelle, ce n’est pas leur truc.

Il est vrai qu’on est étonné de voir Benjamin mettre en avant ses études en administration et droit public et ses « expériences professionnelles dans des institutions nationales et européennes ». Voilà une présentation pépère qui tranche avec la conception politique décrite, par exemple, dans cet appel au don :
« Ce qui se constitue, ce ne sont donc pas des îlots, des oasis, des niches existentielles au milieu du désert néo-libéral, mais de véritables mondes, une sorte de condensation territoriale de forces, d’idées, de moyens et de vies qui attirent magnétiquement tout ce qui fuit, tout ce qui déserte, tout ce qui fait sécession avec le nihilisme dominant. »

Comme toujours, ils préfèrent rester discrets. Dommage, on aurait aimé comprendre. On pensait que le « dehors partiel » à « l’ordre vermoulu » se manifestait hors du grillage administratif. Benjamin concède que « l’électoralisme » n’est pas son truc mais la situation rendait, selon lui, utile sa participation, tout comme celle de Manon.

Le budget de la commune en guise de tract

Les gaillards de la liste « conservatrice » n’en sont pas moins inquiets et font campagne en répétant qu’il faut « être réaliste » : gérer en bon père de famille les 617 000 euros de budget de la commune, acheter les tracteurs, payer les cantonniers et la secrétaire de mairie. Pas de bidules zarbis noyautés par des gauchistes ténébreux.

En guise de tract, Jean-François a ainsi prévu d’imprimer le budget de la commune pour souligner le niveau d’endettement en 2008, les impayés de Jean Plazanet, qui - il est vrai - ne se vante pas d’une gestion financière au couteau (« Plus on emprunte, plus les gens sont contents. »).

Il nous conseille d’aller faire un saut à Faux-la-Montagne, un village de taille équivalente, à une dizaine de kilomètres : « Là, ils ont pris la mairie. » Dans une coopérative du bourg, on nous explique plutôt que la maire est issue d’une communauté de néoruraux installée là dans les années 80. L’élue est proche d’Europe-Ecologie les Verts.

« Quand des êtres se trouvent, s’entendent »

Au retour, on croise près du cimetière un gars de Bugeat, content que dans sa commune il n’y ait qu’une seule liste. C’est un philosophe, venu fleurir la tombe de sa femme : « Ici, au moins, tout le monde est d’accord. »

Il en viendrait presque à citer la prose du « Comité invisible » :

« La commune, c’est ce qui se passe quand des êtres se trouvent, s’entendent et décident de cheminer ensemble. »

Le problème du village, justement, c’est qu’on ne choisit pas d’y vivre en commun.