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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Prison de Villabona (Espagne) : Quelques mots de Francisco Solar sur l’Opération Pandora
Article mis en ligne le 25 mars 2015
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Nous diffusons quelques mots du compagnon anarchiste Francisco Solar sur l’Opération Pandora, alors qu’ils nous parviennent après avoir passé le contrôle des communications et le retard que cela provoque. Nous rappelons qu’actuellement, les 11 compagnon-nes qui avaient été arrêté-es dans le cadre de cette opération, et dont 7 avaient été mis-es en prison, sont à présent tous et toutes dehors, avec des charges et sous contrôle judiciaire.

Hallucinations, intimidation et contrôle. Texte du compagnon Francisco Solar à propos des arrestations de l’Opération Pandora

" On nous poursuit ? Et bien, c’est logique qu’on nous poursuive, parce que nous sommes une menace constante contre le système qu’ils représentent. Pour qu’on ne nous poursuive pas, nous devons nous conformer et nous adapter à leurs lois, nous intégrer à leur système, nous bureaucratiser jusqu’à la moelle et être de parfaits traîtres…. Mais. Voulons-nous être ainsi ? Non. Alors, notre pratique quotidienne doit se nourrir de notre imagination créatrice, notre force réside dans notre capacité de résistance. Ils pourront nous briser, mais nous ne devons jamais plier devant personne
- Buenaventura Durruti-

Les explications du coup répressif du 16 Décembre sont sans doute nombreuses et très variées, des causes générales et spécifiques peuvent s’entrecroiser pour tisser les filets délirants du pouvoir qui ont mené à l’incarcération de nos ami-es et compagnon-nes.
L’une des causes générales a peut être à voir avec l’inauguration et la mise en œuvre de la Loi de Sécurité Citoyenne, connue comme “Ley Mordaza” (NdT : loi bâillon). Celle-ci, avec le durcissement du code pénal qui rétablit la condamnation à perpétuité, fournit un cadre destiné à exercer un contrôle plus efficace de la part de l’autorité qui se blinde dans sa paranoïa constante. Les peines pour atteinte à l’autorité, pour troubles à l’ordre public et pour désobéissance se durcissent, de même que sont punies les protestations sociales comme celles menées pour le 15M (Ndt : Mouvement des Indignés) ou la PAH (Plateforme des Affectés par l’Hypothèque immobilière). Les secteurs progressistes et sociaux-démocrates affirment que par là l’État “laisse moins d’espace de liberté” et qu’on “criminalise la lutte pour les droits”. Comme on le voit, ce tour de vis de l’appareil juridico-repressif attaque le citoyen, c’est-à-dire, ceux qui luttent pour plus et de meilleurs droits, pour plus et une meilleure démocratie, pour obtenir un plus haut niveau de participation dans l’administration de la misère.
Liberté et droit, cela sonne de manière contradictoire. En tant qu’anarchistes, nous comprenons qu’en octroyant plus de droits, l’État se renforce et que notre soumission n’en est que plus grande. Ce n’est pas en étant plus subtile, plus démocratique, que l’oppression cessera d’exister, au contraire, elle se naturalise en se faisant invisible et en ressort renforcée. Nous refusons donc la catégorie de citoyens, nous cherchons inlassablement et obstinément à être des individus libres et nous ne sommes pas disposé-es à mendier plus de maillons à nos chaînes. La lutte pour les droits citoyens n’est pas la nôtre.
Il est donc probable que sur ce chemin de durcissement des mécanismes de contrôle, le pouvoir ait voulu frapper les anarchistes dans une claire volonté d’intimidation qui fait savoir à tous les conséquences du fait de prendre position contre lui. Ce n’est pas nouveau. En de nombreuses occasions le pouvoir a “eu recours” aux anarchistes pour expérimenter ses adaptations et modifications légales destinées à se renforcer.
Le développement indéniable des protestations de rue l’année dernière à Barcelone, tant en nombre qu’en intensité, peut être une autre cause de l’incarcération de nos ami-es. La disparition de la peur dans les manifestations est notoire et notable, ce qui implique un refus en pratique des valeurs civiques propres au comportement citoyen. Durant quelques instants, les jeunes prennent le contrôle de leurs vies en rompant avec l’ordre établi et c’est la propagation et l’extension de ces moments fugaces que le pouvoir tente de freiner avec sa stratégie classique ; répression et prison pour celles et ceux qui revendiquent explicitement et publiquement la Libération Totale.

Le F.I.E.S en prison et dans la rue

Au delà des causes découlant du cadre général de contrôle comme la création de la loi de Sécurité Citoyenne et le durcissement du code pénal, on se trouve aussi face à la tactique répressive utilisée par différents états-nationaux contre des mouvements anarchistes qui se traduit par des emprisonnements massifs avec des accusations aussi imprécises que celle de terrorisme. Marini, Cervantes (Italie), Caso Bombas (Chili), Ardire (Italie) et cette nouvelle Opération Pandora (Espagne) font partie de la même logique et sont des exemples d’une stratégie qui, plus que s’attacher à déterminer des responsabilités quant à des faits concrets, frappe des espaces anarchistes spécifiques en essayant ainsi d’exercer un contrôle de fer sur l’anarchisme en général. Mesures spéciales de sécurité en prison, filatures et écoutes téléphoniques dehors. Le contrôle est constant et direct et s’élargit à différents et de multiples espaces en utilisant plus de et une meilleure technologie. Que les personnes arrêtées soient ou pas responsables des actions dont on les accuse (ce qui en l’occurrence constitue aussi une énigme), n’intéresse guère le pouvoir, ce n’est pas le propos -cela est évident, entre autres nombreux aspects, de par le manque, voire l’absence des accusations. On cherche à exercer un contrôle direct à base de baffes permanentes dont l’objectif principal est de provoquer l’inaction et la démobilisation. Si ces coups répressifs entraînent la mise sous enquête et par conséquent la surveillance d’une grande partie du mouvement anarchiste et même de certains secteurs gauchistes, l’application du droit pénal de l’ennemi définie par l’idéologue nazi Carl Schmitt et l’entrée en prison qui en suit ne sont réservées qu’à quelques-un-es ; à celles et ceux qui revendiquent sans ambiguïtés l’affrontement contre le pouvoir, qui insistent sur l’autonomie et la liberté sans restrictions sans se laisser porter par des mirages citoyens ou d’indépendance nationale, qui utilisent toute leur créativité et leur volonté pour construire des réseaux de soutien et de solidarité avec leurs prisonnier-es. C’est une constante dans tous les assauts du pouvoir dans différents pays, et je pense que l’incarcération de nos compagnon-nes et ami-es ne fait pas exception.

Francisco Solar Domínguez
Centre.Pénitentiaire.Villabona-Asturias
Module d’Isolement.

Pour leur écrire :

Francisco Javier Solar Domínguez
C.P. de Villabona
Finca Tabladiello s/n
33271 Villabona-Llanera (Asturias)

Mónica Andrea Caballero Sepúlveda
Ávila-Prisión Provincial
Ctra. de Vicolozano s/n
05194 Brieva (Ávila)

[Traduit de l’espagnol d’Indy Barcelone, 24 mar 2015 ]