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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Le temps des Bouffons d’Etat
Article mis en ligne le 27 avril 2015
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Notre force ne naîtra pas de la désignation de l’ennemi, mais de l’effort fait pour entrer les uns dans la géographie des autres.”
Comité invisible, A nos amis, octobre 2014, p. 231

On pourra notamment relire :
Blanqui à Venaus, 28 novembre 2014
Mort de Rémi et affrontements : les récupérateurs radicaux sortent du bois, 1er novembre 2014
Tourner autour, Une critique de « L’insurrection qui vient », in A Corps Perdu n°3 (Paris), août 2010


La première interview du Comité invisible est dans le journal allemand “Die Zeit”

Les Inrocks, 27 avril 2015 à 12h16

Le Comité invisible a accordé une interview au grand hebdomadaire allemand “Die Zeit”, dans laquelle il répond en conservant l’anonymat : des citations de Marx, Blanqui et d’autres révolutionnaires se font ses porte-voix.

Le Comité invisible, auteur aux éditions La Fabrique en 2007 de L’insurrection qui vient, et fin 2014 d’A nos amis, est comme son nom l’indique insaisissable. Depuis la parution de son premier essai politique, on ne sait pas qui se cache derrière, et ses auteurs refusent obstinément d’apparaître en public ou d’accorder la moindre interview au prétexte qu’ils ne se considèrent pas comme des “auteurs” – on conçoit effectivement à les lire que l’autorité, c’est pas leur truc.

Une interview inopinée

Quelle ne fut donc pas la surprise des animateurs du site Lundimatin, lorsqu’ils découvrirent que le mystérieux Comité avait accordé un entretien au journal hebdomadaire allemand Die Zeit dans son édition du 23 avril. Ils en ont traduit des extraits ici. La publication de cet entretien intervient à l’occasion de la parution en Allemagne d’A nos amis, traduit aux éditions Nautilus ce mois-ci.

Nous nous sommes procuré le volumineux journal de centre gauche, dirigé par l’ancien chancelier fédéral social-démocrate Helmut Schmidt. C’est à la page 49, dans la rubrique “littérature”, qu’apparaît l’interview sur une pleine page. Elle est surmontée de quatre photos d’émeutes récentes – à Kiev, Seattle, Istanbul et Gênes – et porte un titre aux accents évidemment révolutionnaires : “La colère gagne du terrain.” D’emblée Die Zeit prend ses distances vis-à-vis du Comité, en expliquant qu’il lui a répondu “par écrit sur sa relation douteuse à la démocratie et à la violence”.

L’introduction du texte insiste encore en réduisant le second manifeste du Comité à une apologie de la violence : “N’y a-t-il que la violence qui puisse lutter contre la domination du capitalisme ? C’est ce que croit le Comité invisible d’extrême gauche.”

Pour conserver leur anonymat, les membres du Comité invisibles se cachent derrière des penseurs. Ainsi chacune de leurs réponses est une citation empruntée à Nietzsche, Foucault, Marx, Kafka ou encore Blanqui (entre autres).

A la première question du journal : “Contre qui l’insurrection qui vient doit-elle se diriger ? Comment définir son adversaire politique dans le contexte de la jungle postmoderne ?”, le Comité invisible répond par l’intermédiaire d’un révolutionnaire allemand méconnu du… XVIe siècle, Thomas Müntzer, disciple radical de Luther :

Les seigneurs s’y entendent très bien par eux-mêmes à faire que le pauvre leur devienne ennemi. Ils ne veulent pas mettre un terme à ce qui cause les insurrections. Comment voulez-vous que tout cela finisse bien ?

L’interview fournit donc des clés de compréhension non seulement du projet du Comité mais aussi de sa situation dans le mouvement révolutionnaire.

Catéchisme révolutionnaire

Lorsqu’on leur demande s’ils s’inscrivent ”dans la tradition de l’anarchisme français” et “quels sont [leurs] modèles”, ils citent l’anarchiste allemand Gustav Landauer :

Jusqu’ici les anarchistes eux-mêmes sont essentiellement demeurés des systématiques extrêmes, au fond leur anarchie est un concept étroitement ficelé (…). L’anarchie n’est pourtant rien de si froid et de si clair que les anarchistes la conçoivent ; quand l’anarchie deviendra un rêve sombre et profond, au lieu d’être un monde accessible au concept, alors leur éthos et leurs habitudes deviendront de cette même sorte.”

Fidèle à ses principes, le Comité invisible semble donc avoir fourni un travail collaboratif et international pour collecter ces citations qui tombent toujours à pic, en dépit des contextes divers dont elles sont extraites. Si certains aphorismes plongent le lecteur dans un abîme de perplexité, ils disséminent un catéchisme révolutionnaire aux quatre vents, et témoignent d’une mémoire vive des expériences et des théories révolutionnaires passées – mais pas dépassées selon le Comité invisible.