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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Paris : une (petite) raison de plus pour s’opposer à la construction du nouveau Palais de Justice
Article mis en ligne le 11 mai 2015
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"La question n’est donc pas d’assigner à l’Etat le monopole de la violence, ni de transformer chaque individu en parfait non-violent. Il ne s’agit pas d’effacer les conflits de notre vie, mais de les affronter dans leur singularité. Leur résolution doit être recherchée par ceux qui sont directement impliqués, sans la déléguer à des institutions extérieures (l’Etat), sans la délimiter à des espaces circonscrits (les tribunaux), sans se contenter de réponses automatiques écrites par d’autres (un code)."
Pour régler les comptes, Diavolo in corpo (Turin) n°3, novembre 2000

Bien sûr, au delà de tout détail sur ses spécificités, un Palais de Justice, ancien ou moderne, géré par l’Etat ou en partenariat avec Bouygues, d’une seule salle d’audience ou de 90 est une monstruosité. Cela vaut pour ceux déjà en fonctionnement comme pour celui en construction à Paris aux Batignolles (17e), qui abritera en rab le nouveau siège ultrasécurisé du 36 quai des Orfèvres, avec double tunnel reliant ce service au tribunal et vers le boulevard Berthier.

Il y a quelques jours, un nouveau détail sur le fonctionnement interne du futur Palais d’infâmie vient de sortir. On se souvient que lors du procès de "Mauvaises Intentions" pour "terrorisme" en mai 2012, les RGPP avaient utilisé une vitre sans teint située dans une pièce réservée aux témoins convoqués pour les procès de la 17e chambre, et donnant sur les couloirs pour prendre tranquillou en photo au téléobjectif tous les camarades et compagnons venus en solidarité. Dans le futur Palais de Justice, tout sera bien sûr sous caméras et évitera ce genre de tours de passe-passe.
Mais il y a mieux, puisqu’on vient d’apprendre qu’il existera aussi une salle de presse où les audiences seront retransmises en direct pour les journaflics. Ce qui signifie d’une part que tous les procès seront filmés et enregistrés, et d’autre part qu’en plus des "services spécialisés" qui auront tout loisir de les disséquer au chaud sans se fatiguer à prendre des notes et à se faire prendre la tête par les proches des inculpés ou des déferrés, les charognards de la presse disposeront de ce même privilège. Bien sûr, leur proximité avec le pouvoir n’est un mystère pour personne, en témoigne par exemple le fait qu’ils ont un banc réservé, généralement sur la gauche du tribunal, à portée de main du procureur. En même temps, on n’imagine pas que des places puissent être accordées si près du boucher-en-chef à des inconnus, par principe moins dociles qu’un journaflic.

Cette info sur la retransmission en direct des procès au bénéfice des larbins du pouvoir -avec ou sans carte de presse- dans un salle à part, est sortie parce que L’Association de la presse judiciaire s’est plainte qu’en échange, toutes les communications internet et les réseaux de téléphones portables seront brouillées dans les salle d’audience, et qu’ils n’y auront plus de bancs réservés (les premiers rangs du public devront en outre se trouver à au moins quinze mètres du procureur selon la nouvelle norme). Le tout justifié, comme c’est de coutume, pour des raisons de "sécurité"*.
Un chantier, c’est bien sûr les architectes qui l’ont dessiné, les entreprises qui le construisent, les banques qui le financent, les ingénieurs qui le gèrent, mais aussi les politiciens qui l’ont pensé ou les journalistes qui le justifient au quotidien. C’est enfin tout ce qui le rend acceptable socialement, notamment pour ce projet de Palais de Justice, la défense de la Loi et de sa nécessité, le recours à cette dernière en cas de conflit et la soif autoritaire d’incarcération qui en découle nécessairement.

Tout projet de la domination peut être empêché et saboté, c’est d’abord une question d’imagination et de détermination. Il n’est jamais trop tard pour bien faire !

* (ajout) Le 12 mai en toute hâte, le ministère de la Justice a annoncé l’abandon du "brouillage" en salles d’audiences, mais pas les 15 mètres réglementaires pour protéger le procureur, et encore moins l’ "espace dédié" spécial charognards pour "les procès médiatiques et sensibles".