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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Le temps des Bouffons (bis) : le plan média du "bibliothéquaire" J. Coupat et de ses amis
Article mis en ligne le 12 mai 2015
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Affaire de Tarnac : Coupat appelle à la révolution, « la moindre des choses »

Le Parisien | 12 Mai 2015, 12h08

Terroriste, la justice tranchera. Libertaire [sic] et révolutionnaire, assurément. Julien Coupat, tête pensante du groupe de gauche radicale de « Tarnac », a décidé de prendre la parole.

S’il s’exprime, ce mardi sur France Inter, et mercredi dans L’Obs, c’est parce qu’il s’oppose à deux récentes lois votées par le Parlement français, la loi sur le terrorisme à l’automne dernier, et celle sur le renseignement, en première lecture la semaine dernière.

Deux jours après le vote, par l’Assemblée, de ce dernier texte qui donne d’importants moyens aux services de renseignement français, le Monde a révélé que, sur les huit personnes restant mises en examen, Julien Coupat, sa compagne Yildune Lévy et son ancienne compagne Gabrielle Hallez pourraient être renvoyés en correctionnelle pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » si les juges anti-terroristes suivent les réquisitions.

Le parquet de Paris estime avoir suffisamment d’éléments pour démontrer qu’en 2008 le groupe de Tarnac a tenté de saboter des caténaires du TGV au moyen de fers à béton. Si l’affaire de Tarnac se déroulait en 2015, « tous les gens qui nous ont soutenus seraient aujourd’hui passibles d’apologie du terrorisme, seraient intimidés », avance-t-il.

«  Le lendemain du vote d’une loi que tous les gens censés jugent scélérate, le parquet a l’impudence de maintenir l’incrimination de terrorisme dans l’un des plus grands fiascos de l’antiterrorisme des dix dernières années », condamne-t-il.

Celui qui se présente comme un « bibliothécaire », refusant de dire de quoi il vit, probablement dans une frugalité choisie, déroule alors son discours : « On est prêt à accorder un pouvoir accru à des gens à qui je ne confierais pas ma fille. (…) Quand on parle de donner plus de pouvoir aux services de renseignement ; nous, nous avons connu, nous savons que ce sont des menteurs, ils n’ont aucun scrupule à masquer des opérations politiques sous des faits criminels ».

Coupat n’en démord pas : «  Décider qu’un acte est terroriste relève toujours d’une décision d’État, c’est une décision politique pour en déduire un flicage général de la population ». Et d’ajouter dans l’hebdomadaire : « Nous nous battons parce que l’on a tenté et que l’on tente encore de nous détruire, de rayer définitivement de la carte la possibilité politique dont l’État a fait de nous un exemple ».

« Une révolution en France aujourd’hui serait la moindre des choses »

Quid des attentats de janvier et de la menace terroriste, qui justifient une partie des mesures gouvernementales pour le renseignement ? Coupat et « quelques camarades » rentraient du Chiapas mexicain. L’atterrissage à Paris le 8 janvier est « un cauchemar », « tous les uniformes » qui déambulent dans la capitale au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo «  et à la télé plastronnaient toutes les pourritures qui ont présidé à nos arrestations », affirme le jeune homme, âgé de 40 ans.

« Ce qui est diabolique dans cette affaire », explique-t-il à France Inter comme à L’Obs, est qu’« une figure comme Cabu pour notre génération, c’était RécréA2. Moi et mes camarades nous n’imaginions pas être un jour les contemporains d’une attaque à l’arme lourde contre le club Dorothée ».

Quant au 11 janvier, journée durant laquelle plusieurs millions de personnes ont marché contre le terrorisme et pour défendre la liberté d’expression, il s’agit, pour Julien Coupat, d’une « manœuvre gouvernementale obscène pour s’approprier un choc, un état d’extrême vulnérabilité et la tentative réussie à ce jour de retourner en élément de manipulation de la population un événement terrible ».

Posé, plein d’assurance, Coupat devient moins bavard quand il s’agit d’appeler à la révolte. « Une révolution en France aujourd’hui serait la moindre des choses » pour éviter «  la fuite en avant dans un contrôle généralisé des populations » ou « le fascisme », conclut-il sans nuance.


Mathieu Burnel, l’ami invisible

Libération, 8 juin 2015 à 18:56

PORTRAIT Membre du groupe de Tarnac, l’activiste dénonce la politique antiterroriste française et la loi sur le renseignement.

Sous quelque angle qu’on le prenne, ce portrait est sans issue. Ce n’est pas la moindre de ses vertus. A ceux qui voudraient absolument comprendre, Mathieu Burnel dérobe tout appui. A qui parle-t-on ? Au « je », au « nous » ou à l’autre ? Au groupe de Tarnac, au Comité invisible ou aux fantasmes d’une révolution qui ne vient pas ? Un peu tout à la fois sans doute. Lorsqu’on contacte l’activiste de 34 ans, il refuse poliment mais un peu moqueur. Boire un coup, oui, avec plaisir, mais le portrait de der de Libé, hors de question. « C’est la page des cons. » Aucun intérêt pour lui de mettre sa vie à nu, il n’a rien à vendre. En mai, juste avant que la loi sur le renseignement ne soit examinée à l’Assemblée, le parquet relance l’affaire de Tarnac. Julien Coupat monte au front. Interview par courriels avec l’Obs, passage chez Léa Salamé sur Inter. On retente notre chance avec Burnel. Il accepte, d’une étrange phrase : « Puisqu’on est parti sur un mode roue arrière, je veux bien. »

Le 11 novembre 2008, la police arrête neuf personnes. Elle les accuse de terrorisme pour avoir saboté des caténaires SNCF. Emballement généralisé, les politiques et la presse, dont Libération, déraillent contre ces « dangereux » activistes d’ultragauche. La petite épicerie que le groupe tient à Tarnac, charmant village du Limousin, devient célèbre. Tout comme l’Insurrection qui vient, pamphlet poético-révolutionnaire. Ecrit par le mystérieux Comité invisible, il est décrit par les autorités comme le petit manuel du terroriste en puissance. Pourtant, pas de mode d’emploi pour fabriquer des bombes, mais des envolées lyriques contre la vie capitaliste stupide et bête qui nous est faite.

De nombreuses incohérences apparaissent dans le travail des policiers. L’opinion se retourne. Coupat sort au bout de six mois. Burnel, arrêté à Tarnac, fait quatre-vingt-seize heures de garde à vue. Sa maison, à Rouen, est fouillée de fond en comble. Sur le chemin de La Conjuration des fourneaux, restaurant associatif rouennais dont il est l’un des fondateurs, il se souvient de la pression psychologique, de la lumière qui ne s’éteint jamais et des repas dégueulasses, « on a tous perdu trois kilos ». Il fustige la politique antiterroriste de l’Etat, « un mode de gouvernement qui s’attaque à la population ». La loi sur le renseignement, votée ce mardi au Sénat, ne va rien arranger. Depuis deux ans, il s’est lancé dans une thèse sur le sujet. Il ne la terminera jamais mais cela lui permet de donner des cours de socio. Bon an, mal an, il gagne avec divers boulots entre 1 000 et 1 300 euros par mois, trouve que c’est pas mal du tout.

Derrière son air assuré, l’idée du portrait l’inquiète.« Je pense qu’il faut le faire, ça me coûte énormément mais j’étais le seul du groupe à bien vouloir. » Il utilise un champ lexical militaire : « Les médias sont un milieu hostile, étranger, ce n’est pas pour ça que tu ne dois pas opérer dessus. » Le Comité invisible a fondé une partie de sa démarche politique sur l’anonymat complet des auteurs. Ce n’est pas un « je » qui va se soulever contre l’Etat oppresseur mais un « nous collectif ». « Une quarantaine de personnes ont participé à l’écriture de l’Insurrection… On s’en fout de savoir qui a mis telle virgule », se justifie-t-il. Il souligne l’importance de ce « regard transversal », la nécessité, pour pouvoir agir, de « repenser une stratégie révolutionnaire ». Sept ans après, une suite est sortie, A nos amis. Plus concret, l’ouvrage note que les insurrections sont venues en Grèce, en Espagne, dans les pays arabes, et qu’il va falloir désormais ne pas être « les cocus de l’histoire ».

Salade d’été aux pois chiches, escalope milanaise, gâteau au yaourt pour 10 euros, Mathieu Burnel parle vite. Il ponctue ses phrases de « mais ça, il ne faut pas le dire ». Le Comité invisible nous a agacés parfois par sa suffisance. Dans leurs écrits, les auteurs lancent des affirmations, s’amusent à réduire en charpie toute opposition. Mathieu Burnel, lors de son passage à la télé chez Taddeï, en octobre, était entré sur le plateau comme un boxeur sur un ring, dégoupillant à tout va, annonçant, pour résumer, l’écroulement prochain du monde capitaliste. Au calme, il est bien plus complexe. Il entrecoupe ses phrases de doutes et de nuances. Pour parler de Tarnac, du fonctionnement de la police ou de l’Etat, il pose une, deux ou trois hypothèses. Il blague, a du recul sur lui-même et les actions du groupe. « C’est un chic type », juge un spécialiste du dossier.

Mère aide-soignante, père professeur de sport, il grandit dans une cité de Rouen. A la maison, on ne lit pas et on vote à gauche par principe, sans trop y réfléchir. A l’école, où il s’ennuie profondément, Burnel préfère traduire les chansons de groupes de punk-rock. Ado, la découverte des situationnistes est une révélation pour lui. Il se souvient d’une phrase : « Faire la révolution, c’est faire de la vie une aventure. » Il décide de l’appliquer, absolument effrayé par l’idée d’une route toute tracée. Il admire Foucault, trouve la théorie du rejet du travail de Raoul Vaneigem fantastique. Il joue dans un groupe, se balade en Europe, valide ses années de socio à la fac de Rouen sans jamais vraiment y aller, puis monte à Paris. Les dates sont parfois floues, à dessein, tout comme celle de sa première rencontre avec Coupat. En avril, les deux activistes sont allés rendre visite à Julien Assange à Londres, reclus à l’ambassade d’Equateur. A nos amis pose la question du rapport à Internet, à Google, de la manière dont les réseaux peuvent être utilisés à bon escient.

Chez lui, une petite maison près du centre avec un jardin où il fait pousser des patates, le bordel est joyeux. Des jouets, Lego, figurines de Star Wars, traînent un peu partout dans le salon et la cuisine. Une Wii U est cachée dans un coin. Séparé de sa compagne, activiste du même groupe, il aime y jouer avec ses deux enfants, 5 et 7 ans. Cela ne ressemble pas vraiment à l’antre d’un dangereux terroriste. Comme dans la conclusion d’Appel, le premier ouvrage attribué au Comité invisible, il parle de la ligne de crête sur laquelle il faut tenter de se maintenir : « Pour Dumézil, toute force est toujours composée de trois figures : paysans, moines, guerriers. Pour nous, c’est la même chose. Si on est simplement des paysans, on passe pour des néo-ruraux un peu paumés. Si on est des moines, on est des intellectuels français et ce n’est vraiment pas souhaitable. Si tu n’es que guerrier, tu deviens une avant-garde isolée de la lutte armée et tu te fais choper au bout de trois mois. » Il espère que cette ligne de crête sera suffisamment large pour que « tous ceux qui entendent » puissent un jour y marcher et y vivre.

22 octobre 1981 Naissance à Rouen (Seine-Maritime). 2007 Publication de l’Insurrection qui vient par le Comité invisible. Novembre 2008 Arrestation du groupe de Tarnac par la police. 2014 Sortie d’A nos amis par le Comité invisible.


Affaire Tarnac : « La justice réalise que c’était du vent »

La Montagne, 13/08/15 - 08h30

Un énième épisode est venu, il y a quelques jours, ponctuer le film rocambolesque de l’affaire de Tarnac. Sur le plateau de Millevaches, la stupeur l’emporte sur le contentement.

« Tout le monde nous dit “vous devez être contents”, mais en réalité, il n’y a aucune raison d’être contents. On apprend qu’au bout de sept ans et demi à nous pourrir la vie, finalement, la justice réalise que c’était du vent. »

Pour Mathieu Burnel, l’un des mis en cause, le renvoi en correctionnelle de la juge d’instruction, est « scandaleux ».

« Dans le fond de cette ordonnance de renvoi, les faits reprennent toujours, tel quel, la version policière. Ce n’est absolument pas une victoire pour nous. La justice a été obligée de redescendre d’un cran, très certainement parce qu’il fallait recrédibiliser l’antiterrorisme, mais ce n’est pas par bonté, ni par un retour à la raison. »

Ce retournement de situation est dû, selon Benjamin Rosoux, à la pression, assez intense, qu’a pu subir la juge d’instruction. « Pour elle, il y avait une sorte d’enjeu à ne pas être exactement là où on l’attendait, c’est-à-dire ne pas recopier tel quel le réquisitoire. »

En ce qui concerne l’appel, la surprise est encore plus grande. Pour Mathieu Burnel et Benjamin Rosoux, la juge a permis au parquet de « donner l’impression d’une sorte de modération ». « Le parquet tend le bâton pour se faire battre. Il se révèle jusqu’au-boutiste. Si on a un procès pour terrorisme, ce sera évidemment le procès de l’antiterrorisme. » « C’est une bataille idéologique. Ce sur quoi ils ne veulent pas lâcher, c’est leur capacité à jouer la notion de terrorisme un peu comme ils l’entendent. Le risque, c’est que cet outil là soit rogné et borné par une jurisprudence sur l’affaire de Tarnac. »

Une affaire atypique car rendue publique

Cette dernière dure depuis plus de sept ans, et a connu de nombreux rebondissements. Avec ce nouvel épisode, le dossier va très certainement durer encore plusieurs mois. Mais, visiblement, aucune des deux parties n’entend lâcher prise. « Ce que cette affaire a d’atypique, ce n’est pas la manière dont elle a été menée par la police, mais le fait qu’elle ait été rendue publique et qu’il y ait eu du répondant. La seule chose qui a changé cette fois-ci, par rapport aux autres affaires de ce genre, c’est que les pratiques de l’antiterrorisme ont été mises en lumière. »


Les mis en examen de Tarnac ouvrent le débat sur la loi sur le renseignement

La Montagne, 02/06/15 - 07h10

Avec le passage devant le Sénat de la loi sur le renseignement, les dix mis en examen de Tarnac ouvrent le débat.

Depuis 2008, ils sont sous surveillance, bien plus que la majorité des citoyens. Et en ont appris beaucoup sur les méthodes du renseignement. De quoi apporter une voix, selon eux, dans le débat sur la loi sur le renseignement examinée dès aujourd’hui au Sénat. Et dont le projet est déjà passé en première lecture devant les députés, le 5 mai. Le lendemain, les dix mis en examen de Tarnac recevaient le réquisitoire du Parquet de Paris. Loin d’être une coïncidence selon eux. Le réquisitoire pourtant attendu depuis de longs mois d’une information judiciaire close depuis plus d’un an. Alors, ils prennent les devants et ont décidé de se mobiliser. Voire de constituer un collectif contre cette loi. Les 15 et 16 juin, ils organisent deux soirées débats à Tulle et Limoges. De quoi mobiliser par la même occasion l’opinion sur le principal axe de leur défense avant un éventuel procès.

« Durant sept ans, on a été sous surveillance alors on peut amener notre expérience au public sur les méthodes et les dérives des services, explique Gabrielle Hallez, mise en examen dans l’affaire Tarnac (*). On va montrer comment on a vécu dans l’intimité cette surveillance absolue et qu’on a aussi découvert durant l’instruction. Car ce régime spécial qu’on a vécu va être ouvert à tout le monde. »

« Avec cette loi, on donne tout pouvoir au Premier ministre et donc aux services de renseignements, poursuit Benjamin Rosoux, lui aussi mis en examen (**). On voit comment le pouvoir assume tout ce qui s’est passé, notamment avec nous, en légalisant des pratiques sans accord légal… Moi, je suis apparu suspect parce que je voulais me soustraire au fichage mais tout le monde est suspect au final… On supprime aussi tout droit de recours. Il est prévu une commission de contrôle consultative mais avec des dérogations à chaque fois pour contourner. C’est hallucinant de voir comment toutes ces lois passent aujourd’hui, il y a comme un effet de sidération mais il ne faut pas lâcher et réfléchir à une contre-offensive. Le principe de surveillance est entériné sans aucun contrôle possible. Nous, pour nous défendre, on s’est sans cesse heurté au Secret-défense. Là, dans la loi, le Secret-défense est entériné, l’alliance DCRI et SDAT renforcée. C’est l’inquisition avec les moyens de l’anti-terrorisme ! »

(*) Pour qui le Parquet a requis le maintien du contrôle judiciaire et un renvoi en correctionnelle pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

(**) Et pour lequel le Parquet demande le renvoi en correctionnelle pour refus de se soumettre à un prélèvement biologique.


fichiers joints

  • Gabrielle Hallez et l’élu Benjamin Rosoux posent pour "La Montagne" du 02/06/15
  • Mathieu Burnel et les élus Manon Glibert & Benjamin Rosoux posent pour "La Montagne" du 13/08/15
  • Mathieu Burnel pose dans "Libération" du 09/06/15