Marco Camenisch
Déclaration de grève de la faim



Le 18 janvier 2003, je commencerai une grève de la faim dans les bras de la torture, de l'isolement total et des privations dans la prison de Thorberg (suisse) pour une durée minimum de 30 jours, en prenant uniquement des tisanes aux herbes sucrées au miel et au sucre.

Mon initiative est dirigée directement contre la guerre que mènent ceux d'en haut contre ceux d'en bas, menée pour perpétuer et élargir la domination, les intérêts et les privilèges d'une petite minorité — toujours plus petite — contre toutes et tous, contre toutes les expressions de vies non soumises.

Cette guerre est conduite aussi par la répression, l'assassinat et la torture appliquées aux peuples, aux groupes et individus qui résistent, elle est également conduite contre les personnes incarcérées pour des faits de droits sociaux ou de résistance.

Les prisonniers et prisonnières appartenant au mouvement révolutionnaire et populaire de la résistance pour l'indépendance, la liberté, la lutte de classe et environnementale sont les premiers à subir les tentatives permanentes d'anéantissement physique et d'anéantir l'identité individuelle, sociale, politique et culturelle : par l'assassinat et la torture blanche et lente, par l'isolement individuel ou de groupe, par la dispersion et la déportation, par le refus de soins adéquats pour les personnes malades et gravement malades en refusant de les libérer ; par la privation des effets et moyens personnels, la privation d'activités physiques et intellectuelles ; par des conditions de vie et de détention invivables ; par l'humiliation et la persécution de la famille et des
amitiés solidaires.

C'est une guerre de conquête, d'occupation, un génocide, une exploitation de la vie humaine, animale, végétale et de toute la nature de la seule manière possible : par leur destruction. C'est une guerre rationalisée utilisant le racisme, le sexisme, la xénophobie, la hiérarchie entre humains et choses du monde, en divisant le tout avec la science, produisant ainsi la destruction de la solidarité et des conquêtes sociales, populaires et prolétaires, en détruisant les bases de la vie, nos richesses et celles des générations futures. Son arme de destruction massive est la civilisation industrielle et technologique, l'arme nécessaire pour l'affirmation et la survie du modèle de domination hiérarchique du monde marchand de production et consommation du Capital.

Mon initiative est un signe de solidarité avec toutes les expressions de résistances authentiques contre cette guerre, ses rationalités, ses aspects, ses causes, ses objectifs à court et moyen terme, contre sa finalité enfin.

Elle est en solidarité avec les luttes dans les prisons, les prisons de type E turques, les quartiers de torture FIES en Espagne, les prisons spéciales et le 41bis en Italie, contre tous les quartiers de torture et d'anéantissement de “ haute sécurité ” [“ Sécurité Maximale ”, MS dans la suite du texte] en Europe, aux Etats-Unis, en “ Amérique Latine ” et partout.

Elle est en solidarité avec les luttes de la résistance extérieure contre la prison, la torture et l'isolement, pour la défense et la libération des prisonniers “ communs ” et de ceux de la résistance, jusqu'à la disparition de tous les murs et de toutes les enceintes, de toute réclusion et exclusion.

Et elle est aussi un signe de solidarité avec les luttes radicales/révolutionnaires contre la domination, le militarisme, le patriarcat, la civilisation capitaliste, la hiérarchie, l'inégalité et
toute injustice.

CONTRE LE WEF (WORLD ECONOMIC FORUM)
SOLIDARITE AVEC LA RESISTANCE RADICALE
CONTRE LE WEF DES VA-T-EN-GUERRE
ET PROFITEURS DE GUERRE A DAVOS
PARTOUT ET TOUJOURS !

Cette rencontre répugnante des intérêts mondiaux au service des patrons et assassins des masses avec l'auréole de la sainteté pour organiser leur guerre totale et leur troisième guerre mondiale contre tout le reste et contre ce qui reste du monde, se passe dans mon petit pays du canton des Grisons. Elle se passe sur le dos de ceux qui subissent l'exploitation, des prisonniers (de la suisse) et sur la peau des milliers d'exploités et opprimés de tous les pays du monde entier. Elle se passe grâce à la loyauté fidèle et à l'activisme intéressé des patrons locaux et de leur appareil répressif, main dans la main avec les patrons et appareils répressifs de tous les pays. Le prétexte ridicule pour suspendre (manu militari) les soi-disant droits fondamentaux et l'autodétermination locale par le bas est la “ souveraineté ”, “ l'hospitalité ” et la “ sécurité ”. En réalité, il s'agit de compléter la privatisation, la domination, l'exploitation jusqu'à la dévastation dans les mains de quelques patrons de mon petit pays et de tous les pays du monde avec leur population, leur environnement, leurs ressources
et institutions !

Notre résistance mettra fin au WEF si elle est radicale et se développe dans la continuité et la solidarité active, critique et réciproque entre tous les niveaux et méthodes de la lutte, puisque chaque niveau et méthode est nécessaire et irremplaçable.

Davos s'affirmera définitivement et facilement en tout lieu et en tout temps si on oppose en face l'hésitation et l'espoir
du “ POSSIBLE ”.
Le dialogue, la collaboration et les accords avec le WEF sont déjà une division entre “ bons et méchants ” et un choix de camp qui fournit à l'auréole des assassins une force aveuglante. Dans le meilleur des cas, elle fera de nous des comparses pathétiques dans le théâtre des “ désobéissants ”, des gardes blancs et des domestiques, où encore une fois les patrons pourront de manière constructive mettre en scène la résistance contre eux-mêmes. La division entre “ méchants ” et “ bons ” ; la condamnation des premiers par ces derniers parallèlement à la propagande mensongère des médias bourgeois ; la condamnation de la contre-violence et autodéfense nécessaires de ceux d'en bas masquent et détournent les causes et l'immense violence des patrons et de leur Etat : en dernière analyse, c'est seulement une déclaration de loyauté avec les patrons et la propriété. Leur loyauté est servile et craintive car elle utilise une violence structurelle et crûment sanguinaire/militaire, extrémiste et fondamenta-lement terroriste, typique des patrons et de l'Etat, avec une prédisposition à l’utiliser démesurément ; Etre loyal envers la propriété, c'est aussi être loyal envers l'exploitation et l'oppression de soi-même et des autres.

C'est une loyauté envers l'exploitation, l'oppression et l'anéantissement des bases de nos vies et des générations futures, pour la domination, les privilèges et l'accumulation des richesses abstraites manquant de tout sens, par des patrons toujours moins nombreux et toujours plus dangereux.
Par conséquent :

ASSEZ DE CE MONDE FAIT
SEULEMENT POUR QUELQUES-UNS !
CE N'EST PAS POSSIBLE ,
UN AUTRE MONDE EST NECESSAIRE.
MAINTENANT !

Par mon initiative, j'informe et je proteste contre la continuation de la guerre de terreur des patrons, dont l'objectif est l'anéantissement de mon entourage social et politique solidaires, et donc contre la résistance radicale et la résistance authentique en générale par :

1) l'interdiction de la communication, des affects, de l'information, de la confrontation et de l'activité sociale et politique avec des procédures concentrées dans les mains de la juge d'instruction Claudia Wiederkehr, du parquet de Zürich, et avec la Minitodt (les explications suivent) du canton des Grisons et de la prison de Thorberg à Berne.
Alors même que la procédure judiciaire est close, la juge d'instruction détient le contrôle des enregistrements, et continue de saboter et d'interdire de manière objectivement infondée la correspondance, les parloirs et les coups de téléphone. La juge d'instruction touche le fond de l'infamie en interdisant tout coup de téléphone, même avec mes parents, bien que ma mère -vu son âge avancé, le fait qu'elle soit malade et la distance - ne soit pas en condition de voyager pour me voir.
Le courrier non strictement familial est soumis à restriction quantitative et thématique ; de même que les envois de timbres, livres et revues. Les coups de téléphone sont uniquement réservés aux conversations avec mon avocat.
Dans la section du MS, les machines à écrire, les crayons, les gommes, les livres et la presse en général (sauf à de rares exceptions près) et en particulier celle dont le contenu est politique en langue étrangère sont interdits.
Je ne sais pas si la juge consigne toute la presse qui m'est envoyée.
La correspondance entre ma copine italienne et moi, bien qu'en langue officielle suisse, subit des retards de plus de quinze jours.
La juge d'instruction Claudia Wiederkehr est la fille du chef de la NOK - AXPO (compagnie électrique qui a le monopole de la fourniture d'une grande partie de la Suisse, partie impor-tante de la mafia de l'atome suisse et international), Peter Wiederkehr de Altstat-ten (Zürich).
J'ai attaqué la NOK il y a 25 ans dans le cadre de la lutte de classe et antinucléaire. La juge d'instruction, dans ce même cadre, me poursuit pour des accusations et des faits qui datent d'il y a 23 ans (évasion) et 13 ans (mort d'un douanier). En Italie, pendant 10 années avant mon extradition survenue en 2002 et après dix années de cavale, j'avais une correspondance socio-politique régulière et illimitée avec un accès illimité à toute la presse, même politique et en différentes langues, je faisais des parloirs sans vitre, je téléphonais à ma mère, ma compagne, mon frère.
C'est pour cela que ces privations concertées peuvent être considérées comme faisant partie d'une vengeance politique et personnelle de classe de la part de la juge d'instruction, et indirectement comme l'application de la responsabilité pénale étendue à la communauté d'appartenance et familiale tout comme cela se faisait sous le régime nazi et dans les régimes totalitaires.
Elles peuvent être considérées comme une manière de garder le silence sur le montage policier et judiciaire visant à dénigrer ma lutte et, par extension, la résistance radicale en général : après une déclaration de culpabilité immédiate par les autorités locales et suisses et par leurs mass médias de façon extralégale comme officielle, le montage a été créé sur mesure avec plus ou moins d'habilité en utilisant des enquêtes qui n'ont rien à voir entre elles, en utilisant une construction, des faux, des chantages, des faux-témoignages de témoins, sans du reste être capables d'en éliminer les contradictions criantes.

2) Je suis “ soumis pour l'exécution de la peine (8 ans et seize jours), jusqu'à nouvel ordre dans la section MS de la prison centrale de Thorberg ”, à la disposition du Minitodt (le Département des constructions, du trafic et des forêts incorporé à l'office pour l'exécution des mesures et des peines, une association qui rappelle vaguement l'administration Todt qui a fonctionné dans l'Allemagne nazie jusqu'en 1945 et qui assignait comme main d'œuvre forcée dans l'industrie et les œuvres d'Etat les personnes emprisonnées
par le régime).

La Minitodt GR dirigée par le conseiller d'Etat, c'est à dire membre du gouvernement du canton des Grisons ainsi que chef négociateur du WEF (…), Stefan Engler, et par le signa-taire de la décision en question, K. Prader, est évidem-ment strictement liée au secteur privé et étatique de la production d'électricité et de la mafia de l'atome, et la peine qu'il me reste encore à expier fait partie de la condamnation à 10 ans prononcée en 1981 à Coira (chef-lieu des Grisons) pour mes attaques dans ce canton contre la NOK-la mafia de l'atome.

Cette décision omet entre autres :
— mes demandes concernant un rapprochement familial dans le Ticino, où ma mère et mon frère, domiciliés dans la vallée de Poschiavo, pourraient venir me voir et où ma femme, domiciliée en Toscane, n'aurait besoin de ne voyager qu'un jour au lieu de trois comme actuellement. Ces demandes ont été par contre défendues par le ministère de la justice de Zürich de la prison centrale de Pfäffikon, où après un mois et demi en MS, j'ai été placé en régime judiciaire commun.
— l'absence d'événements de “ relevance disciplinaire et pénale ” au cours de plus de 10 années de prison en Italie et les neuf mois de détention (jusqu'à mon transfert ici) dans la prison centrale de Pfäffikon à Zürich.
— la grande période de temps écoulé, l'importante détention dont j'ai déjà souffert, les modifications objectives survenues dans les présupposés, comme l'âge, l'état de santé et, socialement, parce que je ne propose plus d'activité révolutionnaire ultérieure qui comprenne aussi une militance clandestine et armée.
— la perspective de la “ réinsertion sociale ” (après une longue et efficace désocialisation faite de réclusion et d'exclusion de l'environnement géographique, social et culturel de langue italienne, correspondant à ma femme et à moi-même).

Il faut aussi affirmer avec clarté que, même sans ces présupposés, et de façon générale, une décision d'isolement total et de privation correspondent seulement à une volonté de vengeance et d'anéantissement, et non pas à leurs mensonges, c'est-à-dire le “ MS ”, vu que celui-ci n'a vraiment rien à voir, ou peut-être seulement marginalement, avec une quelconque sécurité objective.

3) Encore une lourde attaque contre la défense dans un procès politique déjà suffisamment ambigu.

Le 20 décembre 2002, mon avocat d'office, B. Rambert, a voulu me rendre une visite. La prison a voulu que le parloir se déroule avec des vitres blindées, vu que je suis en MS. Mon avocat a refusé.

La salle, avec cette vitre blindée et avec un dispositif d'écoute et d'enregistrement, empêche un travail réel oral et écrit pour la défense, c'est de plus une violation de fait du secret de la défense et du droit à une défense appropriée.
Déjà dans le passé, sur une initiative de la juge d'instruction et du vice-président du tribunal local de Zürich, Mr Hauri, on a tenté d'éliminer une défense appropriée, crédible et efficace. Après que maître B.R. a été pendant des années mon avocat de confiance en Suisse, ils lui ont tout à coup attribué une collusion d'intérêt et à moi un nouvel avocat d'office choisi par Mr Hauri. Après un recours au tribunal supérieur, celui-ci a annulé l'ordonnance en réinscrivant BR comme mon avocat de confiance de mon choix.
Pendant toute ma détention judiciaire en Suisse, les parloirs avec la défense se sont passés sans vitre de séparation.
Le règlement intérieur de Thorberg sur la “ MS ” permet entre autres de permettre d'avoir en cellule les papiers pour la défense en nombre limité ! Cette règle, pour l'instant, ne peut être appliquée uniquement parce que je n'ai pour l'instant avec moi que peu de papiers du procès pour ma défense.
Je dois actuellement passer les coups de téléphone avec la défense à l'aide d'un téléphone mobile situé sur la porte de la cellule, la porte blindée restant ouverte et avec les matons qui écoutent.

4) Dans la prison de Thorberg, la torture blanche avec l'isolement total et les privations est appliquée avec un zèle particulier et une indifférence sadique — détaillée plus haut. Certains détails ont déjà été exposés, tout comme les conséquences du “ MS ”, qui n'ont rien à voir avec la sécurité objective. Ce sont au contraire des mesures, règles et privations vides de tout sens, sinon celui de la torture et de l'humiliation quotidienne systématiques et arbitraires de la personne, au-delà de ses “ prémisses ” et de son “ comportement ”, dans l'objectif principal de me présenter et me placer au plus haut niveau comme un killer psychopathe et un crétin.
Ces “ mesures ” et “ règles ” sont en fait pour une grande part d'un niveau très élevé et exclusivement d'un crétinisme sadique qui ne peut être illustré et compris dans ce résumé (lacunaire) que d'une manière limitée.
L' “ exécution spéciale de la peine ” dans le bâtiment B “ des nouvelles constructions ” de Thorberg, comporte 40 places, dont 32 sont des cellules individuelles, en deux sections de “ sécurité II ”. La “ sécurité I ” est le quartier MS avec quatre cellules, l'ascenseur pour seul accès, des douches, un vestiaire. Nous sommes maintenant à deux sans aucun contact entre nous ou avec d'autres prisonniers. Chaque ouverture de la porte, de mouvements hors de la cellule ou du quartier, se déroule avec les menottes aux poignets, évitant toute rencontre avec d'autres détenus. La partie réservée aux détenus dans la salle des parloirs est accessible directement par le quartier, sans fouille à corps. De chaque côté de la vitre de séparation, un micro est fixé au plafond pour l'écoute et l'enregistrement, du côté visiteur on accède au parloir en traversant un détecteur radiographique.

La cellule individuelle : 3x6 mètres, parois blanches, plafond en ciment “ naturel ”, sol en bitume. Un petit mur sépare les WC, le lavabo et l'interphone avec une radio à cinq canaux du reste de la cellule. Double porte, extérieur blindé et intérieur en barreaux, toujours fermée. Beaucoup de petits meubles en bois fixes : chaise, table, table pour la TV, et un lit en bois pas fixé (fait “ maison ”), deux fenêtres à meurtrière sur toute la hauteur, une étroite et l'autre plus large, au milieu d'elles les pales pour l'aération autonome, une avec ouverture latérale et en hauteur, l'autre basculante. Les cadres, très larges, font passer bien peu de lumière. Vitres blindées, couvertes à l'extérieur d'une grille fine puis de barreaux “ norma ”.

Lumière : ampoule de 60 watts avec un cache opaque, une au-dessus du lavabo et l'autre au plafond. Lumière suffisante pour lire et écrire en réalité seulement lorsqu'il y a du soleil, chose plutôt rare dans cet endroit brumeux. Lumière de la table : “ interdit ” (I dans la suite du texte). Le chauffage incorporé au sol est insuffisant quand il fait froid, demande de chauffage adéquat au directeur, au médecin et au maton : sans réponse. Eau chaude (du lavabo), trois fois par jour pendant les heures de repas. Fourniture de la cellule : un coussin inexistant. Télévision en couleur pas fixée. Poubelle en paille (faite “ maison ”), nettoyage du sol avec balayette et pelle et petit chiffon de cuisine ; pour le reste : OK ; pour les boissons chaudes, on a droit à une résistance électrique. Dépense alimentaire et denrées différentes, fruits et légumes frais : OK. Dans le “ MS ” sont entre autres I : cuisiner, les poêles, le tube de colle, la bouillotte ; la poire pour se nettoyer le nez et les intestins sur autorisation médicale ; les médicaments à base d'herbe et homéopathiques m'ont été immédiatement donnés tout comme le miel, les tisanes et le sucre, prélevés dans mes effets personnels, ainsi que le compte-gouttes et les articles pour l'hygiène corporelle.

Repas : décent, végétarien, vaisselle en plastique, verres I.

Vestiaire : les miens, un pyjama et un caleçon léger. Vestiaire “ de la maison ” en grande partie en piteux état, beaucoup de sous-vêtements, pour le reste : insuffisant à protéger du froid, surtout les chaussettes synthétiques exclusivement estivales et une seule paire de tennis en toile.
Les demandes de mes chaussettes en laine et de mes chaussures aux matons et au médecin en leur expliquant les problèmes sanitaires d'hypersensibilité dues aux lésions handicapantes d'armes à feu, sans aucun résultat. Leur argumentation (y compris “ médicale ”) : I. Même avec la glace, la neige, la pluie et le vent, il n'y a pas de fourniture de manteau ou de veste d'hiver, de que j'ai pu établir et voir (également sur d'autres détenus au cours de la promenade) jusqu'à maintenant. Pour en savoir plus, voir au chapitre “ air ”.

Service de soin : dossier médical inexistant, et considéré comme superflu par le médecin. Visite médicale, comme les trajets, menotté mais au moins en présence du seul personnel médical. Le médecin n'est responsable en rien des conditions pathogènes : lumière, froid, torture blanche, et il prescrit la “ bonne conduite ” pour s'en sortir en renvoyant à la seule compétence de la direction.
Il ne répond pas à la question de savoir s'il porte la blouse du médecin ou l'uniforme du maton. Selon le règlement de la “ maison ” et des prisons pénales du canton de Berne, les prélèvements d'urine et de sang comme le contrôle rectal est obligatoire sur ordre médical ou de celui des matons. Je refuse les prélèvements d'urine qui m'ont été demandés par une infirmière quand je suis arrivé dans la cellule, en me référant au droit constitutionnel et à la déontologie médicale.
Douche : trois fois par semaine, rigoureusement “ proposée ” le matin avant la journée de travail (et, dans l'hypothèse utopique d'activités physiques et sportives). Elle n'est pas “ obligatoire ”. Ils en sont venus au point de me “ proposer ” une douche au moment où ils me donnaient à manger.

Promenade : une heure par jour, le matin avant l'aube. Fouille intégrale, changement intégral des vêtements avec un jeu complet qui se trouve dans une salle, dont des chaussures de tennis trop grandes, usées et sales. Le bref trajet du dernier étage jusqu'au toit de la cage à barreaux, qui comprend un abris de la pluie de 3x1 m, se fait menotté. Cage : 12x8 m. Il faut enlever les menottes par l'extérieur, au travers d'une trappe.
Avec la pluie, le vent et le froid, même en marchant, on se gèle jusqu'aux os. Avec un maillot de corps et une veste d'intérieur, pantalon de travail, chaussettes épaisses et chaussures d'été de clochard comme s'il n'existait pas de froid et de pluie. L'heure de la promenade à moitié nocturne, l'humiliation gratuite du double strip-tease intégral et les menottes, le tout avec une escorte d'au moins 3x100 kg (de muscles), en pratique est une privation de l'heure de promenade à cause de ces conditions insoutenables (jusqu'à maintenant, je n'en ai bénéficié qu'une seule fois).

Travail : forcé, si disponible, à l'intérieur d'une cellule voisine, monotone, des conneries à monter, etc. ; rétribution réelle inconnue, selon l'imprimé hebdomadaire (?) intitulé “ Peculiumi ” (du latin. La paix des esclaves). On y trouve répertoriés les pointages journaliers, maximum 16 points, multipliés par les jours travaillés inscrits, divisés en quatre cases par jour : “ qualification ” (prestation, comportement/engagement, absences/ponctualité, service intérieur (nettoyage de la cellule ?)). O = inutilisable, 1 = insuffisant, 2 = suffisant, 3 = bien, 4 = très bien. C'est un système perfide marchant à la vexation et à l'arbitraire et tout à fait adapté à cette prison pénale qui semble particulièrement réactionnaire (même si peut-être dans le futur je pourrais obtenir “ le maximum de voix ”). Le directeur, un théologien, se défend d'être un adepte
de Calvin.

Activité/temps libre (MS) : au-delà de quatre dictionnaires, un livre de yoga et un de médecine thérapeu-tique, les autres livres personnels = I. Il n'existe pas, dans le règlement de la “ maison ” et des prisons cantonales, un règlement spécifique pour le MS mais je crains qu'il n'y ait accès à aucune autre activité qui est inscrite dans le règlement disponible. Selon celui-ci, l'administration peut considérer nécessaire de renvoyer à l'expéditeur (les dépenses étant aux frais du destinataire) toute presse (et visite) considérées comme ayant une “ mauvaise influence sur le détenu ”, c'est-à-dire arbitrairement et en dépit de tout droit fondamental.

Culture de la confrontation/dialogue : rudimentaire. Sauf une visite au début par le directeur dans ma cellule pour m'informer de l'ordre de la Minitodt et m'exhorter à la “ bonne conduite ”, ainsi qu'une visite d'une collaboratrice du service social pour se présenter comme la CIA intérieure chargée entre autres de la censure et du contrôle du courrier (s'il n'existe pas en plus d'autres dispositions) et pour m'informer que tout autre parloir avec elle en régime MS se déroule derrière une vitre de séparation ! ; même après plusieurs tentatives je n'ai pas réussi à obtenir que me soit présenté un responsable ou un référent des matons, et, spontanément, ils ne m'ont même pas donné les informations les plus élémentaires sur le fonctionnement des choses quotidiennes. Le courrier pour ma défense est consigné et enfermé contre un reçu, il doit être ouvert par moi-même et rendu pour un contrôle en vu d'un éventuel “ objet interdit ”.

Evidemment, ce document est adressé aux compagnonnes et amies, aux compagnons et aux amis, à la résistance radicale et à la résistance authentique, mais aussi au public, il est accessible également aux offices et autorités responsables, dont j'ajoute ici les adresses pour d'éventuelles demandes d'éclaircissement et informations ultérieures.
Je suis le seul responsable du contenu de ce document et de sa diffusion, que j'espère la plus large possible.

[nous ne reproduisons pas les adresses, Marco Camenisch ayant été plusieurs fois transféré depuis]

 

Marco Camenisch
Thorberg, le 1/01/03

On peut lui écrire par sa compagne :

Manuela Centi
via Riolo, 29
Monzone (Ms) 54025
Italie
manuela@freecamenisch.net