A Montréal, les pauvres s'invitent au resto
(et s'en prennent plein la gueule...)

Montréal, le 8 décembre 1997

Pour avoir dénoncé la pauvreté et la faim deux membres du COBP (Citoyens-nes Opposés-es a la Brutalité Policière) Alexandre Popovic et Yves Manseau vont rester en prison jusqu’au 16 décembre. Ils faisaient partie des 108 pauvres arrêtés pour avoir voulu manger, lors de l’opération «serve yourself» au Reine Elisabeth, le 3 décembre. Il n’y a pas eu de plainte du Reine-Elisabeth pour vol. L’événement s’est déroulé sans violence: les citoyen-nEs arrêtéEs n’ont offert aucune résistance.

L’arrestation massive a eu lieu a 12h45. Le soir même, le commandant Michel Gagnon déclarait aux médias: nous devons déterminer « qui sont ceux et celles qui ont pris une part active dans l’événement, quel rôle ils ont joué...». Nous devons aussi « identifier positivement chacun d’entre eux ». Celui-ci d’ajouter que ce serait «une tache longue et ardue».

Ce qui nous amène a nous poser la question : si l’événement en cause est la manifestation, alors manifester est illégal pour M. Gagnon. Et si le fait de transporter des assiettes est le crime, alors pourquoi avoir arrêté les 108 personnes ? Etait-ce une partie de pêche? Peut-être que des gens ont transporté des assiettes, peut-être que d’autres ont mangé de la nourriture. Pourtant, le propriétaire de la nourriture n’a pas porté plainte et « le transport des assiettes » s’est déroulé dans un lieu privé. Ainsi, pour quelles personnes doit-on avoir des motifs raisonnables de croire qu’elle ont commis un acte criminel ? C’est ce que les forces policières tentaient d’élucider après avoir décidé d’arrêter tout le monde.

Parmi ces personnes arrêtées, se trouvaient deux porte-parole critiques du travail policier : Alexandre Popovic et Yves Manseau. (Ces membres de notre comité, dénoncent sur plusieurs tribunes depuis maintenant deux ans les écarts de conduite du SPCUM - Sécurité publique de la communauté urbaine de Montréal-.) Au départ, les personnes arrêtées apprirent qu’elles seraient accusées de méfait. Par la suite, à leur sortie de prison, les prisonnierEs découvrirent qu’elles auraient à faire face à des accusations de vol de moins de $5000.00 et complot en plus. Sur le lot, deux personnes font face à des accusations de voies de fait, deux autres sont accusés d’incitation à commettre un acte criminel. Ces derniers, des «agitateurs », selon le procureur, sont toujours incarcérés. Il s’agit de M. Manseau et Popovic.

Le 16 décembre, ils auront déjà accumulé 14 jours de prison pour un méfait aussi grave qu’un vol de salade, encore non prouvé ! A. Popovic a refusé ses conditions de libération qui sont : interdiction d’organiser ou de participer à une manifestation et ne pas communiquer directement ou indirectement avec les autres coaccusés -ils sont quatre en tout- soumis aux mêmes conditions. M. Manseau, pour sa part, n’a pas eu l’occasion de se faire valoir à son enquête sous caution. Sans que la Couronne (le parquet, NDLR) n’ait donné ses raisons justifiant ses conditions, le juge Dery a demandé sur un ton vindicatif s’il les acceptait, ensuite, il n’a pas voulu que M. Manseau se représente lui-même et fasse valoir des témoins ou arguments sur la rigidité de ces conditions en regard du degré de dangerosité que sa libération pourrait représenter. Le même juge, insensible aux demandes du prévenu, a suspendu la séance sans donner de nouvelle date après qu’une personne de la salle ait signalé ce déni de justice. Aujourd’hui, cinq jours se sont écoulés depuis son incarcération et il n’a toujours pas eu enquête sous caution. Est-ce que critiquer la police, met du sable dans l’engrenage du système de justice ?

Maintenant, peut-être, sommes-nous a mêmes de voir l’aspect éminemment politique du choix d’imposer ce genre de conditions a M. Manseau et Popovic. Qui plus est, le réflexe de ne pas entendre la voix dissidente de M. Manseau vient peut-être de la même oreille que celle qui nous sera tendue cet après-midi à la Commission de la Sécurité Publique de la Communauté Urbaine de Montréal. M. Manseau, porte-parole du COBP, aurait voulu y être pour questionner le dépassement de budget que constitue l’implantation sauvage de la police de Quartier alors que les coupures dans les services sociaux poussent de plus en plus de gens démunis vers l’itinérance.

L’arrestation massive, ce geste, digne d’un régime totalitaire, s’inscrit dans la dérive «coups de filets » préconisée par le SPCUM. Au nom de notre démocratie chancelante et notre justice en péril, nous exigeons le retrait immédiat de toutes les accusations arbitraires portées lors de cette intervention policière.

Citoyen-nes Opposé-es a la Brutalité Policière (COBP)

Source : samizdat@ecn.org du 9/12/97


[Extrait de "Cette Semaine" #71, déc97/janv98, p.17]