L’OTAN CONTRE LA YOUGOSLAVIE:

Crève la démocratie !


Nous sommes les témoins dégoûté-es d'une guerre dans laquelle le gouvernement canadien (on peut remplacer par belge ou français) ne cesse de s'enfoncer aux côtés de l'alliance impérialiste de l'OTAN. Une guerre qui, aux dires même de l'état-major de l'OTAN, sera longue. En voulant nous faire croire que Moscou est trop affaiblie par la catastrophe économique qui l'accable pour déclencher une 3ième guerre mondiale, cela ne nous enlève pas l'impression que les généraux de l'OTAN jouent à la roulette russe avec la terre entière.

La propagande dépeignant le régime de Milosevic comme l'incarnation du mal sert avant tout l'auto-promotion des puissances capitalistes, qui se veulent les uniques gardiennes de la vertu démocratique. Pourtant, la politique consensuelle, caractéristique de tout régime totalitaire, est bien vivante dans notre démocratie capitaliste, que ce soit dans l'adoption du Déficit Zéro, ou encore dans cette guerre dégueulasse, qui n'a soulevée aucune opposition chez l'ensemble des partis représentés à la Chambre des communes d'Ottawa.

Ainsi, les mêmes gouvernements qui, à longueur d'année, font subir à leurs propres populations des politiques antisociales d'appauvrissement, les mêmes élus qui votent des réformes qui conduisent nombre de prolétaires à la rue, les mêmes états qui déportent des personnes qui fuient les persécutions et la torture, cette même bande de professionnels du mensonge ont cette fois-ci l'inimaginable culot de vouloir nous faire avaler que leurs bombes servent à aider les réfugié-es du Kosovo à retrouver un toit !

L'alibi humanitaire est la couverture idéale pour le crime de guerre parfait, l'opération Somalienne devrait en être un exemple convaincant. Faire sauter des ponts, des usines, des postes de télés, c'est l'utilisation de la terreur comme moyen de persuasion, une tactique qualifiée de terrorisme lorsque ce ne sont pas des gouvernements qui l'emploi. Il faut être soit un salaud, ou soit décérébré, pour endosser ces attaques, mais surtout il faut vivre loin de là où ça se passe !

La tragédie des réfugié-es, qui occupe le devant de la scène, est exploitée par l'OTAN, non seulement pour faire passer les victimes de ses bombardements au second plan, et même pour les légitimer, mais cache aussi une stratégie d'occupation militaire à long terme de la région par les puissances impérialistes occidentales dans le cadre d'une volonté de s'affirmer comme la police mondiale. Avec les 31 000 soldats de l'ONU en Bosnie-Herzégovine et les 11 000 autres stationnés en Macédoine, s'ajoutent 8000 autres (et il en arrive chaque jour plus) en Albanie, dont le rôle n'est pas uniquement de préparer l'invasion terrestre du Kosovo mais aussi de réorganiser les institutions de cet état, incluant son appareil répressif. L'Albanie ne s'est pas remis de l'incroyable insurrection populaire qui l'a secouée en février/mars 1997, lors de laquelle la population a pillé les stocks d'armes, qui n'ont toujours pas été récupérés depuis. Les dernières poches de résistance du soulèvement albanais qui n'auront pas été liquidés par l'UCK, l'OTAN va s'en charger... à l'abri de l'attention médiatique.

Tant que la politique ethnique ne sera pas identifiée et combattue en tant que poison social de fabrication bourgeoise, le sang qui coulera sera encore et toujours celui des pauvres, paysan-nes ou prolétaires, ceux et celles à qui il est demandé de mourir ou de tuer, mais jamais de décider. Depuis le début de la désintégration yougoslave, les massmédias du monde civilisé se sont fait l'écho de cette même politique ethnique, répétant jour après jour "les Serbes ont fait ceci", "les Croates ont fait cela", "les Musulmans ont rien fait", etc. Le public fut conditionné à voir dans cela une fatalité des Balkans.

La politique ethnique, qui puise son inspiration dans le passé, serait destinée à une mort certaine si le thème nationaliste n'était pas tant sans cesse agité par des manipulateurs de masse qui s'en servent de tremplin pour meubler le vide de leurs propositions. Quand les nations ne se font pas la guerre, elles se concurrencent sur le marché mondial sous les appels de la canaille politicienne qui exige de leurs prolétaires de se crever à l'ouvrage pour la patrie. Partout sur la planète, c'est le même système de domination de capitaliste qui nous rabaisse au rang de vulgaires marchandises, c'est l'ennemi commun de tous les prolétaires !

La jeunesse rebelle, qu'elle flâne les rues de Belgrade ou de Pristina, de Jakarta ou de Rio, combat l'ennui par les mêmes jeux, les mêmes fêtes, les mêmes défis à l'autorité. Leurs drapeaux, soient-ils yougoslaves ou albanais, ou encore canadiens ou québécois, sont autant de tissus infects à incendier sans discriminations!

Parce que l'on sait jusqu'où nos crapules dirigeantes sont capables d'aller, nous ne pouvons nous soustraire à envisager le pire. Si l'intransigeance mutuelle persiste, la guerre du Kosovo, où sont liquidés les surplus d'inventaires - surplus d'armement, surplus de vivres - verront s'ajouter ces excédents de prolétaires qui peuplent les zones défavorisées des grandes métropoles industrialisées que le marché de cheap labor saturé d'une économie en déclin s'est avéré incapable d'intégrer dans ses rangs. Combien de temps reste-t-il aux téléspectateurs et téléspectatrices de la guerre du Kosovo avant de se retrouver du mauvais côté du petit écran ?

Contre l'intoxication médiatique capitaliste ! Pour la guerre sociale !

Groupe Main Noire, mai 1999


[Extrait de «Cette Semaine» #77, mai/juin 1999, p.12]