CONTROLE DE L’ESPACE PUBLIC ET POLITIQUE SECURITAIRE EN ALLEMAGNE


L'article ci-dessous est la traduction d'un article publié par l'Antifaschistische Aktion (action antifasciste) de Berlin, dans le cadre d'une brochure sur la politique sécuritaire de l'Etat allemand. Ce qui se passe dans cette ville n'est pas exceptionnel, le modèle new-yorkais de tolérance zéro (contre la "délinquance") s'est déjà étendu à des dizaines de villes comme Los Angeles ou Amsterdam. Mais Berlin pourrait bien constituer dans le contexte européen la ville-test en la matière...


LE MODÈLE POLICIER NEW-YORKAIS : LA SÉCURITÉ ou LA LIBERTÉ

En 1994, à son arrivée au poste de chef de la police new-yorkaise, William Bratton affirma sa volonté de faire de cette " capitale du crime " une ville à nouveau sûre. La présence policière fut renforcée dans la rue. C'est par la poursuite implacable (1) des moindres délits comme les tags, la " mendicité agressive" , le fait d'écouter de la musique trop forte ou de faire du vélo sur les trottoirs, que, selon Bratten, la criminalité put être diminuée de manière déterminante. On oublie ce faisant de signaler que le taux de criminalité était en baisse régulière depuis 1990, ce qui n'est pas à mettre sur le compte de la répression policière mais sur celui de l'essor économique aux Etats-Unis - ce qu'on appelle le " job miracle ". Il s'agit d'une évolution qui repose sur la réduction massive des prestations sociales et sur une baisse des salaires et dont l'une des conséquences est que les travailleurs/euses sont tenus d'avoir 2-3 boulots pour maintenir leur niveau de vie. Pourtant tout ceci n'entrave guère la marche triomphale de ce " High Performance Policing " et les responsables allemands de la sécurité oeuvrent à la reprise et à l'application de ce concept.

Cette volonté se manifesta début 1998 lors des discussions sur la révision de la Loi Fondamentale concernant les écoutes téléphoniques. On cite les Etats-Unis comme précurseurs dans le succès de la lutte contre le " crime organisé " mais on oublie de dire qu'avant cette modification de la Loi Fondamentale, il y avait déjà en Allemagne six fois plus de lignes téléphoniques sur écoute qu'aux Etats-Unis. Et, de fait, c'est justement le soi-disant crime organisé qui sait le mieux se protéger de telles méthodes. La focalisation sur le spectre de la criminalité organisée est en réalité nécessaire pour justifier les attaques visibles contre les libertés fondamentales qu'implique l'introduction de mesures policières répressives.

Même certains expertEs de la société civile mettent en doute l'efficacité de telles méthodes dans la lutte contre la criminalité organisée, qui, selon les statistiques (2), serait par ailleurs réduite et en baisse en Allemagne (3). Bien entendu, les déclarations médiatiques sur les "soucis de la population face à une recrudescence de la criminalité qu'on doit prendre au sérieux" (Gerhard Schröder, l'actuel chancellier, SPD) ne tiennent pas compte de ces statistiques. L'image véhiculée par les médias de "bandes criminelles la plupart du temps étrangères régnant par la violence sur des quartiers entiers" gagne du terrain et participe à l'élaboration d'une réalité virtuelle selon laquelle le citoyen ne serait pas en sécurité.

Les recherches sur les effets des médias montrent que regarder fréquemment et longtemps des scènes de violence dans des divertissements télévisés influence la représentation de la réalité de ces spectateurs assidus, qu'ils surévaluent le nombre de crimes et augmentent ainsi leur crainte du crime. La peur de la criminalité dépend aussi étroitement de la situation personnelle. Ainsi, en 1990, une étude du BKA (4) et de l'Institut pour le droit pénal étranger et international Max Planck de Fribourg montrait que la peur de la délinquance est plus élevée à l'Est (17%) qu'à l'Ouest (13%) de l'Allemagne bien que la fréquence réelle des délits soit moindre dans les nouveaux Länder. Les raisons sont à chercher dans le bouleversement social en ex-RDA. D'autres enquêtes montrent également que les gens se sentent en sécurité sur leur lieu d'habitation alors qu'ils classent l'ensemble du territoire dans la catégorie " dangereux ". Les personnes âgées ont davantage peur de la criminalité, probablement parce qu'elles y seraient plus vulnérables, même si en fait elles représentent la catégorie la moins touchée si on compare le nombre de victimes. Il a été également prouvé que la peur de la criminalité est augmentée par une présence policière renforcée car on imagine ainsi une menace potentielle (5).

OPÉRATION " FILET DE SÉCURITÉ "

En septembre 1997, dans une circulaire à tous les ministres de l'intérieur des Länder, Kanther (Ministre de l'intérieur au niveau national) présente ses plans pour une opération "filet de sécurité" reprenant le modèle new-yorkais. Selon la théorie "Broken Windows" qui repose sur des expérimentations faites en 1959, l'ordre et la propreté dans un quartier empêchent la criminalité de se développer. Il faut donc, grâce à une présence policière de proximité renforcée, faire en sorte qu'il n'y ait pas de dégradations. Les conséquences pour unE individuE dépendent du fait que la police la considère comme participant à la dégradation ou comme appartenant à la communauté à protéger. On encourage les patrouilles à effectuer beaucoup d'arrestations. Les "coupables" doivent ensuite en guise de peine effectuer des travaux d'intérêt général comme nettoyer les rues et les parcs ou effacer les graffitis.

Le chef de la police de New-York, Howard Safirs, expliquait lors du congrès du BKA de novembre 1997 que "la police ne pouvait laisser impunis des comportements inconvenants en public sous peine de porter préjudice au sentiment de sécurité de la population." Il recommanda au BKA "d'attaquer durement et de punir impitoyablement." (6) Bien que les conditions américaines ne soient pas totalement transposables à l'Allemagne, le couvre feu pratiqué à Chicago à l'encontre des jeunes serait par exemple considéré comme trop radical, les recommandations de Safirs trouvèrent au BKA des oreilles attentives. Pour le vice-président du BKA, Falk, une telle mise en place requiert au préalable que la société redonne toute sa valeur au terme d'ordre public, la politique devant selon lui " impulser ce renversement de tendance " (7).

Le projet de Kanther prévoit de lutter contre les troubles à l'ordre public, les délits minimes ou les irrégularités plus graves par une action concertée de la police, des autorités municipales et de la BGS . "On doit également expérimenter les auxiliaires de police volontaires" (8). Dans cette optique, les compétences de la BGS doivent donc être élargies et ne plus se limiter aux seules tâches de police des frontières (9). Elle doit ainsi assurer des tâches de police générale et participer à une plus forte présence dans la rue (10). La BGS est bien armée pour cela puisque de 1993 à1997 ses effectifs ont augmenté de plus de 20%, ce dont Kanther est particulièrement fier car cela a été obtenu alors qu'on réduisait tous les postes de fonctionnaires ! (11)

Pour mettre en place rapidement son dispositif en matière de police municipale, Kanther a lancé un projet pilote dans plusieurs villes allemandes comme Berlin, Brême, Hanovre, Mannheim et Stuttgart. L'objectif est, grâce à ces mesures, d'endiguer les petits délits dits de criminalité de masse tels que le vol à l'étalage par exemple. Les villes se bousculent pour profiter de ce soutien fédéral par le biais de la BGS et beaucoup de villes ont entamé le processus de "rétablissement de l'ordre". A Mannheim, une nouvelle ordonnance de police permet de réprimer sévèrement les petits troubles à l'ordre comme la "mendicité agressive" ou boire une bière sur la voie publique. A Stuttgart, chaque commissariat de police a son ou sa spécialiste des graffitis et on agit de la manière la plus rigoureuse contre tout ce qui "dégrade l'image de la ville", ne serait ce que jeter un paquet de cigarettes par terre (12).

En janvier de cette année, à l'occasion de la visite de Kanther à Berlin pour l'évaluation du projet pilote, des rafles furent menées sur les places et dans les gares de la ville tout comme on a repeint de frais une station de métro. Il se déclara également satisfait de la présence de 770 fonctionnaires de police ou de la BGS et affirma "ne tolérer aucun milieu duquel pourrait émerger un commerce criminel que pourrait constituer par exemple le fait de zoner, ravager, squatter, mendier de manière agressive... jusqu'à tagger" (13). Face à l'enthousiasme déclenché par l'élan de Kanther, le SPD et les Verts lui laissent aussi le champ libre. Dès février 1998, tous les gouvernements des Länder s'associèrent au projet national de Kanther si bien qu'il est devenu difficile de l'arrêter. L'un des effets décisifs de ce projet n'est pas tant de décharger les Länder d'une part de leur travail que d'imposer l'Etat fédéral dans les concepts policiers des Länder et des communes (14). Les partisans de cette évolution et l'Etat policier centralisé ignorent ainsi allègrement toute limite posée par la Loi Fondamentale.

TOLÉRANCE ZÉRO DANS LES CENTRES VILLES : L'EXEMPLE DE BERLIN

A Berlin, de nombreuses personnes réclament plus d'autorité de la part des pouvoirs publics. Klaus Rüdiger Landowsky, membre de la CDU berlinoise, annonce la couleur : "C'est comme ça : où il y a des ordures, il y a des rats et où il y a dégradation, il y a la racaille. C'est ce qu'il faut éliminer des centres villes." Cette formule recueille l'approbation générale que cela soit du sénateur berlinois Jörg Schönborm ou du journal d'extrême droite " Junge Freiheit" dans lequel on fait l'éloge du "fin renard" Landowsky. La racaille et la dégradation, ces dangers pour la sécurité du citoyen, on les repère sur les places publiques, dans les squats, dans les gares de triage. Pour reconquérir l'espace public, on criminalise et on expulse les SDF et les "mendiants agressifs, les dealers étrangers", les taggers etc... La législation générale berlinoise pour la sécurité et l'ordre permet la vidéo-surveillance permanente des places publiques comme la Hermannplatz ou la Breitscheidpaltz, qualifiées de lieux dangereux. Les migrants, SDF ou autres groupes sociaux "marginaux" y subissent au quotidien contrôles et tracasseries.

Cette législation autorise les contrôles au faciès ainsi que les saisies, les interdictions de certains lieux et les arrestations préventives afin d'améliorer l'image de marque de la capitale berlinoise. Il s'agit également d'imposer au citoyen "moyen" l'image de l'étranger criminel et du clochard asocial. L'application de cette législation est déterminée par le Sénat de la ville en collaboration avec la police. Le caractère raciste et d'exclusion de cette politique est apparu clairement à l'annonce de l'expulsion de 10 000 Palestiniens vers le Liban. Cependant ces mesures ne doivent pas entraîner d'augmentation des effectifs de police mais leur redéploiement. Ce projet pilote fonctionne depuis le 5 janvier 1998 dans les quartiers de Kreuzberg et de Neuköln (Polizeidirektion 5 (15)) où il est prévu que la police de proximité assure les tâches de la police criminelle ; les enquêtes concernant la petite délinquance (du harcèlement jusqu'au cambriolage) doivent être menées par chaque poste de police (16).

La "sécurité intérieure" est l'un des thèmes centraux des discussions politiques à Berlin et est intimement liée aux projets d'urbanisation : le centre ville est complètement restructuré avec des conséquences profondes sur la population qui y vit (17). Pour les personnes à faible revenu, les appartements nouvellement privatisés dans les quartiers Est du centre ville sont de plus en plus inaccessibles et ils sont contraints de partir en banlieue. Le centre ville est rénové pour une clientèle plus riche car on doit démontrer la capacité de Berlin à être une capitale.

LA PRIVATISATION DE LA SÉCURITÉ

Le développement des sociétés privées de surveillance et de sécurité en a fait au cours des dernières années une branche économique non négligeable. Suite à la mise en scène médiatique de la hausse de la criminalité on a pu noter une augmentation de la demande en sécurité privée. Ainsi on met sous surveillance non seulement des batiments d'usines mais aussi des propriétés privées, des supermarchés ou bien encore des lieux publics comme les gares ou les parcs. L'exemple du centre commercial Ringcenter dans le quartier berlinois de Friedrichshain est éloquent sur le recrutement de ces services de surveillance. En effet ce centre est le point de ralliement des fascistes du coin qui, de là, lancent leurs actions de terreur sous la protection bienveillante des membres du service de sécurité - certains faisant aussi partie de groupes nazis organisés.

L'EXEMPLE DE LA BSG : PROTECTION ET SÉCURITÉ DU RAIL

Au cours des dernières années, la Deutsche Bahn (SNCF allemande privatisée) a élaboré un projet qui doit faire des gares allemandes des zones interdites aux SDF, migrants et autres groupes sociaux marginaux. Depuis 1995 le concept "3 S : Service, Sicherheit, Sauberkeit " (Service, Sécurité, Propreté) est en place de même que la BSG (Société de protection ferroviaire) créée afin que la société de chemins de fer privatisée AG "puisse enfin assumer sa responsabilité sociale" (Dürr, Chef de la société). La BSG, dont les effectifs sont passés de 84 à 800 au cours des deux dernières années, prévoit d'embaucher encore 2000 forces de sécurité supplémentaires. Elle règne en seigneur dans les gares, déterminant qui est en droit de s'y trouver. Au cours du premier trimestre 1997, sur la seule gare berlinoise Bahnhof ZOO, il a été décrété et procédé à 16 019 interdictions et expulsions à l'encontre de citoyens "à problèmes", selon les propres termes de Wuttke, chef de sécurité de la Bahn AG. La BSG a en effet le pouvoir de désigner les personnes censées poser problème.

LES POLICIERS DE RÉSERVE VOLONTAIRES

La police de réserve a été créée en 1960 à Berlin Ouest pour répondre à la formation en RDA de groupes de combats dans les entreprises et à une éventuelle invasion. Après la construction du mur et pendant la politique de détente elle perdit presque toutes ses prérogatives mais ce vestige de la guerre froide a été par la suite de plus en plus employé à diverses tâches de police. Aujourd'hui on compte parmi les attributions de ces policiers auxiliaires armés et conduisant avec gyrophares, non seulement les patrouilles mais aussi les interventions lors d'événements importants comme les visites d'Etat. En fait la FPR (réserve de police volontaire) connait son grand retour sous l'impulsion du sénateur Schönborm et contre la volonté même du syndicat de la police. Afin d'augmenter ces effectifs (s'élevant actuellement à 1000 réservistes et 500 actifs) Schönborm met en avant les services qu'elle peut rendre en étant partie prenante du concept de sécurité à venir, il veut par exemple affecter les policiers auxiliaires aux patrouilles et à la répression du trafic de cigarettes de contrebande. Le Président de la police Hager Sabeschinsky avait annoncé l'année dernière déjà le renforcement de la présence de la FPR dans la protection des bâtiments, le nombre des installations à surveiller augmentant fortement avec le déménagement du gouvernement de Bonn à Berlin.

Par le passé il a été souvent question de la FPR à cause de la présence de fascistes dans ses rangs. Une commission d'enquête parlementaire en a dénombré 109 parmi les membres de la FPR en 1993. En fait 807 personnes étaient soupçonnées mais nombreuses furent celles qui démissionnèrent avant l'instruction. Néanmoins la FPR a été copiée dans d'autres Länder comme dans le Brandebourg (où on trouve des "partenaires de sécurité") en Mecklembourg-Vorpommern (avec des "policiers citoyens") et en Saxe. Dans le Bade-Wurttemberg le "service de police volontaire" crée en 1970 fut, en 1996, équipé des pistolets de police usuels en Allemagne.

AUTO DÉFENSE

Ce climat social pousse également les citoyeEnnes à se faire eux-mêmes justice. Peu de temps après l'effondrement de la RDA en 1989, des habitantEs de Potsdam controllèrent le RER pour Berlin et arrétèrent les passagerEs qui avaient l'air étranger. Les suspectEs éventuelLEs furent remisEs à la police. On ne put mettre fin à cette pratique qu'en 1991 grâce à une plainte privée. Dans l'Oberlausitz des groupes de jeunes patrouillaient à la frontière tchèque pour coincer ceux/celles qui entraient illégalement et ils ne cessèrent leur "travail" qu'après le renforcement des troupes de la BGS (police des frontières). Les habitantEs de Werneuchen ont, quant à eux/elles, fait circuler des pétitions pour demander la fermeture immédiate du foyer de réfugiés situé à proximité et jugé dangereux. Enfin, d'autres "groupes de défense citoyens" refusent la collaboration avec les autorités de l'État. Cependant cette privatisation de la sécurité n'est pas un phénomène exclusivement est- allemand. Les habitantEs des quartiers résidentiels des grandes villes de l'Ouest s'offrent les services des sociétés de sécurité privées. Dans d'autres quartiers ce sont des "associations ou milices de voisins" qui assurent la garde des maisons et sonnent l'alarme à la vue de délinquants potentiels (comprendre étrangers, SDF et autres groupes sociaux marginaux) (18).

PRIVATISATION DES PRISONS

La privatisation de la sécurité intérieure touche également les prisons. Il est question non seulement de les faire administrer et surveiller par des entreprises privées mais aussi de les incorporer à des entreprises d'économie privée. C'est ainsi que la firme Bosch a transféré une partie de sa production dans la prison construite début des années 90 dans le Bade-Wurttemberg. Grâce au travail des prisonniers payés 2,50 DM (environ 8 francs 50) de l'heure on économise d'énormes coûts de production. Cependant la prison ne met plus la force de travail des prisonniers directement à disposition des entreprises comme c'était le cas jusqu'en 1982 où cela fut interdit. Elle intervient à présent en tant que sous-traitant et gère les contrats de travail (19). Ainsi l'entreprise pour laquelle travaillent les prisonniers n'est plus privée et la Loi est contournée.

Certes il n'y a pas encore en Allemagne d'administration et de surveillances pénitenciaires privées, cependant l'introduction d'un tel système est prévisible. Il suffit de se référer aux expériences menées aux Etats-Unis et en Grande Bretagne pour s'en convaincre. En Grande Bretagne c'est l'entreprise anglaise " Group 4 " qui assure la surveillance privée des prisonniers, mettant en avant l'économie des dépenses publiques et une gestion plus efficace. On économise évidemment sur les frais de personnel. Dans la prison privée Worlds par exemple, la surveillance est assurée par des caméras vidéo et par le biais de bracelets metalliques et de codes barres qui signalent à un ordinateur central la position exacte de chaque prisonnier. Cependant la privatisation des prisons n'a jamais été soumise à aucune enquête, on ne sait rien des conventions signées avec les entreprises privées et les assertions du gouvernement selon lesquelles les prisons privées seraient "plus efficaces et plus rentables" sont invérifiables (20).

La privation de liberté devient donc une marchandise lucrative et on peut imaginer que les décisions de justice et la durée des peines feront partie des conditions de production et dépendront de l'entreprise et de ses besoins, avec possibilé d'augmenter le nombre de prisonniers sur ce lieu d'implantation.

LA SÉCURITÉ PAR L' EXPULSION

Les mesures de sécurité publique ne servent pas la sécurité de chacun mais celle des dominants. On protège les interêts et la propriété de quelques uns. À la question de savoir à qui appartient la ville on peut répondre aisément : aux hommes d'affaires et aux clientEs solvables. La ville perd ainsi sa foncton d'espace social public pour devenir propre et consommable. La restructuration des centres villes signifie l'augmentation des loyers, l'exclusion des places publiques de groupes sociaux marginaux et le contrôle du territoire ainsi conquis. À Berlin il est à nouveau question de refaire ce qui était déjà pratiqué entre 1975 et 1990, à savoir limiter l'installation d'étrangers dans certains quartiers alors que dans un quartier comme Prinzlauerberg (centre ville) a déjà eu lieu depuis 1990 un transfert de population d'environ 50% par le simple fait que beaucoup de retraités et d'assurés sociaux ne pouvaient plus se payer les appartements nouvellement privatisés et réhabilités. Sur chaque grande place se trouve la police pour assurer la sécurité des nouveaux immeubles de bureaux et des boutiques et restaurants à Yuppies.

(...)

C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la campagne nationale massive contre la soi disante hausse vertigineuse des délits et de la criminalité dite "organisée" mise sur le compte de "bandes organisées d'étrangers". La peur de l'Autre est intentionnellement attisée afin que la population tolère une présence policière renforcée dans les rues et des mesures comme la géneralisation des écoutes téléphonique, sachant que personne n'est à l'abri de ce contrôle généralisé d'espaces publics et privés, pas même ceux/celles qu'il est sensé protéger. Ne serait ce que par les lois recemment promulguées sur les écoutes, la porte est ouverte à l'espionnage autorisé de tous, non seulement les suspects mais aussi leur entourage (famille, amiEs, connaissances ...) (21).

* article non signé, tiré de Entsichert : der Polizeistaat lädt nach... -jeux de mot sur "insécurité" et enlever le cran de sécurité d'un flingue, on pourrait traduire par l'Etat policier recharge son flingue- publié par l'Antifaschistische Aktion -Action antifasciste, coordination de groupes antifa allemands- en 1998.

Traduction : lulurev.

Antifaschistische Aktion Berlin
Engeldamm 68
10179 Berlin

1) Accompagnés de contrôles au faciès massifs, le but étant la dissuasion.
2) Frankfurter Rundschau (FR) du 6/2/98. Le terme de «criminalité organisée» est très flou et peut donc être utilisé de manière différente en fonction des besoins.
3) Statistiques du BKA pour 1997. FR du 22/5/98.
4) Tiré du livre de Jünschke & Meertens «Facteurs de risques en matière de sécurité intérieure. Arguments contre l’Etat law-and-order», pp67-75.
5) FR, 24/11/97
6) FR, 20/11/97
7) FR, 20/11/97
8) FR, 19/11/97
9) La proposition de loi rendant cela possible est en cours de rédaction, cf. FR 16/5/98
10) FR, 19/11/97
11) Informations du Ministère de l’Intérieur IV, 1997, p. 6
12) Frankfurter Allgemeine Zeitung, 27/1/98
13) Berliner Boulevardzeitung, 23/1/98
14) Frankfurter Rundschau, 7/4/98, «Les voies sournoises de la police».
15) Subdivision administrative de la police berlinoise (NDT).
16) En France, depuis 1999 à Paris, la réorganisation de la police a pris pour nom PUP (police urbaine de proximité) et fut annoncée notamment à coups d’affichettes dans les bars de la capitale. Cela consiste à accueillir les plaintes, arrêter les gens et les interroger (présence d’officiers de police judiciaire dans plus de commissariats). Des antennes de police de jour fonctionnent ainsi désormais 24h/24, d’autres dites «police de proximité» ont été créées (NDT).
17) Tiré de la Lettre des syndicalistes antifascistes et antiracistes.
18) «Conseillers pour prisonniers», éd. Schwartze Seele, 1989 (chapitre 9-2, travail en détention, p.3).
19) Sur ce même phénomène à Los Angeles, cf. «City of Quartz» de Mike Davis, éd. La Découverte, 1998). (NDT).
20) Tageszeitung, 15/12/94
21) Frankfurter Rundschau, 7/3/98.


[Extrait de Cette Semaine #78, oct/nov 1999, pp. 10-13]