SOLIDARITÉ AVEC ARMAND, EN PROCÈS POUR S’ETRE OPPOSÉ
À L’EXPULSION D’UN SANS-PAPIER


Le 22 Juin 1999, Armand Zvénigorodsky, membre de Jeunes contre le Racisme en Europe (JRE), prenait un vol pour Bamako au Mali. Dans ce vol, sévèrement encadré par 4 policiers d’escorte, un jeune sans papiers, Moussa KEITA.

Face à cette expulsion, les passagers du vol se sont organisés, réunis et ont décidé collectivement de refuser cette mesure injuste. Armand a demandé au commandant de bord de descendre le jeune sans papiers de l’avion comme il en avait le pouvoir, de refuser cette expulsion sur son vol. Mais le commandant de bord n’était pas de notre côté : il menaça de faire descendre Armand de l’avion si l’agitation dans le vol continuait, le désignant comme le responsable de la protestation. Malgré ces menaces et les menaces des policiers d’escorte, les passagers exigèrent que le jeune sans papiers ne soit pas expulsé. Ils refusèrent de s’asseoir dans l’avion, et pacifiquement, demandèrent au commandant de bord de revoir sa position. Le commandant réquisitiona la force publique pour faire descendre Armand du vol. Une dizaine de policiers montèrent dans l’avion et tentèrent de faire descendre Armand de force.

Les autres passagers, en majorité maliens, protégèrent notre camarade et empêchèrent la police de le prendre. Ils exigèrent que son passeport lui soit rendu ce qui fut chose faite. La police, voyant que descendre Armand du vol était impossible, descendit de l’avion. La majorité des passagers ayant réussi à empêcher qu’Armand ne soit arrêté, et devant l’obstination du commandant de bord à expulser le jeune Moussa, ne pût alors que regretter que la lutte contre cette expulsion soit un échec.

Moussa Keita, qui avait déjà subi deux mois de prison pour refus d’embarquement, a alors subi des pressions de la part des policiers d’escorte. Il fut menacé de prison, de coups s’il descendait du vol. Il fut attaché aux pieds. Malgré les efforts des passagers, le vol partit avec à son bord l’expulsé.

A son retour à Paris, Armand fut arrêté à la sortie de son vol retour, à Roissy. Il fut placé en garde-à-vue pendant 17 heures. Il est convoqué au tribunal de Bobigny, accusé d’avoir «entravé la circulation de l’aéronef AF 760 Paris-Bamako-Konakry, en l’espèce en structurant un mouvement de protestation contre la présence d’un expulsé, accompagné de quatre escorteurs, occasionnant un retard d’une heure au décollage».

Il risque 5 ans de prison et 120 000 francs d’amendes. Vous pouvez le soutenir en venant au tribunal de Bobigny 173, Avenue Paul Vaillant Couturier - 16ème Chambre du Tribunal de Grande Instance le 30 Septembre à 13 heures.

DÉCLARATION AVANT LE PROCÈS :

«Ce qu’on me reproche, ce n’est pas d’avoir entravé la circulation aérienne ! C’est d’avoir entravé une mesure d’expulsion. Alors il est vrai que je me suis mis dans l’illégalité, et pour tout dire je le savais. Je me suis retrouvé dans l’illégalité, comme Michel Beurrier poursuivi pour délit de solidarité, comme ceux qui ont été poursuivi pour avoir hébergé un sans papiers, alors que c’était leur conjoint, comme tous ceux en vérité qui veulent soutenir les sans papiers ! Parce que c’est illégal dans ce pays de soutenir des gens privés de droits !
La loi Chevènement, comme avant elle la loi Pasqua, a introduit un délit de solidarité qui fait que l’on peut être poursuivi n’importe quand quand on est du côté des sans papiers. Et les sans papiers eux-mêmes ?
Combien sont actuellement en prison simplement parce qu’ils n’ont pas de papiers ? Combien d’entre-eux sont en prison pour avoir refusé l’expulsion ? Pendant l’été, un jeune sans papier s’est suicidé à Toulouse. Comme Moussa Keita, le jeune sans papiers qui était dans l’avion que j’ai emprunté, il avait une longue présence en France et avait été rejeté de sa demande de régularisation par la circulaire Chevènement. Et comment oublier ces jeunes assassinés dans les avions, en Belgique, en Allemagne, en Autriche, lors d’expulsions musclées ? Et comment accepter la mort de ces deux jeunes guinéens, retrouvés sans vie dans le train d’atterrissage d’un avion, parce qu’ils préféraient tenter le tout pour le tout, plutôt que de rester dans un pays où le chômage et la misère est la seule perspective pour les jeunes.
Alors je sais que je n’ai pas respecté les lois de mon pays en m’opposant à cette expulsion. Mais j’ai respecté quelque chose de bien plus important que cela : le désir de justice, d’égalité des droits. Les lois changent, et c’est notre devoir à tous de faire en sorte que les lois discriminatoires françaises soient abolies, que des droits soient accordés à tous, français ou immigrés. Mais quand une loi instaure le droit d’arrêter quelqu’un en pleine rue, de le mettre dans un avion trois jours après, de priver sa famille des fruits de son travail ; quand une loi permet que tout une catégorie de la population soit privée de tout droit, à la santé, à la retraite, aux conditions réglementées du travail, quand une loi impose qu’on reste passif face à cela, qu’on regarde en spectateur inactif ces mesures injustes, alors c’est que la loi doit doit être changée, et que l’on doit tout faire pour ce genre de lois ne s’appliquent pas. C’est ce que je fais depuis longtemps. C’est ce que j’ai fait dans cet avion. C’est ce que je continuerai à faire, parce que c’est peut-être illégal, mais en tous les cas c’est juste».

Armand Zvénigorodsky


[Extrait de "Cette Semaine" #78, oct/nov 1999, p. 27]