A propos du procès de Nikos Matzotis


Le procès de l'anarchiste Nikos Maziotis aura lieu le 5 juillet 1999 à Athènes. Notre compagnon est emprisonné depuis 18 mois, après son arrestation pour la mise d'une bombe au ministère de l'Industrie et du Développement en décembre 1997.

De l'intérieur de la prison, N. Maziotis a assumé la responsabilité de cette action, comme un message de solidarité aux habitants des villages de la baie de Strymonikos, qui - à cette époque-là - luttaient dynamiquement contre l'installation d'une usine de traitement de l'or par la multinationale TVX. Gold, en réalisant des manifestations et des attaques contre les installations de la compagnie, ainsi que contre les forces policières qui ont été renvoyées dans la région pour imposer l'ordre. Pendant cette période-là, les habitants de Strymonikos affrontaient les forces répressives de l'Etat qui avait déclaré "la loi martiale" dans la région (nombreuses arrestations, persécutions, interdiction de rassemblements et de circulation d'un village à l'autre). Pendant cette même période, un mouvement de solidarité et de contre-information a été développé par les anarchistes à Athènes, alors que plusieurs attaques ont été réalisées contre les installations et la propriété des organismes étatiques qui manient l'affaire de cet investissement ou tracent la stratégie générale de restructuration et de modernisation de l'Etat et du Capital. Nikos Maziotis est le seul militant que les mécanismes répressifs ont parvenu à capturer en ce moment de lutte, et ainsi c'est contre lui qu'ils tournent maintenant leur rancune, en recherchant sa punition exemplaire.

A travers sa personne, ils veulent renforcer la politique de séparation entre les anarchistes-révolutionnaires et les luttes sociales qui déclenchent, ils veulent isoler le discours et les pratiques subversives de leur espace naturel : les conditions sociales qui les engendrent et les alimentent. Ils veulent battre la dynamique que ce choix porte et les résultats qu'elle produit. Ils veulent empêcher la tentative des anarchistes d'intervenir dans ces luttes et de les radicaliser, parce qu'ils veulent que nous soyons seuls et marginalisés et que ces luttes soient affaiblies, assimilables et limitées. Dans une période où les patrons politiques et économiques attaquent afin de restructurer et de repartager le monde, où les structures économiques, politiques et sociales à l'intérieur changent, en suscitant des réactions sociales en chaîne, c'est important pour l'Etat de criminaliser et de désarmer les révolutionnaires, de se venger d'eux d'une façon exemplaire afin de neutraliser la dynamique elle-même de leur action. C'est important pour l'Etat de battre spécialement tout acte de rencontre entre des luttes différentes, de mettre à l'essai - sur les militants d'abord - les nouvelles formes de répression qu'il va ensuite imposer à des groupes sociaux entiers.

En ce sens ce procès constitue, tant pour nous que pour l'Etat, un point crucial de confrontation, un combat où ce qui est en jeu est beaucoup plus ample que la privation de liberté de notre compagnon pour longtemps, un combat qui concerne la lutte à laquelle il a participé et dont il continue d'être partie intégrante.

Si l'Etat, à travers ce procès, veut présenter le choix de résistance comme quelque chose de vain, auquel il peut aisément faire face, nous, nous avons toutes les bonnes raisons d'envisager ce procès comme une occasion afin de promouvoir cette même résistance contre ses plans, de faire ressortir les conditions sociales qui font de cette résistance la seule vraie vie qui puisse exister. S'ils veulent imposer socialement les notions de "légalité" et d'"illégalité", d'"innocence" et de "culpabilité", des notions qui appartiennent à l'arsenal idéologique, à la morale et au code pénal d'un système criminel de pouvoir et - selon ces critères - qualifier et punir un prisonnier de la guerre sociale, nous, nous avons toutes les bonnes raisons d'invalider dans la pratique leur juridiction sans entraves sur la vie des militants, comme nous refusons leur juridiction de gouverner - selon leurs intérêts et les "principes" qui en découlent - la vie des gens, des sociétés et des peuples.

Nous avons toutes les bonnes raisons de faire ressortir la qualité et les méthodes d'un ennemi qui est responsable des massacres de peuples entiers, de la misère de populations entières qui n'ont pas de place ou qui ne se soumettent pas à ses plans, responsable de la destruction de la nature et des hommes. Un ennemi dont "la justice" au nom de la "protection des citoyens" par les "criminels" implique la surveillance, le contrôle et l'énervation des sociétés, ainsi que la répression des militants comme élément constitutif de la stratégie de soumission totale de toute la planète.

Si l'Etat veut se venger de notre compagnon parce que, à travers son action et la prise de responsabilité pour celle-ci, il a révélé que derrière de telles actions se trouvent des simples gens révoltés qui subissent la même oppression comme tout le monde, nous, nous avons toutes les bonnes raisons de lutter contre l'isolement de son affaire. S'ils veulent le punir parce que - à travers son histoire et ses expériences multidimensionnelles de lutte - il a prouvé que l'attaque contre les structures d'un système oppressif et exploitant est possible et réalisable, et parce qu'il a renversé les scénarios qui présentent ces actions comme "incitées par les services secrets" (des scénarios à travers lesquels se projette l'image d'une bête invulnérable et inattaquable qui contrôle tout), nous, nous avons toutes les bonnes raisons de montrer qu'ils ne sont pas tout puissants, qu'ils ne peuvent pas contrôler la dynamique de la résistance, qu'ils ne peuvent pas éteindre la passion pour la liberté, la force de l'auto-organisation.

S'ils veulent provoquer la séparation, l'indifférence et la passivité, en semant la terreur et la calomnie, tournons contre eux l'arme de la solidarité. Si le dispositif étatique veut se présenter comme le seul sujet qui gère la vie des hommes, en écrivant son histoire sanglante, nous, nous avons toutes les bonnes raisons de parler des luttes qui ont déclenché et qui déclenchent partout où s'impose la dictature internationale des états et du capital, parler de cette lutte à vie pour la liberté, qui continue - autant de formes qu'elle prend dans le temps et dans l'espace : parler des hommes qui sont eux-mêmes les luttes...

Parlons de tous ces hommes qui, de différents coins du monde et sous des conditions différentes, ont lutté et luttent, parlons de ceux qui sont éloignés et pourtant ensemble, au delà des frontières tracées sur les papiers, au delà du temps divisé en périodes "définitivement éteintes". Parlons des militants qui se trouvent dans les métropoles du capitalisme ou dans les montagnes des Indiens, des prisonniers qui sont ensevelis dans des cachots ou dans de modernes cellules d'isolement et des hôpitaux psychiatriques, parlons de tous ceux qui se trouvent séparés et pourtant représentent une force "invisible" qui communique dans un espace où chacun donne une lutte seul, mais aussi avec les autres et pour les autres...

Parlons de tous ceux qui ont payé et qui paient avec leur vie le prix de ce qu'ils n'ont pas accepté la domination comme incontestable et invulnérable, de ce qu'ils ont osé résister pour eux-mêmes et pour les autres, en inspirant les luttes qui ont suivi et celles qui sont à venir. Crions pour tous ceux qui sont détenus comme otages, alors qu'en même temps la propagande de l'Etat, quand elle ne les présente pas comme des "criminels dangereux", elle les présente comme "inoffensifs", "dépolitisés", "marginalisés", afin de dévaloriser le choix de résistance. Et disons ce qui est réellement en jeu, pourquoi ils sont des otages, pourquoi le régime a peur d'eux, pourquoi il a peur de nous.

Parlons des méthodes que les bandes criminelles des états et des patrons ont utilisées afin d'emprisonner les gens révoltés, parlons de cet esprit de révolte qu'ils n'ont jamais parvenu à emprisonner...
Assemblée d'Anarchistes

Pour ces raisons, nous voudrions que vous écriviez des messages, lettres de solidarité, ... à Nikos Maziotis, lettres à présenter au tribunal. L'adresse de l'avocat est : Dafni Vagianou - 3 rue Izortz - 10682 Athènes GRECE


[Extrait de "Cette Semaine" #78, octobre/novembre 1999, pp. 20-21]